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Commerce international et réfugiés, les contradictions d’un monde globalisé

Johann Schneider-Amman à Téhéran: business et intérêts stratégiques

Entrée dans sa phase finale en 2013 à Genève, la négociation multilatérale en vue d’éviter le développement d’un armement nucléaire en Iran s’est conclue en 2015 à Vienne. Les sanctions qui frappaient cet Etat sont en voie d’être levées.

Et dans un monde où la compétition entre Etats se joue aussi dans l’obtention d’un accès privilégié à de nouveaux marchés, les contacts de haut niveau entre délégations politico-économiques occidentales et iraniennes se multiplient.

La récente visite en Iran du président de la Confédération, à la tête d’une délégation d’hommes d’affaires suisses, paraît donc tout à fait opportune. Les contrats à venir seront bienvenus pour des entreprises exportatrices durement touchées par le franc fort et un contexte économique mondial largement morose.

Si, a priori, tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes, il convient de prendre en considération une série de facteurs géopolitiques dont les effets n’épargnent pas la Suisse, dans un contexte où une autre globalisation, celle des conflits, répond à celle plus souvent évoquée de l’économie.

S’il est de notoriété publique que, par son soutien au régime de Bachar el-Assad, l’Iran joue un rôle majeur dans la guerre civile syrienne, l’étendue de cette implication reste largement sous-estimée et prend plusieurs dimensions.

Sur le plan militaire, au nombre déjà important de conseillers de la force Al-Qods du Corps des gardiens de la révolution islamique – les célèbres Pasdarans – présents en Syrie depuis 2011, se sont ajoutés nombre de soldats issus des unités conventionnelles de cette même institution, puis, plus récemment, des militaires issus de l’Artesh, l’armée régulière. Surtout, les Pasdarans organisent et synchronisent le déploiement d’un véritable conglomérat de milices composées de chiites irakiens et pakistanais, mais aussi de Hazaras afghans réfugiés en Iran et recrutés pour la cause, alors que les forces du Hezbollah libanais – massivement soutenu par Téhéran depuis des décennies – y jouent aussi un rôle crucial de par leur efficacité.

D’autre part, le régime syrien n’est plus en mesure de se financer directement, ce qui nécessite des injections de fonds massives de la part de Téhéran.

Sans l’intervention iranienne – comparativement bien plus importante que celle de la Russie pourtant plus souvent évoquée – le régime de Bachar el-Assad n’aurait tout simplement pas pu survivre aussi longtemps. L’ancienne armée arabe syrienne s’est par exemple fractionnée en un conglomérat de milices.

Bref, l’effort consenti par la République islamique est immense et se chiffre en milliards de dollars chaque année, et ce sans compter les lourdes pertes subies par ses combattants.

De plus, la même force Al-Quods reste un acteur central sur la scène irakienne, car elle soutient nombre de milices chiites locales capables de mobiliser un nombre d’hommes comparable à celui de l’armée irakienne.

Outre des motifs d’ordre géopolitique, cette implication de la République islamique inclut aussi une dimension politico-religieuse spécifique – les combattants chiites ne se battent pas en Syrie au nom du baasisme ou de Bachar el-Assad mais, entre autres, pour la défense de lieux saints du chiisme. Bien entendu, les exactions commises tant par le régime syrien que par les milices chiites irakiennes ne font que renforcer la propagande manichéenne caractéristique du Groupe Etat islamique.

Ces interventions iraniennes contribuent à prolonger et à envenimer des conflits enchevêtrés dont l’une des conséquences est un flot croissant de réfugiés. Nombre de ceux-ci cherchent le salut en émigrant vers l’Europe et l’actualité récente montre à l’envi que cette vague migratoire a des conséquences politiques majeures dans les pays européens concernés, parmi lesquels figure la Suisse. Il est prévisible que des conséquences économiques suivront.

Des investissements dans l’économie iranienne – aussi justifiables soient-ils à d’autres égards – ne peuvent que contribuer à financer les aventures militaires du régime des mollahs, et ce d’autant plus que les Pasdarans sont aussi un acteur majeur de cette économie du fait de la myriade d’entreprises qu’ils contrôlent.

Il ne fait aucun doute que cette contradiction entre intérêts économiques suisses de court et de long terme ne peut être résolue par des réponses simplistes. Mais elle mérite d’être soulignée, et ce d’autant plus qu’elle s’ajoute à une autre question régulièrement soulevée: celle de la pertinence des échanges économiques avec des régimes politiques qui violent notoirement les droits de l’homme.

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