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Formation professionnelle: mythes et réalités

Entre apprentissage, matu professionnelle et HES

Photo Gustave Deghilage

L’apprentissage en entreprise a ses avantages: initiation au monde du travail et à ses contraintes, acquisition des gestes et des connaissances indispensables à l’exercice d’un métier, formation adaptée au marché de l’emploi.

Il offre une alternative irremplaçable pour des milliers d’adolescents qui, chaque année, quittent l’école à 16 ans et n’auraient sinon aucune chance de s’intégrer professionnellement. Vite rentable et peu payé, l’apprenti a longtemps représenté un apport intéressant dans le commerce, l’artisanat, l’industrie et les services.

Dès les années 80, les critiques se sont multipliées: exploitation des apprentis, changements toujours plus fréquents de profession, de branche et d’entreprise, métiers devenus plus complexes et plus difficiles. On a alors renforcé sensiblement les exigences tant pour la formation organisée en entreprise que pour les écoles professionnelles.

On a surtout développé les hautes écoles professionnelles, les HES. Les formations gagnent en qualité, mais la charge pour les entreprises augmente et il devient plus difficile de trouver suffisamment de places d’apprentissage, notamment dans les entreprises étrangères qui en ignorent le fonctionnement.

L’entreprise forme un personnel souvent très spécialisé, adapté à ses besoins et à ceux de la branche. Elle a intérêt à ce qu’existent, sur le marché du travail, des gens qu’elle a elle-même formés. Ces salariés sont cependant mal préparés à l’évolution des techniques et aux changements d’emploi toujours plus fréquents. Il leur est difficile de se recycler dans de nouveaux métiers et ils restent donc liés aux entreprises de la région qui les ont formés. Ils se retrouvent en grande difficulté si leur métier disparaît ou simplement évolue.

Le monde politique est convaincu qu’il faut encourager l’apprentissage dual et va jusqu’à y voir, bien que rien ne le prouve, l’origine de la prospérité helvétique. Il est certes plus glorieux d’attribuer nos succès à la qualité de nos salariés si bien formés en entreprise plutôt qu’à un système fiscal particulièrement attractif, aux cadres diplômés de nos hautes écoles et à une main-d’œuvre étrangère très qualifiée.

Pourquoi ce choix? D’abord pour des raisons financières: l’apprenti qui ne fréquente l’école qu’un ou deux jours par semaine coûte moins cher à l’Etat que celui formé en école, et plus tard son salaire restera inférieur de près de moitié.

Pour les entreprises, au contraire, l’apprentissage est devenu plus coûteux: la plupart des métiers s’avèrent plus compliqués; il faut du personnel pour former l’apprenti qui souvent ne devient rentable qu’après deux ou trois ans.

On sait que le futur salarié n’a souvent pas une formation suffisante et restera confiné aux tâches les plus simples s’il n’a pas une maturité et/ou l’accès aux hautes écoles spécialisées mises en place par les cantons et la Confédération. On peut se demander s’il ne serait pas plus rentable pour nos entreprises – et pour leurs apprentis – d’organiser la formation de base en école pour offrir seulement ensuite des stages en entreprise.

Les tenants de l’apprentissage se heurtent à deux obstacles: le manque de places d’apprentissage et souvent le peu d’intérêt pour les métiers concernés. Or il ne suffit pas de prêcher en faveur de l’apprentissage ni de ses atouts.

Les enfants, les parents savent que c’est à l’école que se joue leur avenir. A 16 ans, pour choisir un métier, sans autres perspectives, il faut souvent y être contraint. Ils constatent que les salaires sont médiocres, les changements d’orientation fréquents, la poursuite d’éventuelles études difficile et coûteuse. Certes, tous ne parviendraient pas à exercer les métiers dont ils rêvent, mais beaucoup pourraient, en poursuivant leur scolarité, occuper plus tard les postes qu’on offre aux immigrés, faute de résidents suffisamment formés. C’est pourquoi, à côté de candidats motivés, l’apprentissage n’est souvent que le second choix pour des écoliers en difficultés scolaires.

Sous prétexte d’encourager l’apprentissage, de nombreux cantons, sans vraiment oser le dire, ont introduit un véritable numerus clausus, en limitant le nombre de classes conduisant à la maturité et aux hautes écoles.

Ce refus d’offrir à nos jeunes l’accès aux métiers dont ils rêvent nous contraint à chercher à l’étranger des professionnels déjà formés et qui manqueront à leur pays d’origine. Une politique d’immigration dont la dénonciation constitue le fonds de commerce de ceux qui sont les premiers à diminuer les budgets de la formation.

Heureusement la voie de la maturité professionnelle et des hautes écoles spécialisées est désormais ouverte. Certes plus longue et plus coûteuse, elle apporte un complément irremplaçable à notre système de formation. Reste aussi les écoles privées pour ceux qui ont de l’argent.

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