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Monnaie pleine, réforme vide

L’initiative s’égare dans un débat philosophique là où des mesures urgentes et praticables sont nécessaires

Photo David Haberthür
Photo David Haberthür (licence CC)

L’initiative Monnaie pleine (DP 2041) est censée répondre à la fois à la nécessité de réformer le secteur financier en profondeur et à la passivité des politiciens enclins à se poser en victimes de l’hégémonie américaine. Elle lutte contre la création monétaire des banques par voie scripturale et renforce le rôle de la Banque nationale à qui elle confère les pleins pouvoirs d’émettre et de contrôler toute forme de monnaie.

Après la tempête, enfin une proposition sage, pourrait-on penser. Seulement voilà, l’idée suit un peu la même logique que celle de l’initiative Minder qui a fait croire qu’elle lutte contre les salaires abusifs des dirigeants. L’initiative Monnaie pleine fait croire qu’elle limite efficacement les excès de la finance. Les deux idées visent un vrai problème, mais proposent de faux remèdes. L’une fait naïvement appel aux actionnaires, l’autre au contrôle omniprésent de la Banque nationale. L’une est pour la concurrence privée, l’autre pour le monopole public.

L’initiative sur la monnaie empêche donc des vraies réformes. Elle détourne le débat public des mesures urgentes et praticables, qui pourraient efficacement changer le secteur financier, vers une proposition qui est théoriquement intéressante et débattue depuis la nuit des temps. D’un côté, des réformes précises pour mieux encadrer les activités financières, de l’autre le retour au romantisme d’une idée difficile à faire comprendre au grand public. A qui profite le crime?

Les principaux ingrédients d’une vraie réforme de la finance sont bien compris par les quelques économistes qui ont su garder leur indépendance. Ils recommandent une augmentation des fonds propres plus proche de 30% que des quelque 3% actuellement affichés avec fierté par les banques elles-mêmes. Ils cherchent à limiter les subventions que l’Etat accorde implicitement au secteur financier (too big to fail). Ils insistent sur les dangers de produits structurés qui ne diversifient pas les risques comme promis, mais les augmentent. A cette fin, ils proposent de nouvelles normes comme la certification à respecter afin d’augmenter la transparence. Enfin, pour ces économistes, une taxe sur les transactions financières n’est pas un tabou.

L’initiative Monnaie pleine oppose à cet agenda de réforme un regard philosophique sur le rôle de la monnaie dans notre société juste au moment où il faudrait mettre en place des mesures concrètes. Un débat philosophique est certes toujours bienvenu pour gagner de la hauteur, mais sur le terrain, les problèmes n’attendent pas: le pouvoir de marché de certains acteurs financiers continue à augmenter et le risque d’une nouvelle crise financière n’est pas écarté.

Comme l’écrit avec perspicacité le professeur Ian Stewart dans 17 équations qui ont changé le monde: «Alors même que les répercussions de la crise bancaire mondiale se font sentir jusque dans la vie quotidienne des gens ordinaires et que les économies nationales boivent la tasse, tout indique que la leçon n’a pas été entendue» et personne n’en est responsable. «Devant la perspective d’un effondrement total du système de la finance, les banques ont cherché à faire croire qu’elles n’étaient pour rien dans la catastrophe. Elles ont pointé un index accusateur sur les régulateurs de l’Etat, alors même qu’elles n’avaient jamais cessé de s’insurger contre toute idée de régulation.» Ce n’est pas en confiant le contrôle total de la monnaie scripturale à la Banque nationale suisse, comme le veut l’initiative Monnaie pleine, que la responsabilité des banquiers sera enfin engagée.
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Beat Bürgenmeier est professeur honoraire de l’Université de Genève

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