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Finances genevoises: Un triste (E)tat

Le blocage paraît complet. Et pourtant une autre démarche est possible

Photo Annette Dubois
Photo Annette Dubois (licence CC)

Pour préparer le budget 2016, le Conseil d’Etat genevois est parti d’un postulat non négociable: dans un futur très proche, les recettes vont connaître une réduction inévitable; il faut par conséquent réduire les dépenses afin d’équilibrer les comptes.

Il propose donc un train de mesures pour réaliser des économies: réduction de 5% de la masse salariale, passage de 40 à 42h de travail hebdomadaire pour les fonctionnaires. Il envisage d’autres pistes comme la réduction de la part patronale aux cotisations du 2e pilier.

Considérons d’abord la baisse annoncée des recettes.

Certains syndicats rejettent en bloc l’ensemble du message du Conseil d’Etat, y compris son analyse fiscale. C’est un peu court. Il s’agit en effet de prendre acte du fait que de nombreuses décisions pourtant essentielles sont désormais prises hors du canton, qu’on le veuille ou non. Les injonctions de l’OCDE qui conduisent à la troisième réforme de l’imposition des entreprises (RIE III), la concurrence fiscale entre les cantons qui pousse ces derniers à fixer des taux d’imposition proches de 13% seulement et la difficulté à mettre en œuvre un modèle global de taxation du revenu des capitaux en sont des exemples concrets. Il faut bien constater aussi que la volonté politique majoritaire de baisse des impôts a reçu régulièrement le soutien du peuple.

Dans ces conditions, le Conseil d’Etat paraît bel et bien contraint de miser sur des économies, en particulier sur le court et moyen terme.

Cela ne doit cependant pas empêcher une réflexion de fond sur le modèle fiscal global que nous souhaitons. Mais cette réflexion n’a pas à être menée par les seuls fonctionnaires, puisqu’elle concerne bien tous les citoyens. A eux de se mobiliser, dans le cadre des partis politiques et/ou du monde associatif pour prendre en main leur destin plutôt que de le subir!

Quoi qu’il en soit, ces éventuelles (r)évolutions prendront du temps et ne sont pas en phase avec le rythme qui nous est aujourd’hui imposé.

Revenons donc aux dépenses. Force est de constater que les propositions du Conseil d’Etat – réductions linéaires des salaires, du nombre de fonctionnaires, des budgets – sont d’une indigence intellectuelle inquiétante. Le gouvernement se comporte en petit gestionnaire comptable au lieu d’assumer ses responsabilités, qui seraient de défendre une vision, de fixer un cap ainsi que des priorités et enfin de cibler les moyens alloués.

Les fonctionnaires feraient bien de prendre le Conseil d’Etat au mot, lui qui se dit ouvert à d’autres pistes d’économies. Parmi celles-ci, citons-en deux principales.

D’abord la réforme de l’organisation territoriale. Tout le monde à Genève connaît les incroyables doublons Ville / Etat et les réticences de certaines communes à participer à l’effort collectif. Malgré cela, les alliances d’intérêts pourtant opposés bloquent toute réforme qui générerait des économies bien plus importantes que ce qui est visé actuellement. Quand le Conseil d’Etat aura-t-il enfin le courage de traiter ce dossier pourtant essentiel pour Genève?

Ensuite l’organisation de l’Etat. Il y a plusieurs années, la «nouvelle gestion publique» était à la mode. Il s’agissait d’une idée novatrice consistant à déléguer aux équipes de terrain l’organisation de leur travail et la gestion de leurs budgets sous la supervision d’un Etat qui se concentrerait sur les objectifs et l’évaluation. Repoussée idéologiquement d’un côté, dévoyée en une sauce néolibérale à seule fin d’économies de l’autre, elle s’est perdue, laissant l’Etat se réorganiser jusqu’à atteindre aujourd’hui un niveau d’inefficacité peu commun.

Les étages hiérarchiques se sont multipliés, les petits chefs pullulent, les juristes édictent directives et autres recommandations que des «communicants» sont chargés de faire connaître, des unités entières censées être au service de l’administration finissent par ne servir plus qu’elles-mêmes, chaque initiative génère une telle paperasse de contrôle qu’il devient préférable de ne plus avoir du tout d’idées!

L’immense majorité des fonctionnaires – qui a à cœur de bien faire son travail – déplore cette situation ubuesque qu’elle vit tous les jours. Le Conseil d’Etat aura-t-il le courage d’entamer un vrai dialogue avec ses employés, de s’appuyer sur leurs compétences et leur connaissance du terrain pour mener une réforme de fond qui devient urgente?

Nous sommes aujourd’hui dans un triste état, avec et sans majuscule. Cette énième crise sera-t-elle celle qui nous offrira l’opportunité de nous remettre en question, à quelque niveau que nous soyons?

Jean-Marie Delley est professeur de mathématiques au Collège de Genève

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Discussion

  • Bravo pour cette lucidité. Je crois en effet à ces autres pistes évoquées par toi, et notamment à une réflexion de base sur la fiscalité. Reste hélas que la masse salariale de l’Etat de Genève est proportionnellement plus élevée que dans d’autres cantons suisses du même type urbain, et que donc le débat parfois populiste sur la fonction publique ne se résout pas dans des formules comme l’indigence du Conseil d’Etat.

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