Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963

Pour ne manquer aucun article

Recevez la newsletter gratuite de Domaine Public.

Un artiste raconte son enfance meurtrie

Richard Aeschlimann, Comme des larmes tombées du ciel, Lausanne. Ed. L’Age d’Homme, 2015, 226 pages

Né à Yverdon en 1944, Richard Aeschlimann est surtout connu comme passeur culturel. Avec l’appui actif de son épouse Barbara, il est le responsable de la Maison des Arts Plexus à Chexbres, en Lavaux. A ce titre, il a mis sur pied de nombreuses expositions, faisant connaître des artistes régionaux ou de grandes figures étrangères, telles que l’éminent intellectuel et peintre polonais Jozef Czapski.

Mais Aeschlimann est surtout un dessinateur de grand talent, dont l’œuvre se rapproche un peu de celle de Martial Leiter. Même vision grinçante de la société, marquée par l’esprit de contestation anarchiste soixante-huitard. Nous gardons en mémoire certains de ses dessins: un enfant africain en haillons portant – par contraste ironique et amer avec notre monde opulent – une chaussure de ski; le bétonnage des rives du Léman ou des Alpes; ou encore ces corps enchevêtrés inspirés par les photos-témoignages des libérateurs de Bergen-Belsen ou Auschwitz.

L’artiste conjugue un réalisme méticuleux et un fantastique kafkaïen aux limites du morbide. Les clés de ce «réalisme de l’angoisse» sont-elles à chercher en partie dans une enfance meurtrie?

C’est que Richard Aeschlimann est aussi écrivain, auteur d’une vingtaine de livres. Il vient de publier à L’Age d’Homme Comme des larmes tombées du ciel, qui est un récit romancé de ses jeunes années, menant de sa naissance à son adolescence et à son entrée en apprentissage.

Le meilleur de ce livre n’est pas dans les considérations philosophiques qui s’y égrènent, développées parfois en un style un peu ampoulé. Il est dans le récit brut d’une enfance marquée par le divorce des parents, la carence affective, la présence d’une belle-mère qu’on peut qualifier de marâtre: une série de traumatismes qui ont durablement marqué l’auteur.

S’ajoute à cela une sorte de tableau social en petites touches. Ainsi, on peut revivre ce qu’était Yverdon dans l’immédiat après-guerre, avec son flot d’ouvriers à vélo convergeant vers les usines: Paillard, Leclanché et autres. Une ville d’Yverdon qui a beaucoup changé et où, par exemple, a disparu sous le bétonnage le canal des Moulins datant du Moyen Age. Or celui-ci a été opportunément «redécouvert» tout récemment, à l’occasion de travaux! Le livre apporte un témoignage sur une enfance pauvre, avec les humiliations que cela peut engendrer. Il nous invite – si c’est encore nécessaire – à ne pas idéaliser un passé pourtant récent où régnait notamment la «maltraitance ordinaire», psychique et physique, concrétisée par des punitions ou des châtiments corporels empreints d’un certain sadisme. Deux dessins d’Aeschlimann, montrant la tristesse et la grisaille de son enfance, illustrent d’ailleurs le livre.

Tout n’est pas triste (et en aucun cas misérabiliste) dans ce récit de vie qui a dû sans doute constituer pour son auteur une sorte de catharsis. Les lecteurs de sa génération y retrouveront par exemple les jeux de leur enfance, notamment celui des billes qui occupait toutes leurs périodes de récréations scolaires. Le livre contient aussi des moments de vrai bonheur, lorsque le jeune garçon est placé pendant les vacances d’été chez des paysans, le plus souvent humains et compréhensifs, malgré la dureté du travail des champs.

On y assiste enfin à la naissance d’une passion pour le dessin qui a fait de Richard Aeschlimann ce qu’il est aujourd’hui.

Une réaction? Une correction? Un complément d’information? Ecrivez-nous!

Et si l’envie vous prend de passer de l’autre côté de l’écran, DP est ouvert aux nouvelles collaborations: prenez contact!

logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, https://www.domainepublic.ch/articles/27563 - Merci
DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: https://www.domainepublic.ch/articles/27563

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Articles par courriel

Flux RSS

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.
Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).
Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook. Je m'abonne

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus). Je m'abonne

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site. Je m'abonne

Accueil

Les auteur-e-s

Les articles

Les publications

Le Kiosque

A propos de DP