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La transition, une révolution accompagnée

Pour assurer leur viabilité, les politiques de développement durable appellent une gouvernance différenciée

Les mots charrient leur lot de sous-entendus. L’expression de changement climatique fait naître un sentiment d’insurmontable fatalité. Au contraire, quand on parle de transition énergétique, on induit la volonté d’influer positivement sur l’avenir de la planète.

Les collectivités, les entreprises, toutes les organisations humaines ont à faire face au même phénomène: le changement. Elles l’affrontent, le préparent, le gèrent, l’accompagnent, avec une clairvoyance et une bravoure inégales, selon la nature et la temporalité du changement lui-même.

Une évolution lente comme celle du climat nourrit durablement le débat entre sceptiques et inquiets. Une révolution industrielle ou numérique exige une adaptation soudaine et inéluctable des savoirs et des structures. Une transformation des mentalités ou des pratiques sociales se fait à des rythmes variables qui suscitent des réactions également différenciées.

Outre le rythme, la compréhension du changement peut se modifier: les uns en prennent acte, et le mettent en forme comme le législateur ou cherchent à en tirer profit comme le chef d’entreprise. D’autres le considèrent comme un objectif et préparent le grand soir avec ses lendemains qui devraient chanter. «Le changement, nous pouvons y croire», écrivait Barack Obama il y a huit ans, au moment d’entamer sa première campagne pour accéder à la Maison-Blanche.

Mais le plus intéressant du changement réside ailleurs, du côté de ce que l’on peut considérer comme une révolution certes, mais au bénéfice d’un accompagnement attentif: la transition. Car celle-ci se rapporte moins au résultat qu’au processus, moins à l’aboutissement qu’à la démarche. Elle convient particulièrement aux développements longs et complexes, à la fois prévisibles dans leur issue et indéterminés dans leur parcours aux multiples parallèles.

La transition énergétique…

On parle à juste titre de la transition énergétique, une évolution qui se déroule sur plusieurs décennies et passe par différentes voies. Ainsi, la libération progressive de la dépendance aux énergies fossile et nucléaire devrait être compensée par l’essor des ressources renouvelables ainsi que par une diminution générale et individuelle de la consommation d’énergie. Faute d’oser évoquer cette transition complexe et audacieuse, le Conseil fédéral préfère parler de sa Stratégie énergétique 2050, dont l’examen fractionné se poursuivra aux Chambres fédérales pendant la législature en cours. Le vocabulaire politique alémanique utilise couramment le mot Wende, en traduction le tournant, alors que la terminologie francophone demeure attachée au terme de transition. Tout comme la littérature spécialisée, à commencer par l’excellent ouvrage intitulé Comprendre la transition énergétique: 100 questions brûlantes, 100 réponses la tête froide.

… et mobilitaire

Présentée comme une caractéristique essentielle de la modernité voici 45 ans par un géographe américain nommé Wilbur Zelinsky, «l’hypothèse de la transition mobilitaire» est désormais reconnue, au même titre que l’énergie ou les télécommunications, comme un système dans lequel les processus technologiques et sociaux évoluent non pas en parallèle, mais en s’influençant mutuellement. Et, bien sûr, en s’invitant aux premiers rangs de l’actualité et de l’agenda politique.

La transition mobilitaire se développe dans la dimension combinée de l’espace-temps. Elle se manifeste aussi bien par les déplacements périodiques et pendulaires de plus en plus lointains que par les mouvements migratoires à grande échelle ou les transformations à l’intérieur de la société. Ces dernières s’observent dans le milieu du travail (rémunéré ou non) comme dans les activités extraprofessionnelles, sur les réseaux sociaux, dans les programmes de formation, les modèles économiques, les méthodes de gestion, les formes de communication.

Pour l’heure, on ne connaît pas de politique nationale qui envisage d’orienter – encore moins de maîtriser – l’ensemble des changements composant la transition mobilitaire. Cette dernière est en revanche prise en compte là où elle se fait particulièrement spectaculaire: en milieu urbain, dans les villes que l’on dit souvent elles-mêmes en transition, voire carrément en cours de métamorphose – et pas seulement à Lausanne où ce terme recouvre un vaste programme de transformation multidimensionnelle de la ville.

La société à 2’000 watts

A phénomène multiple, gouvernance différenciée. Dans son acception usuelle, la transition poursuit le but général d’une plus grande durabilité de la production et de la consommation. A cette fin, les autorités politiques doivent prendre un faisceau de mesures cohérentes et forcément contraignantes. Pour éviter que les nombreuses réglementations et prescriptions soient perçues comme des injonctions technocratiques, les projets dans leur ensemble doivent recevoir une forte adhésion populaire.

A cet égard, la Ville de Zurich, qui poursuit avec pugnacité l’instauration d’une société à 2’000 watts (consommation annuelle par personne, y compris l’énergie grise utilisée par les producteurs), a pris la précaution de soumettre cette exigeante option à l’approbation des citoyens. A trois contre un, ils ont dit oui le 30 novembre 2008 à un objectif qui les concerne tous en leurs différentes qualités: propriétaire ou locataires, employeurs, employés ou indépendants, consommateurs et usagers. Leurs efforts conjoints pourraient atteindre l’objectif visé d’ici 2050.

Prudemment, le Conseil fédéral, dans sa Stratégie pour le développement durable 2016-2019, inscrit la stabilisation du besoin en énergie primaire à 2’000 watts par personne dans une perspective internationale et à long terme, comportant deux premières étapes de réduction sensible d’ici 2020 et 2035.

Ainsi va la transition, programmée à grande échelle dans l’espace et le temps.

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