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La science anglaise fait son cinéma

Hawking, Turing: deux destins mis en scène

Photo Nathan deGargoyle

Le monde entier connaît Stephen Hawking. Seuls, ses travaux de physique théorique sur la gravité quantique et les trous noirs n’auraient sans doute pas suffi à le faire connaître du grand public.

Mais la dystrophie neuromusculaire qui l’a rendu presque entièrement paralysé et ses ouvrages de vulgarisation scientifique, surtout Une brève histoire du temps, font de lui une des rares personnalités scientifiques vivantes qui jouit d’une célébrité universelle. Il a aujourd’hui 72 ans, alors que la faculté ne lui donnait que deux ans à vivre lors de la détection de sa maladie en 1964.

Le cas d’Alan Turing est différent. Il est décédé en 1954, d’un suicide semble-t-il, mais sa renommée est plus récente.

Il a décrypté avec son équipe les codes générés par la machine Enigma utilisée par l’armée allemande pendant la deuxième guerre mondiale, et l’engin qu’il construisit pour y arriver est souvent considéré comme l’ancêtre de tous les ordinateurs. L’expression «Machine de Turing» désigne le modèle abstrait à la base du fonctionnement de toute l’informatique d’aujourd’hui. Homosexuel, condamné par la justice britannique à la castration chimique, Turing, tenu par le secret, ne pouvait en aucun cas révéler la nature de ses travaux pendant la guerre. Les derniers documents décrivant le décryptage d’Enigma n’ont d’ailleurs été rendus publics qu’en l’an 2000…

Deux films biographiques sont actuellement à l’affiche, The imitation game sur Alan Turing et The theory of everything consacré à Stephen Hawking. Ces deux productions, distribuées quasiment en même temps, attirent le public, ont du succès et touchent les spectateurs au-delà de leurs évidentes qualités cinématographiques, bien que la critique considère clairement que le film sur Turing est d’une qualité supérieure à la biographie de Hawking. Il existe aussi des similitudes dans ces destins racontés à l’écran avec des ressorts dramatiques qui se répondent d’un film l’autre.

Tout d’abord la fascination qu’exerce depuis toujours le monde des collèges et des universités anglaises, enfin surtout Oxford et Cambridge. Cet univers de professeurs en toge, de jeunes gens, de vieilles pierres, de coutumes obscures, garantit le succès d’innombrables fictions. Rien de commun avec nos hautes écoles banalisées. Bien sûr cela fait partie des clichés de l’Angleterre, mais comme pour la famille royale, le pouvoir d’attraction reste intact et Turing comme Hawking sont de purs produits de cet univers et de l’université de Cambridge. Les deux films jouent sur cet attrait toujours intact.

Ensuite, ressort dramatique essentiel, ils doivent s’imposer et triompher en luttant contre un destin contraire. Hawking doit faire face à sa maladie et Turing, plus discrètement, à son homosexualité en un temps où elle était un délit pénal. Aux yeux des scénaristes, et donc du public, Hawking et Turing entrent dans la catégorie des génies bizarres, excentriques et totalement hors norme.

Ainsi, belle idée de cinéma, mais c’est peut-être vrai après tout, l’étudiant Hawking s’impose auprès de son directeur de thèse en résolvant des problèmes compliquées, dont nous ignorons la nature, et en notant les solutions au dos d’un horaire de chemin de fer. Turing lui, se heurte à l’incrédulité de tous lorsqu’il construit sa machine et bien sûr il finira par triompher.

Au fond, des films semblables pourraient être réalisés sur de nombreux scientifiques, d’Albert Einstein à Luc Montagnier. Les situations dramatiques ne manquent pas et feraient le bonheur des scénaristes. Mais il manquerait ce cachet apporté par la haute société anglaise traditionnelle, ses codes sociaux, ses rites, son conformisme pesant qui va de pair avec une excentricité assumée, tout ce que nous adorons voir au cinéma comme une envie nostalgique d’une société rêvée perdue dans les brumes de l’imaginaire.

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