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Election du Conseil fédéral: la discipline liberticide de l’UDC

Une souricière pour venger la non-réélection de Blocher

Photo Simon
Photo Simon (licence CC)

C’est l’histoire d’un plan de communication élaboré soigneusement et de longue date. C’est aussi l’histoire d’une souricière dans laquelle les parlementaires sont priés de s’introduire… librement.

L’UDC a mis en place au printemps 2014 déjà l’entreprise de reconquête de son deuxième siège gouvernemental.

Elle a tiré les leçons du piètre spectacle d’improvisation qu’elle avait livré en 2011: ses dirigeants, insatisfaits des candidatures proposées par les sections cantonales, avait lancé au dernier moment le Zurichois Bruno Zuppiger. Mais une semaine avant le jour J, l’hebdomadaire Die Weltwoche révélait que le prétendant s’était rendu coupable de captation d’héritage. Sortie sans gloire du candidat.

Pour parer à toute surprise, le parti a donc désigné une commission dite de recherche, chargée d’examiner les propositions des sections cantonales et de sélectionner les papables à l’intention du groupe parlementaire. La présence dans cette commission d’Adrian Amstutz, chef du groupe, et de Walter Frey, ancien conseiller national et proche de Blocher, devait garantir des choix orthodoxes.

Comme il est essentiel d’occuper sans relâche le terrain médiatique, y compris durant l’été, le président de l’UDC Toni Brunner, pourtant conscient du refus qu’il allait essuyer, lançait en août 2015 le nom d’Adrian Amstutz, lequel bien sûr déclinait l’offre. Puis ce fut au tour de Christoph Blocher de pousser Toni Brunner lui-même, «le candidat idéal». Sans plus de succès. On voit la manœuvre: évoquer des candidats de la ligne dure, qui en réalité ne veulent pas du job, pour ensuite se replier sur d’autres noms plus «présentables», preuve que le parti sait arrondir les angles lorsqu’il s’agit de prendre pleinement sa part de la responsabilité gouvernementale.

En novembre, la commission de recherche transmet au groupe parlementaire une liste de onze papables, Parmi eux, Thomas Aeschi, un candidat de dernière minute. En effet, la section zougoise s’est prononcée le 13 octobre en faveur du conseiller d’Etat Heinz Tännler. Lequel renonce le 21, sans explication, si ce n’est que son passage en tant que chef juriste à la Fifa fait l’objet de critiques. Le 22 octobre déjà, la Weltwoche présente Aeschi comme le candidat idéal et celui-ci est aussitôt adoubé par un vote par courriel du comité de la section.

Longtemps le Grison Heinz Brand a fait figure de grand favori. Chef de la police cantonale des étrangers avant d’être élu au Conseil national, il devait ravir la tête du département fédéral de justice et police à Simonetta Sommaruga, la bête noire de l’UDC, et conduire enfin une politique migratoire plus ferme. On allait voir ce qu’on allait voir! Est-ce le soudain flux de réfugiés de cet automne – les slogans ne suffiront pas à y répondre – qui a changé la donne? C’est maintenant le jeune Zougois qui porte les espoirs de l’UDC et qui est prédestiné à assainir les finances fédérales.

Il ne manque plus qu’un élément pour achever la mise en place de la souricière. Les présidents du PDC et du PSS croient tendre un piège à l’UDC en l’enjoignant de présenter un candidat latin. Or cette exigence va permettre aux conservateurs nationalistes de maximiser les chances de leur candidat préféré. D’accord, rétorquent-ils, ce sera un ticket à trois représentant les régions linguistiques. Or le poids démographique de la Suisse francophone ne justifie pas un troisième magistrat romand. Quant au Tessin, il n’a à offrir qu’un élu de la Lega provocateur ayant pour l’occasion acquis précipitamment sa carte de l’UDC. La voie serait donc libre pour Thomas Aeschi.

Après l’éjection de Blocher du Conseil fédéral et pour verrouiller la procédure, l’UDC a introduit dans ses statuts une disposition d’exclusion automatique de tout membre qui accepterait son élection sans être le candidat officiel du parti. Plus encore, les onze prétendants sélectionnés par la commission de recherche ont signé une déclaration selon laquelle ils refuseraient une élection s’ils n’étaient pas désignés par le groupe parlementaire. «Rester libre» proclamait le slogan de campagne de l’UDC. Sauf au sein du parti et pour les membres de l’Assemblée fédérale.

Nous militons depuis longtemps pour que la participation de l’UDC au gouvernement soit assortie de conditions minimales (DP 1925). Mais le Parlement ne semble pas disposé à faire ce pas, tant prévalent les échanges de bons procédés – je te tolère, tu me tolères. Pour sauvegarder sa dignité, il devrait au moins refuser le chantage de l’UDC et élire le candidat de son choix, sans tenir compte des menaces.

Car la souricière imaginée pour venger la non-réélection de Blocher bafoue la compétence de l’Assemblée fédérale en lui substituant celle d’un parti. Elle bafoue également le droit d’éligibilité au Conseil fédéral, qui appartient à chaque citoyenne et citoyen. Elle bafoue enfin l’obligation faite aux élus de voter sans instructions.

Et si aucun candidat de l’UDC n’accepte son élection, le Parlement pourrait chercher ailleurs sur l’échiquier politique, là où la concordance a encore une signification.

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Discussion

  • Bof… L’UDC manoeuvre habilement, c’est tout. Elle a une direction ferme, même un peu autoritaire, comme par exemple les deux grands partis britanniques quand il s’agit d’imposer leur leader comme premier-ministre. So what ?

    Personne n’aurait empêché le PS de faire de même. D’ailleurs ses méthodes ne valent pas mieux: Par exemple la façon dont on avait contraint le pauvre Francis Matthey a refuser son élection n’avait vraiment rien de démocratique. Alors…

  • Et dire qu’on ose encore prétendre que l’élection se fait surtout sur la base des compétences des candidats. Quelle mascarade !

    L’assemblée fédérale n’élit personne. Elle ne fait qu’enregistrer les désirs de l’UDC.

1 Rétrolien

  1. […] Les mouvements de l’UDC pour l’élection au Conseil Fédéral sont quand même assez din…. […]

    Cité par Revue de web – S04E46 | Fred H - 30 novembre 2015 à 9 h 00 min

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