Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963

SSR: service public, redevance et publicité

Si les éditeurs privés voient en la SSR un concurrent illégitime, les vendeurs de publicité sont aussi à la manœuvre pour préserver leur marché

Photo Karl Baron
Photo Karl Baron (licence CC)

Le marché publicitaire suisse s’est déplacé, ces dernières années, de la presse écrite vers les médias audiovisuels, notamment les TV privées et frontalières: le secteur de prédilection de Goldbach Media dont la responsable des relations publiques est Nathalie Rickli, conseillère nationale UDC et fer-de-lance de l’offensive de la droite contre la SSR (DP 2138, 2139). Mais la convergence des médias – regroupement de l’informatique, des moyens de communication électroniques et des contenus au sein du réseau Internet – redistribue les cartes.

Après leur échec à empêcher la généralisation de la redevance à tous les contribuables, les adversaires de la SSR pourront tenter de jouer le tout pour le tout avec l’initiative populaire libertarienne lancée par le groupe «No Billag» qui supprime redevance et SSR au profit de concessions mises aux enchères – et selon toutes probabilités financées par la publicité.

Goldbach Media, active dans les pays germanophones, est le principal prestataire de l’audiovisuel pour la Suisse en gérant non seulement la publicité pour les TV privées régionales mais aussi pour les groupes télévisuels européens RTL, ProSieben et M6. Son avenir ne paraît toutefois pas des plus radieux. Selon une enquête de l’Université de Genève, la part des revenus publicitaires issus de l’Internet et de la téléphonie mobile va croissant, tandis que le montant de l’ensemble des recettes publicitaires nettes stagne depuis une dizaine d’années. Les régies publicitaires qui ne peuvent offrir d’espace sur les supports Internet et mobile risquent dès lors de voir leurs ressources diminuer. Or les rapports financiers de Goldbach Media révèlent la faible part (19% en en 2015 et 15% selon le rapport intermédiaire 2016) des revenus qu’elle génère sur Internet et dans la téléphonie mobile. De fait, la part du lion du secteur d’avenir des revenus publicitaires va à Facebook et Google, et avec elle les données utilisateurs et la conception de l’outil de recherche orientant les utilisateurs sur le contenu.

On voit bien l’intérêt de Goldbach Media et de Nathalie Rickli à préserver, si possible à accroître leur part de marché, comme aussi à contester la plateforme publicitaire que la SSR a créée avec Swisscom et Ringier. Elle est perçue comme un concurrent illégitime, ses détenteurs disposant d’une large palette de moyens de diffusion et, bien sûr, d’un contenu propre. Mais la SSR a déjà l’interdiction de se procurer des revenus publicitaires sur Internet et mobiles, et ses recettes publicitaires traditionnelles sont plafonnées.

L’initiative «No Billag», que le Conseil fédéral vient de proposer de rejeter sans lui opposer de contre-projet, imposera le choix du tout ou rien. Pour sa part, soucieuse d’apaiser les tensions, la direction de la SSR a proposé plusieurs pistes de collaboration aux éditeurs. En attendant l’issue de la bataille, le public et son usage des médias, véritables sujets de toutes ces intrigues, semblent laissés de côté.

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: https://www.domainepublic.ch/articles/30224
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, https://www.domainepublic.ch/articles/30224 - Merci

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Articles par courriel

Flux RSS

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.
Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).
Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook. Je m'abonne

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus). Je m'abonne

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site. Je m'abonne

Discussion

  • Je voterai oui à cette initiative No Billag par mauvaise humeur et sans trop réfléchir au fond du problème, à cause de l’énervement que je ressens, non du principe d’une société de service public, qui en soi aurait plutôt ma sympathie, mais bien de la propagande insidieuse et insupportable que mènent la radio et la télé publique AVEC NOTRE ARGENT en faveur d’un agenda politique pro européen, anti Suisse, anti armée et anti souveraineté.

    Le fait que cette propagande, indéniable, soit aussi dans l’ensemble, plutôt de gauche, n’est pas ce qui m’énerve le plus. Je pourrais même accepter un service public de gauche puisque de toute façon on sait bien que les journalistes sont presque toujours de gauche. (Dans 16 ans ils seront peut-être tous fachos, les modes changent vite). Mais ce que je n’accepte pas c’est une propagande qui nous enjoint de renoncer à notre indépendance et de nous mettre à plat ventre devant un pouvoir étranger illégitime. Tant que ce sera le cas mon réflexe sera : SSR delenda est.

    Le service public ne peut être accepté du public que s’il est d’une parfaite impartialité politique, neutralité idéologique si possible et surtout s’il respecte les sentiments de l’écrasante majorité de la population qui a marqué sa volonté de rester en dehors de l’Union Européenne. Si aujourd’hui le service public de la SSR est sous le feu de la critique et si l’opinion adhère à cette critique c’est à cause de la dérive Roger de Weck. C’était un affront fait au peuple suisse et à ses choix électoraux que de nous imposer ce monsieur à la tête du service public de l’information dans notre pays.

Les commentaires sont fermés.

Accueil

Les auteur-e-s

Les articles

Les publications

Le Kiosque

A propos de DP