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«Le Temps», la mort dans l’âme

Le jour où «Le Temps» publiait son 5’000e numéro, on apprenait que la Comco avait autorisé sa mise à mort de fait

I Am Sargant
Photo I Am Sargant (licence CC)

Où Ringier veut-il en venir avec Le Temps? s’interrogeait tout récemment dans la NZZ Pascal Couchepin, éminent membre du Cercle des amis du Temps.

L’ancien conseiller fédéral exprimait les plus vives inquiétudes pour l’avenir de la presse francophone, sous l’emprise croissante des maisons d’édition suisses alémaniques. Ringier a-t-il bien compris l’importance du seul quotidien vraiment romand, l’envergure de son rayonnement international, l’originalité de son projet et son irréductible différence d’avec L’Hebdo? Et qu’en est-il des intentions d’investir dans le développement d’un journal unique en son genre?

Autant de bonnes questions qui ont dû faire un peu mal, mais juste un moment. Pas de quoi inciter à une réflexion en profondeur ni sur le long terme.

Car le scénario demeure faible, flou et pusillanime. Michael Ringier a versé environ neuf millions au groupe Tamedia pour racheter sa participation et s’assurer plus de 92% du capital du Temps, via la société ER Publishing SA. Avec cet achat accompli comme «une affaire de cœur», le patron de Ringier pense peut-être avoir assez donné. Il a donc repoussé sans ménagement l’offre – naïvement maintenue jusqu’à ce jour – du Cercle des amis, disposé à investir à peu près autant pour donner au Temps les moyens de créer et de mettre en place une plate-forme d’information diversifiée, aussi riche et forte que possible.

Au lieu d’une telle visée, seule prometteuse et motivante, les économies à court terme ont la plus discutable des priorités. Aucune vision ne préside à la réorganisation prévue pour les mois à venir; on évoque tout juste la recherche de synergies, prétexte classique d’une incommensurable pauvreté entrepreneuriale.

On achète donc en troupeau une rédaction laissée durant de longs mois dans l’incertitude, le temps que se produise un maximum de départs spontanés. Une fois sa substance appauvrie et les licenciements effectués, on la déracine de son terreau genevois, qui constitue l’un de ses atouts. Puis on regroupe les journalistes du Temps, de L’Hebdo et d’Edelweiss en un troupeau plus grand, chargé de produire des contenus ensuite acheminés vers tel ou tel titre par des aiguilleurs en chef.

On ne se gêne pas d’assurer que la «liberté rédactionnelle» est garantie. On injecte deux dérisoires petits millions dans un projet indéfini tout en chargeant les journalistes des trois titres de lui trouver une forme. A eux la responsabilité d’une réussite ou d’un échec. Aucun dessein clairement formulé non plus pour la plate-forme numérique.

Dans ces conditions, la rédaction du Temps n’a guère de chances de pouvoir maintenir un titre qui va donc disparaître des revues de presse internationales ainsi que des kiosques alémaniques où Le Temps est encore présent, témoin d’une Suisse romande et d’une culture qui survivront, mais appauvries, à sa disparition.

Quant au «projet tant civique qu’économique» qui a présidé à la création et au développement du Temps selon son premier rédacteur en chef, Eric Hoesli, il n’en reste déjà plus grand-chose, dès lors que les actionnaires donnent désormais la priorité aux économies et préconisent un inatteignable taux de rentabilité de 8%. A défaut de pensée, des chiffres irréalistes.

Tout le contraire de la politique pratiquée par les éditeurs de la Neue Zürcher Zeitung, qui se retrouvera bientôt seul quotidien de référence suisse.

Le président de son conseil d’administration, pour la première fois un Romand, Etienne Jornod, expliquait samedi dernier, sur une pleine page, les options stratégiques formellement approuvées par l’assemblée des actionnaires: priorité à la qualité du contenu diffusé par les différents supports et réseaux entre lesquels les lecteurs font leur choix, fidélité aux idées libérales en économie comme pour la société, défense farouche de l’indépendance du titre et de la liberté rédactionnelle, orientation vers les techniques et les marchés du futur.

Ne connaissant «aucune industrie qui investisse si peu dans la recherche et le développement que celle des médias», Etienne Jornod n’hésite pas à vendre, des immeubles notamment, afin de financer les importants investissements jugés nécessaires pour permettre à la NZZ de remplir sa mission première: produire un contenu de qualité accessible à tous les lecteurs intéressés.

Un exemple dont la maison Ringier semble très loin de vouloir s’inspirer.

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