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Conseil fédéral: enfin un UDC qui parle vrai

Adrian Amstutz illustre pourquoi l’UDC n’a pas sa place au gouvernement

Photo Monika Flueckiger/freshfocus - parlament.ch

Quand un UDC parle vrai, il ne faut pas manquer de le relever. Ni d’en tirer toutes les conséquences.

Récemment, le bouillant et brouillon président de l’UDC a désigné son candidat préféré pour la conquête d’un deuxième siège au Conseil fédéral: le conseiller national bernois Adrian Amstutz, chef du groupe parlementaire. Un député qui manie aussi bien le sourire séducteur que les propos outranciers, lui qui prétend faire de la politique «à la tronçonneuse».

Passons sur les motifs qui ont poussé Toni Brunner à suggérer un papable qui n’aurait aucune chance devant l’Assemblée fédérale, ne serait-ce que parce que deux Bernois siègent déjà au Conseil fédéral.

Amstutz s’est empressé de déclarer que le poste ne l’intéressait pas. Et de préciser qu’il ne pourrait pas endosser la fonction exécutive: «Je ne pourrais pas m’imaginer, au nom du principe de la collégialité, me taire quand la majorité du Conseil fédéral met en danger l’avenir du pays. Quand elle ignore les décisions du peuple, quand elle ne freine pas l’immigration démesurée, quand elle s’agenouille devant Bruxelles, quand elle donne la priorité au droit européen sur le droit suisse et quand elle met en danger la sécurité du pays en ne donnant pas les moyens financiers à notre armée. Non, ce n’est pas mon naturel. Je ne pourrais pas me taire. Je ne veux pas être candidat parce que je ne le peux pas.»

Voilà qui est clairement dit. Pour le parlementaire bernois, la collégialité ne se conçoit que si la majorité du Conseil fédéral est de son avis. Il a au moins l’honnêteté d’en tirer la conséquence. Tel n’est pas le cas des récents magistrats UDC.

On se souvient que Christoph Blocher, en visite en Turquie, avait critiqué la disposition antiraciste du Code pénal suisse et regretté que la justice helvétique poursuive un historien turc au nom de cette norme. Et Ueli Maurer n’a pas hésité à mettre en question publiquement la présidence suisse de l’Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe au moment même où son collègue Didier Burkhalter pilotait l’institution dans le cadre de la crise ukrainienne. Des dérapages dont on pourrait multiplier les exemples.

A l’inverse, Samuel Schmid fût traité par Blocher de «demi-conseiller fédéral», parce que ne relayant pas suffisamment les thèses de son parti et élu contre la candidate officielle de l’UDC, Rita Fuhrer. Après la non-réélection de Blocher, l’UDC a inscrit dans ses statuts l’exclusion d’un membre qui accepterait son élection au Conseil fédéral sans avoir été proposé par sa fraction parlementaire. Une disposition soit dit en passant contraire à la Constitution dans la mesure où elle cherche à limiter les compétences du Parlement.

La déclaration d’Adrian Amstutz, plus que sa position personnelle, reflète celle de l’UDC. Un parti pour qui ses magistrats restent des soldats, plus dévoués à la cause partisane qu’à l’exercice collégial du pouvoir.

Lorsque Filippo Lombardi, chef de la fraction démocrate-chrétienne au Parlement, prétend que l’UDC, de par sa force électorale, a droit à deux sièges au sein de l’exécutif au motif qu’il faut préserver la stabilité de la politique suisse, il confond la cause et l’effet. Ce n’est pas la non-réélection de Blocher qui a provoqué la crise politique qu’il diagnostique, mais bien son élection en 2003. Quant à croire en la volonté de compromis de l’UDC, le Tessinois se berce d’illusions.

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