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«Traduttore, traditore»: de l’affaire Ségalat

D’un acquittement contesté à une condamnation critiquée

Photo Gertrud K.
Photo Gertrud K. (licence CC)

Le 9 décembre 2010, la belle-mère de Laurent Ségalat décède à son domicile à la suite de blessures à la tête. Son beau-fils alerte les secours et il sera très vite soupçonné de meurtre. Ce sera «l’affaire Ségalat», qui a suscité d’innombrables articles de presse et pas moins de trois livres dont le dernier, rédigé par Jacques Secretan, vient de sortir.

Comme l’écrit l’auteur, dans cette affaire, «pas de preuves, pas de mobile, pas d’arme. Pas d’aveux non plus, et aucun antécédent de violence». Laurent Ségalat sera acquitté en première instance avant d’être condamné par la Cour d’appel du canton de Vaud à 16 ans de prison, peine réduite< à 14 ans par le Tribunal fédéral, qui confirme le verdict de culpabilité. Laurent Ségalat vit aujourd’hui librement en France, son pays. La justice française a refusé en mai de cette année d’exécuter la peine prononcée en Suisse.

Dans son ouvrage vraiment intéressant, Jacques Secretan démonte point par point les arguments ayant conduit à la condamnation de Laurent Ségalat et en particulier l’utilisation faite des rapports d’experts concernant l’heure du décès. Sur les quatre experts entendus par la Cour criminelle et qui n’ont pas été convoqué par la Cour d’appel, deux d’entre eux avaient des conclusions qui pouvaient induire l’absence d’homicide de la part du prévenu. Le rapport du troisième était plus nuancé et seul un expert, ne possédant pas en apparence les compétences adéquates, débouchait sur des conclusions compatibles avec l’hypothèse de la culpabilité du prévenu.

A moins d’une peu probable révision, celle-ci étant soumise à des conditions extrêmement strictes, Laurent Ségalat est coupable aux yeux de la justice et le restera. Toutefois, Jacques Secretan signale une importante erreur de traduction du rapport du gastro-entérologue zurichois Michael Fried, rédigé en allemand alors que c’est la version française qui a été utilisée par les tribunaux. Selon l’auteur, cette erreur a pu influencer le jugement de culpabilité de la Cour d’appel.

Dans toutes les affaires humaines nécessitant des traductions d’une langue à l’autre, les ambiguïtés sont inévitables et les conséquences peuvent être dramatiques. L’exemple le plus célèbre est celui de la résolution 242 du Conseil de sécurité des Nations unies adopté en 1967 après la guerre des Six Jours au Proche-Orient. Les textes anglais et français font foi tous les deux. Le document en français mentionne le «retrait […] des territoires occupés» et celui en anglais «withdrawal […] from territories occupied», autrement dit «de» territoires et non pas «des». Naturellement Israël s’appuie sur la version anglaise et les pays arabes sur la version française.

Dans l’affaire Ségalat, un paragraphe capital de l’expert zurichois cité à la page 93 du livre de Jacques Secretan a fait l’objet d’une erreur de traduction qui en change la portée. Il s’agit de déterminer l’heure du choc ayant entrainé la mort de Catherine Ségalat sur la base de sa vidange gastrique, du contenu de son estomac. Le texte en allemand mentionne que le traumatisme subi est un facteur entraînant l’arrêt de la digestion, alors que le texte français signale que ce facteur n’est «pas quantifiable et sans pertinence», ces mots se rapportant en fait au stress et à la peur dans le texte allemand. Dans le même paragraphe, l’expression «nach dem Tod der Patientin», «après la mort de la patiente», dont on conçoit qu’elle est importante dans un rapport médico-légal, a été omise par le traducteur.

Lorsqu’un texte a une valeur légale ou politique importante, sa traduction devrait-elle être confiée à plusieurs traducteurs indépendants les uns des autres ou à une vérification par un second expert de la traduction? Bien sûr il y a le problème des coûts, des délais, des contestations inévitables. Aucune solution n’est parfaite. Dans le cas des résolutions des Nations unies, les ambiguïtés de rédaction dans différentes langues sont souvent volontaires; il semble que ce soit le cas pour la résolution 242. Dans le cas de l’affaire Ségalat, il n’y a bien sûr pas de malignité, mais une relecture croisée par un autre traducteur aurait peut-être permis d’éliminer les erreurs et d’améliorer la qualité de la motivation du jugement.

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