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De Brics et d’OGM

Entre le tout-OGM et le refus de savoir, certains pays vont de l’avant

Photo Claus Isenberg
Photo Claus Isenberg (licence CC)

En moins de vingt ans, les variétés transgéniques de soja, maïs, coton – mais non de blé, sauf celui de Monsanto qui a récemment défrayé la chronique – ont centuplé leur étendue pour atteindre aujourd’hui 175 millions d’hectares, selon la très génophile ISAA.

On connaît l’adoption rapide des variétés transgéniques (organismes génétiquement modifiés, OGM) par l’agriculture intensive aux Etats-Unis, où leur développement stagne toutefois. La progression de ces cultures est désormais due à d’autres acteurs: dès 2012, les pays en développement plantent davantage d’hectares de plantes transgéniques que les pays industriels.

En Suisse, anesthésiés par le confort d’un moratoire indéfiniment prolongé, nous ne voyons guère que, loin de nous, le débat sur les OGM évolue. Un rapport de GMFuturos à l’Université de Durham fait le point sur trois grandes puissances émergentes agricoles, le Mexique, le Brésil et l’Inde.

Coton, soja, maïs: Mexique et Brésil

Le Mexique est à la fois le berceau de la révolution verte, donc d’une agriculture productive, et celui du maïs, dont il est le gardien de la diversité. En 2001, des chercheurs de Berkeley détectent des contaminations OGM au milieu de plantations de maïs traditionnel. Ces résultats seront invalidés, puis partiellement revalidés par la suite.

Dès 2005, le pays élabore un régime de «Centres d’origine du maïs» qui définit des zones de protection des cultures traditionnelles du maïs, où toute culture OGM est prohibée; la zone de protection est d’abord appliquée à tout le pays, puis le Nord du Mexique – région de cultures industrielles – en est exempté, mais l’affaire se poursuit en justice.

Aujourd’hui, seul le coton est planté à grande échelle dans sa variété transgénique. La difficile division d’un pays en zones OGM et sans OGM, la défense d’une agriculture de qualité sont d’un intérêt particulier pour la Suisse.

Le Brésil est aujourd’hui le principal exportateur de soja à destination de la Chine, un soja transgénique à 92%. Pourtant, l’aventure avait débuté par un moratoire judiciaire (obtenu par Greenpeace) sur toutes cultures OGM, et qui fonctionna longtemps. Mais, les cultures illégales de soja OGM se multipliant, un décret du président Lula autorise en 2003 la distribution et la vente de soja transgénique.

Aujourd’hui le Brésil est le deuxième «producteur OGM» du monde, derrière les Etats-Unis. Ce changement s’expliquerait notamment par des régulations claires (voire tolérantes). De plus les chercheurs brésiliens se sont approprié la technologie et l’appliquent à la canne à sucre et aux haricots, aliment de base des ménages de tout le pays. Incitations économiques aussi, car pour les petits paysans déjà producteurs de soja traditionnel, le soja OGM a permis de réduire la facture de pesticides. Finalement, les «anti-OGM» brésiliens auraient muté en pragmatiques «pro alternative aux OGM», militant pour une agriculture de qualité et des produits tant bio que locaux.

Aubergines et coton: Inde

En 2001, du coton transgénique (coton Bt) planté illégalement est découvert en Inde. Ce coton est approuvé rétrospectivement et reste à ce jour la seule plante transgénique autorisée dans le pays.

L’Inde est le plus grand producteur de coton au monde, un coton transgénique à 93%. Contrairement au Brésil, les procédures d’approbation sont rocambolesques et impliquent ministères, experts et juges. Présentement, un moratoire indéfini couvrant plantations et essais plein champ est proposé par un groupe d’experts nommés par la Cour suprême, en attente de procédures de régulations claires (le ministère de l’environnement combat cette proposition).

Paradoxalement l’Inde se positionne comme une championne de la recherche, avec une vingtaine de variétés transgéniques développées dans le pays. Parions qu’une fois l’imbroglio des régulations résolu, l’Inde se positionnera comme grande puissance en matière de biotechnologie agricole.

Lorsque Monsanto s’approprie l’aubergine et en propose une variété transgénique – le Brinjal Bt –, cette dernière devient le symbole du postcolonialisme et du néolibéralisme. Interdite en Inde, Monsanto se tourne vers le Bangladesh voisin qui vient de commercialiser l’aubergine transgénique, expérience marginale certes, avec 20 producteurs sur 150’000 participant à l’expérience. Le Bangladesh a bien monnayé son assentiment: un accord négocié avec Monsanto stipule que l’entreprise fait don des graines aux paysans, lesquels se voient garanti le droit de les stocker et de les semer à nouveau.

En 2015 en Suisse

Quand il s’agit d’agriculture d’exportation, les variétés transgéniques apparaissent rentables, d’où leur adoption par les trois pays précités. Leurs chercheurs se sont généralement engagés dans la création de variétés prometteuses, de sorte que désormais le débat porte moins sur le risque technique que sur l’effet socioéconomique (dépendance vis-à-vis des fournisseurs de semences, critique de l’agriculture industrielle).

Tout en observant les difficultés rencontrées par le Mexique lancé dans la création de zones d’exclusion de plantes transgéniques, on attend avec impatience le projet du Conseil fédéral – annoncé pour 2015 – qui prévoit la possibilité de déterminer des régions préservées.

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