Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste du 31 octobre 1963 au 24 juin 2021
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Après 58 ans, Domaine Public a cessé de paraître. Ce site ne publiera plus de nouveaux articles et est en cours de transformation pour présenter l'histoire et les archives du journal.

Le bal du prix des denrées alimentaires

Une initiative de la Jeunesse socialiste sur un problème global qui appelle une action au moins européenne

Photo Juso CH
Photo Juso CH (licence CC)

En 2008, la flambée des prix des denrées alimentaires a, estime la FAO, augmenté de 75 millions les victimes de la faim dans le monde. La hausse de 87% du prix des céréales a provoqué des émeutes de la faim dans de nombreux pays africains où la disparition de l’agriculture vivrière rend la population dépendante de l’importation de denrées alimentaires.

Mais les malheurs des pays pauvres ont été relégués au second rang de l’opinion internationale focalisée sur la crise financière frappant les pays riches. Il a fallu le retour du bâton et une chute des prix du blé de 60% pour provoquer en 2010 une émeute, à Paris, des céréaliers français (DP 1868). Le contrôle du mouvement erratique du cours des matières premières agricoles devient alors une préoccupation internationale.

En 2011, il est à l’ordre du jour du G20, alors présidé par la France. Le sommet de Cannes adopte un plan d’action prévoyant l’amélioration de la transparence des marchés et la limitation de l’intervention spéculative des acteurs étrangers au commerce des matières premières qui accentue la volatilité des cours. En 2012, une sécheresse aux Etats-Unis et en Russie alerte à nouveau l’opinion.

En Suisse, les Jeunesses socialistes lancent alors l’initiative «Stop à la spéculation sur les denrées alimentaires». Ils sont soutenus par les Verts, la plupart des organisations d’aide au développement et le syndicat agricole minoritaire Uniterre. Le texte entend interdire aux banques, assurances, et autres gestionnaires de fortune toute intervention dans des instruments financiers se rapportant à des denrées alimentaires. L’initiative précise que les contrats garantissant des prix à terme entre producteurs et commerçants sont autorisés.

Spéculation utile ou nuisible

L’initiative fait donc la différence entre la spéculation utile et la spéculation nuisible, pour reprendre les termes du spécialiste de la Déclaration de Berne dans La Vie économique.

Pour planifier sa culture, un producteur a intérêt à connaître le prix auquel il pourra vendre sa récolte. Il passe donc avec un commerçant un contrat qui fixe le prix et la date de la transaction. Mais le marchand, au vu de ses stocks, peut avoir intérêt à céder son contrat à un autre négociant. La pratique se généralise depuis des décennies, lesdits contrats à terme s’échangent en bourse. Cette spéculation faite par les professionnels de la branche a un effet bénéfique sur l’équilibre du marché. C’est donc une spéculation utile.

Mais les acteurs extérieurs, qui achètent ou vendent les contrats à terme uniquement pour chercher un profit, et non pour s’adapter à l’offre et la demande du marché des produits agricoles, auxquels ils sont étrangers, font une spéculation nuisible.

Depuis la flambée des prix de 2008, de nombreuses études ont cherché à déterminer l’influence réelle de la spéculation des acteurs strictement financiers. La réponse est toute en nuance, comme celle d’un expert de la FAO.

L’envolée historique de 2008 est due essentiellement à une forte augmentation de la demande de produits agricoles provoquée par la hausse des revenus dans les pays émergents, la production grandissante d’agrocarburants et la faiblesse des stocks. La spéculation financière, qui a gagné le marché des contrats à terme des denrées alimentaires, n’a influencé les prix que pendant un laps de temps très court.

Le Conseil fédéral retient cette analyse pour justifier dans son Message le rejet de l’initiative des Jeunes socialistes. Le commerce des denrées alimentaires est de dimension mondiale. Une interdiction des transactions dans un seul pays n’aurait aucun effet sur le marché. Les opérations faites en Suisse se transféreraient à l’étranger. La voie solitaire ne ferait qu’affaiblir la place économique suisse. Le Conseil fédéral ne propose pas de contre-projet. Il affirme que sa politique actuelle suit étroitement la stratégie internationale du G20 et les mesures prises par les Etats-Unis, et surtout celle de l’Union européenne.

Ce que l’on pourrait considérer comme un contre-projet indirect est contenu dans le Message sur les marchés financiers d’octobre 2014. Le projet de loi est assorti d’une proposition annexe qui prévoit d’intégrer ultérieurement dans la loi une limitation des produits financiers dérivés touchant les matières agricoles, analogue à celle qui entrera en vigueur en Europe en 2017. Mais la commission parlementaire compétente (CER-N) s’est déjà prononcée contre cette dernière proposition.

La rigoureuse initiative socialo-tiers-mondiste sera balayée à Berne. Le débat sur la spéculation sur les denrées alimentaires se résumera sans doute à l’alternative: inaction ou alignement sur Bruxelles.

Une réaction? Une correction? Un complément d’information? Ecrivez-nous!
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, https://www.domainepublic.ch/articles/27423 - Merci
DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: https://www.domainepublic.ch/articles/27423

Accueil

Auteures / Auteurs

Les articles

Les publications

Le Kiosque

À propos de DP