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La Fondation Gianadda présente un florilège de la peinture suisse

Anker, Hodler, Vallotton… Chefs-d’œuvre de la Fondation pour l’art, la culture et l’histoire, Martigny, Fondation Pierre Gianadda, jusqu’au 14 juin

Après le Musée des beaux-arts de Berne, Martigny accueille une sélection d’œuvres majeures appartenant à la Fondation pour l’art, la culture et l’histoire. La constitution de cette collection très particulière mérite d’être contée.

A l’origine, on trouve un personnage peu connu. Bruno Stefanini, fils d’un ouvrier italien émigré en Suisse, est né à Winterthour en 1924. Incarnation du self-made man, il s’est lancé dans l’immobilier grâce auquel il a acquis une grande fortune. C’est aujourd’hui le plus gros propriétaire foncier de Suisse. Dès 1950, en acheteur passionné et quasi compulsif, il acquiert une fabuleuse collection d’art suisse (et accessoirement international). Puis il crée en 1980 la Fondation pour l’art, la culture et l’histoire. Il semble que l’une de ses motivations relève d’un patriotisme de reconnaissance envers le pays qui l’a accueilli: n’a-t-il pas, par exemple, racheté le château de Grandson pour éviter qu’il ne passe en mains étrangères, en l’occurrence des promoteurs arabes?

Cet ensemble de 8’000 œuvres constitue la plus grande collection d’art privée suisse. Certes, elle est assez éclectique, pour ne pas dire hétéroclite, et de qualité un peu inégale. On peut voir à Martigny, voisinant avec les tableaux, un énorme groupe de cristaux datant d’il y a 15 millions d’années, ou encore le miroir de la reine Hortense. Mais l’essentiel de l’exposition réside bien sûr dans les peintures, dont d’authentiques chefs-d’œuvre rarement vus.

Le collectionneur et mécène montre un intérêt particulier pour la peinture d’histoire. On remarquera Les Polonais en exil (1868) et Les Bourbakis d’Albert Anker, témoignages sur la tradition d’accueil de la Suisse.

Anker est particulièrement bien représenté à Martigny. Il convient de réhabiliter cet artiste trop décrié de nos jours comme «passéiste»… et qui souffre probablement d’être le peintre préféré de Christoph Blocher! Il faut d’abord relever l’extraordinaire maîtrise technique du peintre bernois, perceptible par exemple dans Nature morte: thé, où il confère aux objets la magie que l’on reconnaît au grand Chardin. Quant à ses portraits de vieillards et d’enfants, ils traduisent une empathie, une véritable tendresse envers les êtres. On notera aussi au passage l’intérêt qu’a toujours témoigné Anker pour l’instruction publique.

Le deuxième grand nom mis en exergue, dans le titre même de l’exposition, est Ferdinand Hodler, dont on peut voir d’admirables paysages, l’un alpin, l’autre lémanique. La part symboliste de l’artiste est aussi représentée à Martigny, avec Las de vivre qui montre des vieillards vêtus d’une robe blanche et répondant à un rigoureux parallélisme dans la construction. Celui-ci est présent également dans les quatre figures féminines qui constituent Heure sacrée.

On sait la place importante que revêt le symbolisme dans l’art suisse. Cependant, les tableaux de Johann Heinrich Füssli et Arnold Böcklin que l’on peut voir ici ne sont pas les plus audacieux ni les plus oniriques. Comme si le collectionneur était freiné par un sens profond de la mesure. Il paraît également imperméable à l’art résolument novateur et contemporain. Ses goûts picturaux restent très classiques. Nulle place donc pour le Cubisme, le Futurisme, l’Expressionnisme, l’art abstrait! Avec une exception cependant: la présence d’œuvres des frères Barraud, cette fratrie de Chaux-de-Fonniers si proches de la Nouvelle Objectivité (la Neue Sachlichkeit germanique), avec leur regard froid sur les êtres et les choses.

Quant aux Grisons et au Valais, ils sont bien représentés: les uns par un sublime Soleil d’hiver à la Maloja de Giovanni Giacometti, obéissant aux lois du divisionnisme, le second par le groupe des Saviésanes d’Ernest Biéler, image idéalisée – et déjà un peu obsolète à l’époque – d’un canton agraire, traditionnel et pieux.

Mais l’apothéose de l’exposition se trouve sans doute dans le remarquable ensemble de toiles de Félix Vallotton. Les nus d’abord, où de délicats coloris atténuent la froideur glacée et sans concession, propre à cet artiste misogyne dans sa représentation de la femme. Puis les paysages, dont une Marée montante le soir qui, dans sa rigueur et sa sobriété, rejoint presque l’abstraction. Enfin des natures mortes qui offrent un rendu parfait des fruits et des fleurs, dont des capucines auprès desquelles les lunettes de l’artiste suggèrent sa présence dans l’œuvre.

Sans oublier Cuno Amiet, François Bocion, Alice Bailly et d’autres artistes dont les noms sont moins connus. Malgré l’absence de l’art résolument moderne, cette exposition offre donc un véritable panorama de l’art suisse sur une période d’environ deux siècles.

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