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Le Musée militaire de Morges célèbre le 75e anniversaire du Rapport du Rütli

Une exposition à voir jusqu’au 29 novembre 2015

Photo Lamatman
Photo Lamatman (licence CC)

Le 25 juillet 1940, après la débâcle française, le général Henri Guisan convoquait ses subordonnés directs sur la mythique prairie du Rütli, qui domine le lac des Quatre-Cantons. Il y tenait un discours dont l’histoire n’a pas retenu les termes exacts, mais qui mettait en avant l’esprit de résistance.

Acte courageux et coup de génie médiatique ou folle imprudence, puisqu’une bombe allemande larguée sur le bateau qui transportait les 650 officiers aurait décapité l’armée suisse?… Nous n’entrerons pas ici dans ce débat. Toujours est-il que ce «Rapport du Rütli» a acquis une réelle portée historique.

Une équipe d’organisateurs a décidé de célébrer le 75e anniversaire de l’événement par une exposition au Musée militaire de Morges, sis dans le château savoyard de la localité lémanique. A côté de chercheurs comme l’historien Jean-Jacques Langendorf, les membres de la Société suisse des officiers y occupent une large place.

Nous avons assisté, le 7 mai, au vernissage. Une manifestation patriotique comme nous croyions qu’il n’en existait plus! Sentinelles en tenue 1939-45, imposante brochette d’officiers supérieurs et donc beaucoup d’or, d’étoiles et de feuilles sur les casquettes, airs martiaux joués par la fanfare, etc. Cependant, on a pu noter un changement avec l’époque que nous avions connue sous les drapeaux: les jeunes musiciens en uniforme, très démocratiquement conviés au somptueux buffet, côtoyaient ainsi divisionnaires, brigadiers et officiers de tous grades devant les bons vins et les petits canapés…

Les discours furent par ailleurs d’assez bonne tenue. Le brigadier Denis Froidevaux a rendu hommage aux femmes «qui ont tenu à bout de bras le pays» pendant le conflit. La conseillère d’Etat Béatrice Métraux a rappelé la volonté de résistance inébranlable de la Grande-Bretagne et celle de l’Union soviétique, cette dernière trop souvent oubliée dans les discours officiels. Orateur brillant comme toujours (même si parfois contestable sur le fond), Jean-Jacques Langendorf a expliqué le concept de l’exposition, qui remet le Rapport du Rütli dans son contexte politique, économique et social, et pour cela remonte à la première guerre mondiale, en insistant sur les crises des années 30.

Mais venons-en à l’exposition elle-même. Incontestablement son principe, énoncé ci-dessus, est intéressant. On y verra de nombreuses armes datant de 1939-45, des masques à gaz attestant la crainte de la «guerre aérochimique», des photographies, des documents originaux sur la «drôle de guerre», la reconstitution d’un intérieur suisse «moyen» avec des produits de l’époque, etc. Tout cela peut constituer un matériau utile pour des visites guidées, avec un minimum de distance, de classes d’école par exemple.

Il faut louer le fait que les concepteurs de l’exposition aient accordé une large place aux luttes et à la propagande idéologiques. La présentation n’occulte pas les tentations de céder à l’«ordre nouveau», incarnées notamment par l’Union Nationale fascisante de Genève. Deux vitrines appellent cependant la critique.

Dans la première est établi un lien discutable entre la «fièvre révolutionnaire», la Révolution d’octobre et la grève générale de 1918. Or, si l’exemple des Soviets a pu jouer un rôle mineur dans le déclenchement de cette dernière, toute l’historiographie contemporaine, au moins depuis 1968, a bien montré que la grève avait principalement des causes sociales, au premier rang l’absence de caisse de compensation pour les soldats mobilisés et la misère de très nombreuses familles.

Une deuxième vitrine nous pose problème: celle qui évoque la fusillade du 9 novembre 1932 à Genève. On nous présente une vision très pudique de la tuerie, où les responsabilités semblent totalement partagées, alors que celles du gouvernement genevois et de l’armée, face à une foule totalement désarmée, sont écrasantes au vu des études les plus récentes.

Bref, cette exposition ne s’éloigne pas d’une vision assez conventionnelle et héroïque de la Suisse en 1939-45. Son titre, Volonté et confiance, hier comme demain, est à cet égard révélateur. Cela étant dit, elle mérite la visite, que ce soit pour l’intérêt des objets et documents exposés, ou parce qu’elle pose des questions auxquelles il convient de répondre de manière critique. L’exposition se tient jusqu’au 29 novembre.

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