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Mondialisation: Au-delà des professions de foi

Les crises financières qui se succèdent font trembler les certitudes des mondialistes. Les critiques et les propositions viennent aussi de l’intérieur. Nous publions à ce propos un entretien de Paul Krugmann. Traduction DP.

A Davos précisément, la foi ne semble plus au rendez-vous. Les récentes turbulences monétaires, l’impact des déséquilibres économiques sur la planète tout entière tempèrent l’optimisme des mondialistes. Ces derniers planchent maintenant sur les régulations nécessaires à une mécanique qui s’emballe. Pour éclairer le débat, nous empruntons quelques extraits d’un entretien accordé au Tages Anzeiger par l’économiste américain Paul Krugmann, un intellectuel qui ne pratique pas la langue de bois libérale.

Sur les crises monétaires à répétition

« Il semble que les marchés émergents sont très sensibles aux prophéties auto-réalisantes (self-fullfilling prophecy). Si le marché estime que des pays comme le Brésil, la Thaïlande sont en difficulté, alors ils le sont. La panique des marchés fait que des économies fondamentalement saines deviennent très rapidement des cas à assainir, ce qui justifie alors la panique ».

Sur les investisseurs

« Les crises auto-réalisantes sont un acte de stupidité collective [ ?]. Généralement les marchés financiers, depuis la crise asiatique, disent aux pays émergents : désolé, bien que votre produit social brut ait quadruplé dans les vingt dernières années, bien que vous ayez connu les plus grands succès économiques dans l’histoire de l’humanité, nous ne croyons pas à votre maturité et nous retirons notre argent au premier signe de crise ».

Sur l’inflation

« La recette des économistes orthodoxes, ce sont des taux d’intérêt négatifs. Les banquiers orthodoxes par contre ne veulent pas d’inflation [ ?]. Si l’épargne est plus forte que l’investissement, alors même que le taux d’intérêt est nul, que voulez-vous recommander d’autre [que l’inflation]. L’an passé, je me suis fait beaucoup d’ennemis avec deux affirmations : avec la recommandation qu’en cas de besoin il faut introduire un contrôle des capitaux et avec la thèse que l’inflation est nécessaire pour sortir d’une crise de liquidités [ ?]. Je vous donne deux raisons pour lesquelles les Européens doivent se faire du souci. Une partie des difficultés du Japon tient à la structure démographique de cette société. Les pays européens connaissent une tendance démographique identique, même si elle n’est pas encore aussi extrême. L’Italie, par exemple, se rapproche déjà très fortement du Japon ».

Sur Keynes

« Récemment, j’ai relu Keynes. C’était au fond un partisan conservateur du libre marché. Alors que dans les années 30, au moment de la dépression, de nombreux intellectuels prédisaient la fin du capitalisme, il a vu les choses tout différemment. Keynes a comparé le capitalisme à une automobile. La machine fonctionne, disait-il, mais il y a un problème de batterie. Il proposait donc une solution technique, mais il n’a jamais rejeté le système. Il en va de même avec la mondialisation. Fondamentalement, c’est une très, très bonne chose. Par exemple, c’est la première lueur d’espoir pour plus d’un milliard de Chinois. Mais aujourd’hui, avec Ü l’argent chaud Ý à court terme, nous avons un petit problème technique. Et ce problème, nous devons le résoudre ».

Sur les perdants de la mondialisation

Ce sont « les salariés sans formation des pays industrialisés [ ?]. Un taux de chômage relativement élevé, tel est le prix que paie l’Europe pour la mondialisation. Aux états-Unis, ce sont des emplois mal payés. Il est possible de dédommager les perdants de la mondialisation, par exemple avec un impôt négatif sur le revenu qui peut accroître les plus bas revenus de 40 %. La mondialisation ne devrait pas être arrêtée à cause des perdants des pays industriels. Il faut indemniser les perdants, à mon avis, trois fois plus qu’actuellement. Les gagnants de la mondialisation sont pourtant beaucoup plus nombreux ».

Sur l’aversion des intellectuels à l’égard de la mondialisation

« Les intellectuels n’aiment pas la pensée économique [ ?] parce que l’économie a beaucoup à voir avec les mathématiques. Ë la base des exemples les plus simples, il y a des équations. Les gens s’en rendent compte. Et puis le marché est un système totalement amoral, basé sur l’égoïsme. Les intellectuels conservateurs cherchent une morale dans le marché. Je considère que cet effort est vain. Quant aux intellectuels de gauche, ils n’aiment pas le marché parce qu’il ne se laisse pas contrôler. »
» La pauvreté peut être aussi dommageable à l’environnement que la richesse. Le plus grave danger pour l’environnement dans les pays en développement, ce n’est pas la mondialisation, même si elle peut aussi être dangereuse. Dans les économies émergentes, le plus grand danger provient de l’agriculture de subsistance qui détruit la forêt, parce qu’il n’y a pas d’emplois ».

Sur le danger des préjugés

« [ ?] Il est vraiment urgent d’abandonner nos préjugés. Les personnes de mon âge ont acquis leurs connaissances économiques de base dans les années 70 et 80. Les thèmes principaux étaient alors la lutte contre l’inflation et pour le libre-échange. Au cours des dernières années, le monde a profondément changé. Brusquement les problèmes les plus urgents sont ceux auxquels nous avons été confrontés pour la dernière fois il y a plus de soixante ans, par exemple Ü l’argent chaud Ý ou le manque de liquidités. Avec les connaissances des années 70, le Japon, et peut-être bientôt l’Europe, vont connaître une dépression. Si maintenant nous exigeons des pays en développement qu’ils renoncent au contrôle des capitaux, les crises telle celle qu’a connue l’an passé l’Asie et maintenant le Brésil, deviendront courantes. Mon message aux élites : faites une pause et réexaminez vos connaissances ».

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