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Accès à l’université, avec ou sans maturité

L’examen préalable de l’Université de Lausanne semble une alternative intéressante à la maturité

Les divers types de maturité ouvrent la voie royale conduisant à l’université. Ceux qui n’ont pas la fameuse «matu» peuvent toujours faire une demande pour un accès sur dossier, s’ils remplissent deux conditions de facto fort restrictives: avoir 25 ans et une expérience professionnelle d’au moins trois années.

L’Université de Lausanne fait figure d’exception. Elle est la seule en Suisse à prévoir, pour les jeunes sans maturité, un examen d’entrée, baptisé «préalable», à la seule condition qu’ils aient 20 ans révolus. Certaines facultés exigent tout de même un diplôme de fin d’études secondaires supérieures, mais Lettres, Sciences sociales et politiques (SSP) ainsi que Théologie et sciences des religions ne formulent aucune exigence pour la présentation à cet examen. Une personne de 20 ans sortie simplement de l’école obligatoire pourrait donc s’y inscrire.

Ce dispositif est extrêmement intéressant. Si les étudiants issus de cet examen réussissent leur parcours universitaire aussi bien que les titulaires d’une maturité, cela pourrait conduire à une diversification des procédures de sélection traditionnelles pour l’entrée des hautes écoles. Plusieurs écoles privées ont bien compris l’enjeu et proposent des cours préparatoires à cet examen préalable, ce que fait également le gymnase du soir, mais à la condition de présenter un diplôme ou d’avoir une expérience professionnelle.

Étrangement, il n’existe quasiment aucune donnée chiffrée concernant cette filière d’entrée à l’Université de Lausanne, pas d’articles de presse, encore moins d’études détaillées – alors que le secteur de l’éducation et de la formation se caractérise plutôt par une pléthore de statistiques et de recherches en tous genres. Une étude de cohorte – suivi d’un groupe tout au long de son parcours – vient toutefois d’être lancée sur ce sujet. Elle se déroulera donc sur plusieurs années.

L’Université de Lausanne est manifestement satisfaite des résultats de ce dispositif puisqu’elle vient de l’étendre à toutes les facultés, alors que seules certaines d’entre elles admettaient les étudiants sur examen préalable.

Mais en quoi cet examen se distingue-t-il? Le candidat doit choisir à l’avance la faculté pour laquelle il prépare cette épreuve et il n’a plus ensuite la possibilité de s’inscrire ailleurs. L’examen porte exclusivement sur des disciplines importantes pour les études dans la faculté visée, avec une exigence élevée, peut-être supérieure à celle d’une maturité. Il s’agit de mesurer la capacité de réflexion et d’analyse du candidat. Il n’est bien sûr pas dans l’intérêt de l’Université de Lausanne de faire entrer des étudiants sans maturité pour qu’ils se retrouvent en situation d’échec dès la première année, et cela après un examen préalable réussi dans environ 70% des cas.

Les étudiants issus de l’examen préalable se retrouvent principalement dans deux facultés: Lettres et SSP. Ils représentent en 2014 une proportion non négligeable des nouveaux étudiants: 9,2% en Lettres et même 18,1% en SSP. Bien entendu, le critère décisif reste celui de la comparaison de la proportion de bachelors délivrés trois ans plus tard. Seule l’étude de cohorte, désormais en cours, permettra d’obtenir des résultats objectifs.

Mais si l’on compare, pour les années 2009 à 2014, les taux d’inscription et les taux de réussite au bachelor, l’on constate que la proportion des nouveaux étudiants sans maturité varie de 5,3% à 10,4% en Lettres, avec une proportion de réussite au bachelor allant de 4,3% à 12,5% pour l’ensemble des étudiants. Pour SSP, ces pourcentages vont respectivement de 8,8% à 14,1% pour les inscrits et de 8,1% à 14,9% pour l’obtention du bachelor.

Ces proportions n’ont aucune prétention scientifique dans la mesure où elles concernent des étudiants différents observés dans des années différentes. En outre, ce ne sont pas forcément les mêmes qui se présentent aux examens trois ans après. Elles montrent toutefois une réalité indiscutable: très en gros et avec toutes les précautions voulues, les chances de réussite des étudiants issus de l’examen préalable semblent du même ordre de fréquence que pour les titulaires d’une maturité.

Les étudiants sans maturité sont invisibles au sein de l’université. Ils ne se distinguent en rien de leurs condisciples et les professeurs ne connaissent en général pas leur parcours personnel. Mais les enseignants qui savent d’où viennent ces étudiants attestent en général de leur motivation élevée et de leur fort investissement. Leur vie antérieure n’a pas été toujours simple et, selon plusieurs témoignages, ils sont mieux préparés psychologiquement au changement que représente l’entrée à l’université qu’un titulaire de maturité dont l’arrivée dans une faculté semble s’inscrire dans une simple continuité… alors qu’en réalité la rupture avec le monde du gymnase s’avère le plus souvent brutale.

La plupart des nations occidentales vivent avec un examen barrière, les maturités chez nous, qui constitue le sésame ouvrant l’accès aux études supérieures, avec bien sûr des exceptions et quelques passerelles. S’il se confirme que les résultats des étudiants sur examen préalable sont aussi bons que ceux des étudiants avec maturité, il faudra peut-être inventer des chemins multiples et diversifiés.

La souplesse helvétique qui permet à une haute école de définir ses propres critères d’admission peut devenir un atout considérable dans la construction de l’université du futur.

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