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Pour des réformes révolutionnaires

Cinquante ans d’engagement pour DP

Ambitieux et modeste, dans sa profession comme en politique, André Gavillet n’a pas ménagé sa peine. La modestie du travail bien fait, de l’analyse solide, de la critique fondée, des propositions bien ficelées le satisfaisait. L’ambition de faire progresser la société vers plus d’égalité et plus de solidarité le rendait exigeant.

A ses yeux, l’équipe de Domaine Public, à l’aune des objectifs qui étaient les siens, se devait de consacrer au moins autant de temps à son engagement politique qu’une équipe de football amateur n’en mettait à son entraînement hebdomadaire.

Du pédagogue au responsable des finances

Faire naître l’envie de culture, partager des connaissances et la jouissance de la beauté et de l’intelligence, voilà la mission qu’André Gavillet a assumée pendant la plus grande partie de sa vie professionnelle, au collège et à l’université. Mais l’enseignement public représentait bien davantage à ses yeux: une responsabilité première de l’Etat, celle de s’attaquer, dès l’enfance, à la perpétuation des inégalités sociales. Or, que ce soit comme enseigné ou comme enseignant, André Gavillet connaissait le caractère sélectif, élitaire, de l’instruction publique de son canton.

En se portant candidat au Conseil d’Etat, il espérait pouvoir l’améliorer et ouvrir le collège et l’université aux enfants de toutes origines sociales. Sa profession publique d’athéisme avait cependant offert un prétexte bienvenu à ceux qui ne partageaient pas sa volonté de réforme. L’homme de lettres allait devoir se coltiner des chiffres. Eh bien, soit! C’est au département des finances qu’il contribuerait à corriger les inégalités sociales. Améliorer l’équité fiscale et veiller à ce que le canton ait les moyens d’une politique plus sociale: voici les objectifs qui mobilisèrent son intelligence et son talent de négociateur tout au long des années 70.

Descriptions, critiques, propositions

L’adhésion au parti socialiste vaudois en 1954 marque son entrée en politique. Il n’a jamais rechigné aux tâches militantes les plus humbles. Elles ne pouvaient cependant lui suffire. Il lui fallait se donner, à lui et à une poignée d’autres «intellectuels de gauche», les moyens d’une réflexion plus profonde, d’une vision à plus long terme, d’une analyse plus poussée du fonctionnement de notre pays et des influences exercées par les groupes d’intérêts.

A l’heure où, en France, divers «Clubs» s’efforçaient de réanimer le débat politique, DP allait jouer ce rôle en Suisse romande: un cercle de réflexion, indépendant de toute position partisane et tenant d’un socialisme réformiste et démocratique. Animé par André Gavillet, DP est le fruit d’un travail bénévole et collectif, exprimé pendant de longues années par l’absence de signatures individuelles.

Pendant plus d’un demi-siècle, André y a consacré l’essentiel de son temps libre. C’était sa contribution d’intellectuel au fonctionnement de la démocratie et au progrès social de notre pays.

«Intellectuel oui, mais pas grand prêtre!», André Gavillet s’oppose à André Gorz et à ses disciples. Dans divers articles dès 1967 (DP 80) et commentant les événements qui secouent la France, il critique avec une rare virulence la contradiction entre l’affirmation d’un prolétariat destiné à prendre le pouvoir et celle de l’avant-garde intellectuelle chargée de réveiller la classe ouvrière. «La démocratie ne laisse pas d’autre choix que le réformisme. Mieux vaudrait l’admettre et faire porter les efforts et la discussion sur la qualité des réformes et s’y préparer sans alibi verbalement ‘révolutionnaire’» (DP 95).

Dans le débat du début des années 2000 autour de la troisième voie, il rappellera que la réorganisation du capital globalisé ne peut qu’accroître les inégalités s’il est laissé sans contre-pouvoirs politiques, nationaux et internationaux. «Il y a des rapports de classe: un captage inégal de la plus-value que génèrent le travail social et la capacité inventive… Il serait paradoxal, alors que la concentration des pouvoirs économiques a atteint des proportions inouïes, que le socialisme n’en fasse pas une description critique. Que signifie l’affirmation de l’égalité des chances dans une société dont on n’analyse ni les procédures inégalitaires ni les formes d’aliénation (oui, ce mot est toujours un outil conceptuel) ou d’exclusion?» (DP 1419). L’analyse critique des pouvoirs réels et l’élaboration des réformes concrètes «exigent de la part de l’intellectuel, simplement et ambitieusement, une modestie du métier bien fait» (DP 88).

Le réformisme «révolutionnaire»

Le choix du réformisme n’est donc pas un choix de tiédeur ni de résignation à «ce qui nous est présenté comme l’ordre moral et naturel des choses» (DP 1419). C’est une volonté de transformation sociale durable, ancrée dans la réalité du quotidien et inspirée par une vision qui va bien au-delà des échéances électorales.

Les inégalités de revenus, de fortunes, de formation doivent être combattues, par la fiscalité, les assurances sociales, l’enseignement public. La qualité de vie de tous doit être améliorée par la politique de santé publique, l’urbanisme, les transports, la culture, les parcs et jardins et jusqu’à la voirie. Mais au-delà de ces objectifs de redistribution et d’accès généralisés à des services de qualité, c’est bien la question du pouvoir qui doit être posée, le pouvoir sur le capital et sur le sol, le rôle de l’argent dans les orientations politiques de la Suisse.

D’où l’obsession d’André Gavillet par ce capital accumulé à travers la prévoyance professionnelle et qui devrait servir de levier aux salariés pour influencer les choix des entreprises. D’où ses propositions d’augmenter la propriété publique du sol afin de créer les conditions d’un aménagement du territoire et d’une politique du logement en faveur du plus grand nombre. D’où son insistance quant à la nécessité de contrôler les lobbies et le financement des campagnes politiques. Plusieurs des propositions qui lui tenaient le plus à cœur n’ont pas été réalisées, elles n’en mettent pas moins l’accent sur les obstacles essentiels à une réelle égalité des chances et des droits.

Si André Gavillet et DP se sont abstenus, à de rarissimes exceptions près, de commenter les événements du monde, c’est également par modestie – que savons-nous d’eux? – et par volonté d’assumer nos responsabilités de citoyens et de militants suisses.

Le réformisme ne peut cependant se limiter au pré carré national. Ce à quoi il tend, c’est une Suisse qui impose des règles éthiques aux entreprises qui profitent de son label et de leur implantation lucrative, qui renonce à abriter les fortunes des fraudeurs du fisc et l’argent de la corruption et du pillage. Notre pays se doit d’assurer une vie professionnelle, familiale, sociale digne aux travailleurs migrants, et reconnaître pleinement ce qu’ils apportent à notre pays et les sacrifices consentis par leur pays d’origine en termes d’éducation et de formation. Et la revendication d’une attitude souveraine implique d’être un acteur de l’histoire internationale.

DP n’a cessé de le rappeler tout au long de ce demi-siècle de valse-hésitation de notre pays face aux constructions intergouvernementales: Conseil de l’Europe – sa Convention des droits de l’homme, aujourd’hui remise en question, et sa Charte sociale, toujours pas ratifiée –, Fonds monétaire international et Banque mondiale, Organisation des Nations Unies, Union européenne. Des chantiers dont la Suisse attendait l’achèvement avant de décider s’il valait la peine de s’y installer.

Jusqu’à la fin, André Gavillet aura combattu le repli dans le réduit national prôné par l’Union démocratique du centre.

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