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«Olga», de Madeleine Knecht-Zimmermann: le troisième volume d’une vaste fresque familiale et sociale

Madeleine Knecht-Zimmermann, Olga. Travailleuse sociale à l’époque des enfants placés, Vevey, Editions de L’Aire, 2014

L’auteure d’Olga a enseigné le français dans un Gymnase vaudois. Depuis sa retraite, elle se consacre à l’écriture, publiant volume après volume une véritable saga familiale.

Ce fut d’abord Le Cordonnier de Sainte-Croix (2008), où elle raconte l’histoire de son arrière-grand-père, artisan originaire du Grand-duché de Bade, membre de la société ouvrière et socialisante du Grütli, ainsi que de sa nombreuse descendance.

Le deuxième volume, Pour une ombrelle et des gants, au beau titre proustien, est paru en 2012. Il raconte le destin de sa grand-tante Caroline Zimmermann (1874-1951). Confrontée à la pauvreté et au chômage à Sainte-Croix, elle se «place» dans une famille en Russie, où elle peut observer l’immense misère du peuple dans les dernières décennies du tsarisme. Puis elle émigre en Angleterre, avant de succomber au «rêve canadien». Ses émigrations successives sont alors le lot de nombreux Suisses. En 1926, elle s’établit à San Francisco, où l’on perd sa trace.

A chaque fois – et c’est là tout l’intérêt de cette série qui dépasse de loin le cadre strictement familial – l’auteure brosse une solide fresque sociale de ces différents pays.

Pour mener ce qui est aussi une véritable enquête, Madeleine Knecht s’est fondée sur un sérieux travail de recherche dans les archives publiques et privées, et sur l’histoire orale par la collation de témoignages. Le résultat est très convaincant. D’autant plus qu’elle écrit dans une langue à la fois simple et classique, souvent élégante, qui confère à cette quête des origines un statut d’authentique œuvre littéraire.

Le troisième volume, qui nous arrêtera davantage, s’intitule Olga. Il est centré sur l’histoire d’une tante, Olga Zimmermann (1904-1996). La première partie se déroule dans le Seeland bernois. On y découvre la vie difficile d’une veuve (la mère d’Olga) qui doit élever plusieurs enfants, dont on connaîtra aussi les destins individuels.

La famille subit l’humiliation sociale qui stigmatise les pauvres. Dans cette société très dure envers les faibles, il y a aussi de belles figures, comme celle de cet instituteur disciple de Pestalozzi, «impitoyable à l’égard des paresseux et des enfants gâtés, bon pour les faibles et les pauvres». Des années particulièrement difficiles sont celles de la mobilisation de guerre 1914-18, immédiatement suivie par la grippe espagnole.

Le sort le plus tragique, que craignent les Zimmermann mais auquel tous échappent heureusement, est celui des «enfants placés» par la commune chez des paysans: trop souvent exploités au travail, mal nourris, battus. Une problématique qui a refait surface avec force et émotion ces dernières années.

Le lecteur appréciera aussi le réalisme des scènes de la vie paysanne, décrite avec talent: qu’il s’agisse du ramassage des pommes de terre ou de la confection de la confiture de groseilles.

Plus tard, on retrouvera Olga, qui a fait un apprentissage de secrétaire à Zurich, dans les services sociaux de la ville ou du canton de Berne. Elle y est précisément confrontée à ces douloureux placements d’enfants pauvres à la campagne. Au début, elle se montre assez rigide dans son activité professionnelle, avant qu’un cheminement psychologique se fasse en elle, la transformant en un être aimant et compatissant, et en une grande amatrice des arts.

Pour expliquer comment elle a «changé de direction», il faudra une rencontre amoureuse avec un médecin tessinois, propriétaire d’une maison pour tuberculeux à Locarno. Des pages magnifiques sont consacrées au Tessin et à ce Sud aux riches couleurs qu’Olga découvre, comme l’ont fait avant elle Van Gogh, Matisse ou Paul Klee, pour l’œuvre duquel elle se passionnera. Par l’intermédiaire de son amant, elle va entrer en contact avec les idéalistes, parfois les illuminés de Monte Verità qui gravitent autour de Hermann Hesse. Voilà sans doute l’un des facteurs de sa libération intérieure. Cette partie du livre constitue aussi un document ethnographique sur le Tessin disparu des années 1940, où les femmes en costume traditionnel portaient encore des hottes.

Olga va faire de nombreux voyages en Italie. La Bernoise rigide y rompt ses carcans et poursuit sa libération, se détachant du verbe schaffen et du culte si protestant du travail: «Il n’est pas question de créer, de s’accomplir dans une tâche choisie avec enthousiasme et dans laquelle on investit ses talents. On doit se rompre sans relâche, ne jamais lever la tête, ne pas perdre un instant, ne s’accorder aucun plaisir, aucun répit. Schaffen Olga entretiendra avec sa nièce une relation forte, avant une assez triste fin solitaire, en institution.

C’est un beau livre, souvent chargé d’émotion, même si celle-ci est contenue, bridée par l’auteure, dont l’enfance a baigné dans l’atmosphère du calvinisme français.

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