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Le petit chef-d’œuvre littéraire d’un cantonnier

Michel Simonet, Une rose et un balai, Fribourg, éd. Faim de siècle, 2015, 133 pages

Qui n’a pas entendu ces fortes paroles «Si tu ne travailles pas mieux à l’école, tu finiras balayeur de rues»?… Et pourtant le Fribourgeois Michel Simonet, qui appartient à la corporation des cantonniers, donne ses lettres de noblesse à ce métier trop souvent méprisé.

Son petit livre Une rose et un balai a fait un tabac; il en est à sa quatrième édition.

L’ouvrage est d’abord une introduction à cette profession qui, si elle ne demande qu’un mois d’apprentissage, révèle plus de subtilités qu’on ne le croit. Mais surtout, elle est d’une évidente utilité publique, elle est indispensable.

Au passage, l’auteur déplore, plutôt qu’il ne dénonce car c’est un philosophe, la multiplication des incivilités: trottoirs jonchés de mégots, flaques de vomi au lendemain d’agapes (notamment, hélas, celles des étudiants), crottes de chiens négligemment laissées sur le trottoir, compost malodorant ou chat crevé abandonnés dans les poubelles. Celles-ci apparaissent par ailleurs comme un révélateur de notre société du gaspillage.

Michel Simonet ne cache pas les difficultés de ce métier souvent ingrat, toujours pénible, qu’il a pourtant choisi librement il y a quelque trente ans, après une activité commerciale où il était confiné dans un bureau. Il faut se lever très tôt, et les hivers notamment sont bien rudes.

Père de famille nombreuse, il n’a certes pas choisi la facilité sur le plan financier. Il a conscience d’appartenir à «un quart-monde ouvrier». On lui dit: «Mais vous faites un travail sans fin! Et en plus au bas de l’échelle!» A quoi il répond: «Tout va bien. Ça me rapproche à la fois de l’Infini d’une part, et de l’autre je ne me fais pas de mal si je tombe…» L’humour, on le voit, n’est pas absent de ses propos.

Ce petit bouquin à la couverture de couleur orange – celle des employés de la voirie que nous côtoyons tous les jours avec leur char et leur balai – constitue aussi une réflexion sur l’homme, la société, la notion de «réussite sociale». Un monde que l’auteur sait voir avec compréhension, sens du contact humain, et une foi catholique profonde sur laquelle il ne s’étend pas, mais qu’il essaie de mettre en œuvre dans sa pratique quotidienne. Il voit d’ailleurs «une indéniable parenté, d’où [son] attirance, entre ce métier et la vie monacale: le lever prématinal, la régularité dans les gestes et les horaires, la stabilité dans l’accomplissement d’une tâche et d’un lieu définis».

C’est aussi un hymne discret à l’art de prendre son temps, loin du stress frénétique dans lequel se débattent de trop nombreux êtres humains. Quant à la rose dont, depuis ses débuts, notre balayeur décore son char, elle rappelle que la vie doit aussi être poésie. Ce que suggèrent également les jolies illustrations de Nina Coursin.

Mais ce qui fait surtout le charme de ce livre, ce sont ses éminentes qualités littéraires. Claude Simonet manie la langue française avec une virtuosité étourdissante: richesse du vocabulaire («philoxène», «péripatétisons», «infusion tiliacée», etc.), citations latines, abondance de jeux de mots que l’on ne perçoit pas toujours immédiatement et qui invitent à une deuxième lecture, alternance de prose et de poésie: sonnet parodiant Joachim du Bellay, poèmes à la manière de Villon ou Verlaine…

Certes, Michel Simonet n’est pas un balayeur de rue tout à fait ordinaire: il a fréquenté le collège Saint-Michel et y a acquis une solide culture humaniste. Mais en mettant sa plume au service de ses confrères, il réhabilite toute une profession vue injustement avec condescendance et lui rend un légitime hommage, elle qui est fondamentalement utile à toute la communauté.

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