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Les entreprises face à leur responsabilité sociétale

Voyage aux frontières entre réglementation publique de l’économie et entreprises privées à profit social et environnemental

Photo Placbo
Photo Placbo (licence CC)

Par sa propre faute, Volkswagen subit le plus gros tort moral – et matériel – de son histoire. Onze millions de voitures diesel roulent dans le monde, sous l’une des marques du groupe VW, équipées du moteur au logiciel manipulé par le constructeur pour échapper aux contrôles sur les émissions polluantes.

L’image de la «voiture du peuple» ne s’en remettra qu’au prix d’un investissement à impact environnemental fort, du type encouragement à la voiture électrique, en densifiant par exemple le réseau de bornes de recharge, toujours squelettique à ce jour.

Comment expliquer une si vaste tricherie? Qui, à quel échelon du pouvoir au sein du groupe, a osé prendre le risque de violer si manifestement l’une des maximes de la responsabilité sociétale de l’entreprise à l’égard de l’environnement et vis-à-vis de ses publics: clients, collaborateurs et actionnaires?

Ces questions ne recevront sans doute pas davantage de réponse satisfaisante que dans les cas d’autres scandales: la dioxine de Seveso (1976), la catastrophe de Bhopal en Inde (1984), l’accident nucléaire de Tchernobyl en Ukraine (1986), l’explosion de l’usine chimique AZF à Toulouse (2001), le désastre atomique de Fukushima (2011). A chaque fois domine l’esprit de lucre, qui induit un dangereux assemblage de malfaçons, de défauts d’entretien, de négligences et de tromperies en tous genres et provoque de graves dommages pour la société et l’environnement.

Et pourtant, dès les années 1970, démarraient simultanément le débat sur le rôle des multinationales – mené en Suisse par la Déclaration de Berne – et la réflexion sur la place de l’éthique dans les affaires. Depuis, l’occasion a été fréquemment donnée de vérifier que les codes de bonne conduite n’ont jamais empêché les dérives des mauvais conducteurs.

C’est aujourd’hui l’OCDE qui met en valeur la notion de responsabilité sociale de l’entreprise (RSE), en faveur de laquelle s’exprime également le Pacte mondial des Nations Unies, une plateforme réunissant 8’000 entreprises et 4’000 organisations non gouvernementales actives dans 145 pays différents. Cette année, le réseau suisse du Pacte mondial, créé en 2004, a passé avec la Direction du développement et de la coopération (DDC), un accord analogue à un partenariat public-privé.

Zèle helvétique

Toujours préoccupée d’exemplarité et pratiquant l’art des connivences entre les secteurs public et privé, la Suisse s’est mise à l’heure de la responsabilité sociétale des entreprises. Dans leurs activités, ces dernières doivent prendre en compte, outre les intérêts des propriétaires, toute une série de critères et de considérations d’utilité plus générale: conditions de travail, droits de l’homme, environnement, prévention de la corruption, concurrence équitable, intérêts des consommateurs, fiscalité et transparence.

De ce vaste programme, la Confédération fait l’un de ses «axes stratégiques». Et, fidèle exécutant, le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) traite la responsabilité sociétale des entreprises comme l’un de ses thèmes de publication.

Après avoir consacré à la RSE l’essentiel du numéro de décembre 2012 de sa revue La Vie économique, le Seco propose cette année 50 pages expliquant les «positions et plan d’action du Conseil fédéral concernant la responsabilité des entreprises à l’égard de la société et de l’environnement».

L’exécutif rappelle que «la Confédération s’engage de longue date pour encourager la RSE aux niveaux national et international», y compris dans les pays en développement ou en transition. Et ce, dans le but explicite de renforcer la position des entreprises suisses «en qualité d’acteurs responsables et compétitifs». Ce qui impose de promouvoir de nouvelles activités, «en particulier dans les domaines de l’information, de la transparence, de la formation et du rôle d’exemple qui incombe à la Confédération».

Tant de zèle ne pouvait manquer de trouver écho dans l’économie privée. En collaboration avec SwissHoldings, Economiesuisse a promptement donné, dès juin dernier, le point de vue des entreprises sur la RSE, sous la forme d’une intéressante brochure d’une quarantaine de pages, introduites par cette devise en exergue: assumer, encourager et partager.

Cette publication se lit à la fois comme l’exposé de la philosophie et des projets des entreprises en matière de RSE et comme une réponse implicite et préventive à l’initiative populaire lancée en avril dernier, notamment par la Déclaration de Berne, et intitulée «Entreprises responsables – pour protéger l’être humain et l’environnement».

La parade d’Economiesuisse suscite une réaction ironique de la part de la Weltwoche (39/2015) qui dénonce la faiblesse opportuniste des milieux économiques à l’égard d’une gauche toujours assoiffée de réglementations abusives et partisane impénitente d’un étatisme étouffant. En clair, Beat Gygi, qui fut durant une vingtaine d’années rédacteur à la NZZ avant de rejoindre la Weltwoche de Roger Köppel, dénonce la RSE comme une «mode inutile», indigne de véritables chefs d’entreprise et tout juste bonne à donner du travail au Seco et à la DDC.

Investissements à rendement social

En réalité, l’éternel opposant à l’administration fédérale et à ses relations extérieures est déjà en retard d’une guerre. Car la phase suivante de l’incestueuse relation entre sociétal et privé se dessine dans La Vie économique de ce mois, sous la plume de Christian Hofer, délégué suisse à la Banque interaméricaine de développement (BID) et à deux autres institutions d’investissement également domiciliées à Washington. Il s’exprime à titre personnel sur le thème de la RSE financièrement et socialement profitable. Sa contribution porte sur les investissements générant un rendement social qui sont bien «dans la tendance actuelle».

Le fonctionnement de ces mécanismes est clairement décrit: du côté de l’offre, des institutions financières et autres fonds de placement et, du côté de la demande, des entreprises sociales, des organisations à but non lucratif mais visant un bénéfice social ou environnemental ainsi que des coopératives. Entre les deux, on trouve les indispensables intermédiaires: banques alternatives, investisseurs sociaux, instituts de microcrédit, fonds de placement spécialisés.

A noter que le discours sur la finance durable escamote la RSE, alors même qu’elle poursuit des objectifs analogues à ceux des investissements produisant un rendement social.

Il convient de faire la part des choses. D’une part, la pratique de la finance durable rend un double service aux investisseurs, qui peuvent tout à la fois se construire une image sociale et se situer dans un marché qui ne sera jamais dominant, mais connaîtra encore un temps de forte progression – sachant qu’à partir de presque zéro la croissance paraît plus spectaculaire. Et, d’autre part, cette même finance durable permet aux demandeurs de financer leurs activités à des conditions, certes plus coûteuses que par des subventions et autres subsides à fonds perdu, mais en bénéficiant d’une reconnaissance et du soutien économique d’experts exigeants.

Plus généralement, un constat s’impose: la finance durable tout comme la responsabilité sociale des entreprises constituent de nouvelles formes d’interpénétration des secteurs public et privé, qui collaborent formellement par des partenariats et, en outre, s’inspirent mutuellement s’agissant des méthodes et, par contagion, des objectifs. L’Etat cherche à se gérer de manière allégée et tente l’externalisation à plus ou moins bon escient; l’économie, elle, s’applique à se montrer plus responsable, en incorporant les besoins sociaux et environnementaux.

Or, la gauche se méfie de cet Etat qui se défait d’une partie de ses responsabilités tandis que la droite dénonce l’entrain de ces entrepreneurs qui inspirent et parfois appliquent une réglementation supplémentaire avant même qu’elle leur soit imposée…

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