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Le syndrome du Petit Chaperon rouge

L’immigration, sujet complexe et émotionnel pour les loups comme pour les humains

Poto Keepps
Photo keepps (licence CC)

Il y a une vingtaine d’années, le premier loup franchissait la frontière helvétique, en provenance d’Italie. Notre territoire abrite aujourd’hui une vingtaine de spécimens de l’espèce Canis lupus.

Dans l’intervalle le débat n’a cessé de prendre de l’ampleur, le dossier s’inscrivant très régulièrement à l’agenda du Parlement fédéral.

Dès 2001 – l’effectif des prédateurs doit alors se compter sur les doigts d’une main –, une motion préconise de faire biffer le loup de la liste des animaux protégés par la Convention de Berne et, si cela s’avère impossible, de dénoncer cette convention ratifiée par la Suisse en 1980. Cette motion réagit à un projet de «Concept Loup Suisse» en vue de gérer la coexistence de ce nouveau venu et des populations humaines et de leurs animaux de rente: soutien aux mesures de protection des troupeaux, indemnisation des pertes et tirs sélectifs des sujets les plus agressifs.

D’emblée sont posés les termes d’un débat qui va occuper dès lors les parlementaires pratiquement chaque année. D’un côté, les représentants des cantons alpins, soucieux des intérêts des éleveurs d’ovins et des souffrances des bêtes déchiquetées par le carnassier. De l’autre, le gouvernement et les organisations de protection de la nature qui considèrent comme inéluctable cette nouvelle immigration et qui cherchent à créer les conditions nécessaires à la cohabitation.

Initialement, le Parlement résiste aux assauts des adversaires du loup qui veulent éradiquer du territoire helvétique, trop exigu, une espèce qui n’est pas en danger d’extinction, plusieurs pays européens en abritant des populations considérables. Puis les députés s’enhardissent. Lors de la session d’automne 2009, les Chambres ne traitent pas moins de 14 interventions parlementaires sur le sujet.

Poussés sans doute par l’accroissement du nombre de ces prédateurs et la médiatisation de leurs exploits carnassiers, les députés enjoignent l’exécutif d’assouplir les conditions d’abattage du loup. Au départ, le loup était autorisé à tuer 50 moutons avant d’être livré aux chasseurs. Puis l’effectif sacrifié fut abaissé à 25. Aujourd’hui, le Conseil fédéral propose un nouveau plan qui autorise l’ouverture du feu après trois attaques et 10 victimes. Mais déjà s’est constituée une association Pour une Suisse sans grands prédateurs pour laquelle l’éradication du loup constitue le seul plan admissible.

Déjà le loup n’est plus seul dans le viseur. Le Grand Conseil vaudois vient d’adopter une motion exigeant la régulation de la population des lynx par abattage, déplacement et stérilisation. Pour mémoire, on compte quinze de ces gros chats dans le Jura et neuf dans les Préalpes.

Examinons les faits. Le cheptel ovin en Suisse se monte à plus de 400’000 têtes, dont 230’000 dans les Alpes. La Confédération soutient cet élevage à raison de 40 à 50 millions de francs chaque année. Si le loup tue environ 200 bêtes annuellement, il faut aussi mentionner plus de 4’000 moutons qui, la plupart sans surveillance, succombent à des maladies et des accidents, une fin parfois plus cruelle que celle infligée par le loup. Mais une fin sans image, ce qui évite de faire pleurer dans les chaumières. Quant à ce grand prédateur qui inquiète et occupe tant nos députés, on en dénombre actuellement 25 en tout et pour tout.

Une meilleure surveillance des troupeaux et des mesures de protection adéquates devraient limiter les pertes occasionnées par le loup. C’est se faire illusion de croire qu’il est possible de libérer le territoire national du Canis lupus. Dès lors que l’Italie et la France en abritent, il faudra compter avec une immigration régulière. Les loups ne lisent pas les règlements, et même s’ils les lisaient, il est peu probable qu’ils les respecteraient, a rappelé le conseiller fédéral Leuenberger devant le Parlement.

Restent les chasseurs qui voient d’un mauvais œil ce concurrent et ne rêve que de lui faire la peau. Faut-il sacrifier le loup pour l’ego de nos nemrods?

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Discussion

  • C’est un débat où l’on voit l’émotionnel et le fantasme prendre le pas sur la raison.
    Ce qui est désolant, c’est que les cantons alpins n’ont pas encore saisi que le loup peut être un puissant appât à touristes. Combien vont dans les abruzzes en Italie pour tenter de le voir et l’entendre? 1 mio au bas mot… cela devrait les faire rêver, nos amis les montagnards, pros du tourisme.
    Mais qu’attendre de professionnels du tourisme qui ne savent plus ce que “accueil” veut dire et qui ne voient pas plus loin que le profit immédiat?
    Et que dire des politiciens dont les arguments sur la question sont aussi pauvres que leur capacité de raisonnement et de prévoyance? (voir les élucubrations d’un Logean en valais).

    25 loups et 200 moutons tués par année sur le territoire…vous le dites bien, en mettant cela en parallèle avec les morts de maladie et accident, c’est ridicule.
    Mais que faire quand des politiciens osent encore prétendre que le loup viendra bientôt manger nos enfants dans les villages?
    (Ce qui ne s’est jamais vu, même dans les périodes de grand froid et de famine des année 1500-1600).

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