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C’est la richesse helvétique qui rend le franc si fort

Partis et Parlement ne font que ressasser de vieilles recettes, sans aborder le fond du problème

Photo trevor.patt
Photo trevor.patt (licence CC)

Comme on pouvait s’y attendre (DP 2071), le débat urgent sur le franc fort, tenu par le Conseil national le 18 mars dernier, n’a apporté ni explications ni solutions.

A droite, on en a profité pour reprendre l’antienne de la déréglementation et de la réduction des coûts. Et pour confirmer tout le mal que l’on pense de la révision du droit de la société anonyme, des mesures d’accompagnement de la libre circulation – en particulier l’extension facilitée des conventions collectives de travail – et de la transition énergétique. Pour insister aussi sur la nécessité de procéder sans délai à la réforme en cours de l’imposition des entreprises.

A gauche, on rêve à la réinstauration d’un taux plancher et à un contrôle politique plus serré de la Banque nationale. Quant au Conseil fédéral, il s’est contenté de psalmodier la Sainte-Trinité de l’innovation, de la recherche et de la productivité, sans proposer de plan concret. Le Conseil des Etats s’est refusé à pratiquer ce vain exercice; mieux vaut se taire lorsque l’on a rien à dire.

Sur le terrain, par contre, les réactions très concrètes à la hausse du franc suisse n’ont pas tardé. Les annonces de suppression d’emplois, de baisse des salaires, d’augmentation de la durée du travail et de délocalisation se multiplient. Le nombre de salariés au chômage partiel a doublé en un mois. A chaque fois au nom du franc fort.

Pourtant les chiffres ne sont pas (encore) catastrophiques et les prévisions pessimistes exprimées dès l’annonce de la suppression du taux plancher connaissent déjà des corrections positives. Reste que les plaintes entrepreneuriales, largement diffusées, ne peuvent que renforcer les craintes de la population – des salariés en particulier – et faciliter l’acceptation des mesures qui péjorent les conditions de travail. Comme le reconnaît le toujours jovial Jean-Claude Biver, patron des marques horlogères Hublot, Zénith et TAG Heuer, les Suisses sont tellement assidus, un «peuple prêt à travailler deux heures de plus pour le même salaire»!

Il est pourtant permis de relativiser les risques que le franc fort fait courir à l’économie helvétique. Certes, le tourisme et les PME exportatrices exposées à la concurrence étrangère vont souffrir. Mais les multinationales produisent souvent sur leurs différents marchés. Quant à l’industrie du luxe, la demande est peu sensible à l’évolution des prix et l’on peut, le cas échéant, rogner sur des marges confortables. Par ailleurs, les entreprises suisses disposent d’importantes liquidités et peuvent maintenant acquérir des sociétés concurrentes étrangères à meilleur compte. De plus, les produits importés sont moins chers non seulement pour les ménages, mais également pour les entreprises.

Reste que dans certains cas particuliers, le maintien des emplois ou même la survie d’une entreprise peut justifier une augmentation temporaire du temps de travail. A condition que les salariés disposent des informations pertinentes. Or, en Suisse leurs droits en la matière restent très insuffisants. Les difficultés évoquées devraient pourtant favoriser une réouverture du dossier de la participation, de manière à ce que «notre» économie devienne véritablement nôtre, celle des salariés aussi.

Le débat se limite à la manière de lutter contre les effets négatifs du franc fort. Il faudrait pourtant évoquer aussi les raisons profondes de cette valorisation de notre monnaie.

En période de turbulences économiques et politiques, la demande accrue de francs suisses traduit la recherche d’une valeur sûre, d’un refuge. Mais, comme l’a rappelé Jean-Pierre Danthine, le vice-président de la Banque nationale suisse, les épargnants helvétiques – entreprises et particuliers – ont également contribué à l’emballement du franc. Leurs investissements de portefeuilles à l’étranger ont considérablement décru. Alors que traditionnellement ces derniers étaient le double des investissements étrangers en Suisse, depuis la crise de l’euro cet excédent a disparu.

Par contre les exportations n’ont pas faibli et l’excédent de la balance commerciale continue d’avoisiner 10% du PIB. En clair, si la croissance a été dopée aux exportations, ces dernières exercent une forte pression sur le niveau du franc. Pour Daniel Binswanger, fin analyste de la politique et de l’économie helvétiques, la question-clé qu’il faudra bien régler est celle de notre dépendance aux exportations.

Comment l’atténuer et renforcer le marché intérieur? Une question centrale que les parlementaires fédéraux, tout occupés à débiter leurs vieilles recettes, se sont bien gardés d’évoquer. Pas plus d’ailleurs que les présidents du PLR, de l’UDC et du PDC qui s’en remettent manifestement à la magie du chiffre 13: leurs treize propositions pour lutter contre le franc fort ne sont que poudre de perlimpinpin.

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