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La bataille des centres: les avenirs possibles du PBD

Le PBD peut aider à déconfessionnaliser le PDC, ou à diversifier le PLR

Photo PBD
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On a assisté à une série de spéculations sur l’avenir des partis du centre suite au triomphe électoral de l’UDC le 18 octobre dernier, notamment sur la question de l’avenir du PBD.

Va-t-il renforcer un PLR déjà auréolé de sa victoire du 18 octobre, la première depuis 1979? Ou les bourgeois-démocrates vont-ils incarner l’aile protestante de la démocratie chrétienne suisse au sein d’un PDC élargi?

Le parti bourgeois-démocratique est issu d’une dissidence de l’UDC en 2008 suite à l’exclusion de la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf et des sections la soutenant (DP 1797). Il est historiquement issu des Démocrates, versant populaire et social des radicaux dans les cantons des Grisons et de Glaris, alors qu’à Berne il vient plutôt du libéral-conservatisme rural.

Pour certains commentateurs, il y aurait une impossibilité culturelle, voire religieuse, qui rendrait impossible l’intégration du PBD (venant de cantons protestants) dans le PDC (historiquement un parti de défense confessionnelle catholique). Pourtant un petit détour chez nos cousins européens peut nous donner à penser.

En Allemagne, l’Union chrétienne-démocrate (CDU) est fondée en 1949 sur les décombres du parti catholique, le Zentrum, interdit sous le Troisième Reich. Le nouveau parti s’ouvre alors aux cadres et militants protestants qui finissent par composer une part non négligeable du parti. Cette union autour des valeurs du christianisme et de l’économie sociale de marché comprend trois tendances politiques principales: les libéraux, les chrétiens-sociaux et les conservateurs.

Aux Pays-Bas, face aux offensives laïques des libéraux puis des socialistes, protestants et catholiques se sont organisés en partis confessionnels. En réaction à la forte sécularisation, ils entament un rapprochement qui débouche finalement sur un nouveau parti. Ainsi, le parti populaire catholique (KVP) fusionne avec deux partis calvinistes, le parti anti-révolutionnaire (ARP) et l’Union chrétienne historique (CHU), pour former en 1980 l’Appel chrétien-démocrate, pilier des coalitions gouvernementales avec les travaillistes ou les libéraux.

Rien ne nous semble donc interdire un rapprochement voire une fusion entre PDC et PBD, car ils partagent certaines idées communes comme la défense de l’environnement ou de la famille. Pour autant, ils devront trouver un consensus sur les questions sociétales et notamment l’épineuse question du mariage homosexuel où les bourgeois-démocrates se montrent plus libéraux que le PDC, divisé sur le sujet quoiqu’ayant approuvé en son temps le partenariat enregistré pour les couples de même sexe.

Qu’en est-il d’un rapprochement entre libéraux-radicaux et PBD?

Ici c’est l’exemple belge qui vient à notre secours. Face à la sécularisation, la démocratie chrétienne belge a fait le parti de la laïcisation et le parti social-chrétien devient le Centre démocrate humaniste, perdant son aile conservatrice, qui rejoint les libéraux du Mouvement réformateur en y animant un petit courant libéral-conservateur.

Pour le cas helvétique, souvenons-nous que, à la suite du refus de l’EEE en 1992, les agrariens bernois, engagés en faveur du traité, avaient déjà songé à rejoindre le parti libéral suisse, mais sans succès. Le PBD pourrait ainsi naturellement rejoindre le PLR en y amenant des préoccupations plus conservatrices sur le rôle de la famille, ou plus écologiques avec une protection de l’environnement encore étrangère à la droite libérale, qui a déjà laissé se créer sur sa gauche un parti vert libéral issu en partie de ses rangs.

Il n’y a ainsi aucun obstacle idéologique sérieux à l’intégration de la dissidence UDC dans la démocratie chrétienne ou le libéralisme. Ce sera plutôt du côté des personnes, ou du poids de l’histoire et des traditions propres à chaque parti, que se trouveront les résistances.

Blaise Fontanellaz est assistant d’enseignement et de recherche en science politique au Global studies institute de l’Université de Genève.

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