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La Revue historique vaudoise se penche sur l’histoire et la problématique des musées

«La culture des musées», Revue historique vaudoise, tome 122, 2014, Lausanne, Société vaudoise d’histoire et d’archéologie / Antipodes, 319 pages

Sait-on qu’il y a plus de 50’000 musées dans le monde et que plus de 1’000 sont en Suisse? Notre pays figure parmi ceux qui abritent le nombre le plus élevé d’institutions muséales. Le canton de Vaud, qui en recense 92, est en troisième position derrière Zurich et Berne.

On peut donc comprendre que la Revue historique vaudoise ait choisi de consacrer son tome 122/2014 à leur histoire, mais aussi aux problématiques qu’elles sous-tendent.

Notons d’emblée que ce dossier thématique, qui réunit treize contributions de spécialistes, n’épouse pas un point de vue étroitement cantonal. La référence est fréquente à des institutions telles que la Fondation Beyeler à Riehen ou la Fondation Paul Klee à Berne. Et au fond, les défis qui touchent tous les musées, en Suisse et dans le monde (financement, accueil du public, scénographie, adéquation entre le contenant architectural et le contenu, etc.) sont largement les mêmes.

Les musées européens naissent pour la plupart dans la deuxième moitié du 19e siècle, en général à l’initiative de notables ou d’érudits cultivés qui y consacrent une partie de leur fortune. Ils répondent à un souci d’éducation de la population, sous l’égide de la bourgeoisie. C’est ainsi que s’ouvrent, après le Musée Rath fondé à Genève en 1826, l’édifice Arlaud (1841), puis le Palais de Rumine (1904) à Lausanne et le Musée Jenisch à Vevey (1897). Mais les musées concourent aussi fortement à la construction d’une identité régionale. D’où les fondations de sociétés de musées à Nyon, Sainte-Croix, Vevey, etc.

Depuis les années 1950, on assiste à une floraison de créations de musées. Parallèlement, c’est l’essor des musées thématiques ou«monographiques». Ils sont innombrables, consacrés au blé et au pain, à la médecine, à la chaussure, au cheval, à la porcelaine, à l’histoire militaire, au général Guisan, à l’imprimerie, à la science- fiction… nous nous arrêtons là! Citons pour exemples la Collection de l’art brut (1976), le Musée de la photographie (1985) et le Musée Olympique (1993) à Lausanne, l’Alimentarium à Vevey (1985), le Musée suisse du jeu à La Tour-de-Peilz (1987).

Surtout depuis 1970, les musées se débarrassent de leur image de lieux poussiéreux, modernisent leur présentation et se soucient d’accueillir un public plus large, notamment les familles, les enfants, les groupes. Ce qui peut certes induire un danger: la course au succès, voire au profit, notamment par la vente d’objets, parfois de gadgets.

L’une des contributions est consacrée à la longue marche hésitante vers un Musée cantonal d’histoire et d’archéologie. Les collections historiques ont été longtemps déposées dans le château de Chillon, avant que l’on comprenne que le principal intérêt de Chillon est… le château lui-même. Aujourd’hui serrées dans des espaces beaucoup trop confinés au Palais de Rumine, elles attendent toujours un lieu d’exposition digne de leur importance.

C’est le même problème pour les riches collections romaines du Musée d’Avenches, qui espèrent être dotées un jour d’espaces d’exposition adéquats. Le Laténium, sur les bords du lac de Neuchâtel, constitue à cet égard un modèle de musée moderne et accueillant dévolu à l’archéologie.

Un texte particulièrement intéressant de la RHV étudie l’architecture muséale. Il faut remarquer (et l’on observe dans les autres cantons une situation similaire) que rares sont les musées vaudois construits en tant que tels. Et quand ils l’ont été au 19e siècle, c’est dans un style historicisant, tantôt sobre tantôt pompeux, avec des références marquées à la Renaissance florentine (Musée Arlaud, Palais de Rumine), voire des emprunts au classicisme français (Musée Jenisch). Des espaces de prestige et d’apparat, qui hélas conviennent souvent mal à l’exposition des collections qu’ils sont censés mettre en valeur.

Mais en réalité, les musées ont été le plus souvent placés dans des bâtiments préexistants. Quand il s’agit d’un château ou d’une maison de maître (comme le Musée Alexis Forel à Morges), ils peuvent jouer une double carte, celle de l’exposition permanente ou temporaire, et celle du bel espace architectural qui les contient: ce dernier permet aussi de comprendre l’histoire et l’évolution d’une ville ou d’un coin de pays. En témoigne le château d’Yverdon qui abrite le musée régional, mais qui est signifiant en lui-même, par son plan savoyard et ses fenêtres percées par Pestalozzi, au nom de sa pédagogie nouvelle ouverte à l’air et à la lumière.

Le problème des nombreuses fondations liées à des châteaux vaudois – à l’exception de Chillon qui fait un tabac touristique – est le manque de moyens financiers: l’exemple de La Sarraz, qui se débat dans les difficultés, est emblématique.

Une contribution attendue se penche sur la saga du nouveau Musée des beaux-arts. Depuis des décennies, on a constaté l’inadaptation croissante du Palais de Rumine face à ses vocations éclectiques: Université (fonction qu’il a perdue), Musées au pluriel (des beaux-arts, d’histoire, de numismatique, des sciences naturelles…) et Bibliothèque cantonale. Dès 1991, le Grand Conseil décide qu’il faut au moins en sortir les beaux-arts.

Mais on connaît le naufrage, en votation populaire le 30 novembre 2008, du projet de bâtiment à Bellerive, au nom du «Touche pas à mon lac!» et sans doute aussi d’autres motivations plus troubles. Le nouveau projet, celui de la transformation des anciennes halles CFF, s’inscrit dans la vague de réaffectation culturelle d’anciennes zones industrielles, dont on pourrait donner de multiples exemples: bornons-nous à l’ancienne gare d’Orsay, aux Hallen für Neue Kunst de Schaffhouse et au Mamco de Genève. On peut seulement regretter, dans le beau projet de la gare de Lausanne, que la partie conservée des anciennes halles des locomotives soit bien mince…

Nous ignorions totalement le fait que dans l’Allemagne de la seconde moitié du 19e siècle, pas moins de 36 Schulmuseen ont été créés! Deux auteures se penchent sur l’existence méconnue de ces musées scolaires. Le Musée scolaire cantonal vaudois, inauguré en 1901, a connu divers lieux d’accueil et bien des tribulations. Il a fini par devenir un service de prêt (de planches pédagogiques, diapositives, films, etc.) et a quasiment disparu. Depuis les années 1970 – où l’école traditionnelle a connu des bouleversements – on observe un intérêt renouvelé pour la sauvegarde du patrimoine historique scolaire.

Enfin, il est question de musées au statut et aux objectifs plus ambigus: les nombreux musées d’entreprises horlogères, qui se sont multipliés depuis les années 1980. Omega, Audemars-Piguet, Girard-Perregaux, Patek Philippe, Jaeger-LeCoultre… Il n’est pas de grande marque de prestige qui n’ouvre son «musée» (dont l’accès est souvent réservé aux clients). Volonté de conserver un patrimoine? Certes, mais on assiste à une jonction entre le domaine patrimonial et culturel d’une part, mercantile d’autre part. De tels espaces muséaux participent donc aussi à la stratégie marketing de l’entreprise.

On le voit, les formes, les statuts, les objectifs, les thématiques, les situations financières des musées, les lieux d’accueil des collections, sont fort différents. Le mérite de ce volume de la RHV, au-delà du cas vaudois privilégié ici, est de retracer leur histoire et surtout de poser un certain nombre de questions essentielles.

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