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L’exposition Bex & Arts ou le hiatus entre intentions et réalisations

«Emergences», Bex & Arts, jusqu’au 5 octobre

Photo PJ
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Les expositions de sculptures en plein air sont à la mode. En exagérant un peu, on pourrait dire que, bientôt, il n’y aura guère de station de montagne ou de village de plaine qui n’en propose une…

Sans doute une partie de ces manifestations – d’ampleur et de qualité fort diverses – répondent-elles d’abord à des enjeux touristiques. On ne saurait nier cependant que la conjugaison entre un paysage et une œuvre d’art a donné un regain de vitalité à la sculpture. Par ailleurs, l’envie de se balader en famille au milieu de prés et forêts, en se laissant surprendre par des créations souvent insolites, est parfaitement respectable et légitime. Les enfants, manifestement, y trouvent un visible plaisir.

Le rapport art-nature peut être de connivence, de complicité, d’osmose. Ou au contraire antithétique: l’intervention humaine se veut alors présence dérangeante, traduisant la relation conflictuelle entre société et environnement.

Les expositions en plein air ont désormais leurs classiques, comme Art Môtiers (DP 1923), Flore-Alpe de Champex ou la manifestation bellerine.

Depuis les années 80, la Triennale Bex & Arts s’efforce – avec des fortunes diverses – de favoriser la rencontre entre nature et culture. Elle bénéficie du beau cadre du domaine Szilassy, parc paysager du 19e siècle dominant le vieux bourg de Bex, jouxtant les vignobles en terrasses et surplombé par les Alpes vaudoises et valaisannes. Un titre commun poétique est à chaque fois proposé aux artistes (par exemple Le Dormeur du val, Le goût du sel en référence aux mines bien sûr, Lasciami, qui évoquait la fin, le détachement). Le rapport des œuvres avec le thème annoncé est à vrai dire fort lâche, pour ne pas dire souvent improbable.

Pour sa 12e édition de 2014, intitulée Emergences, la présentation de 43 œuvres réalisées in situ se veut «utopie d’une compréhension globale du monde contemporain, rapport de l’œuvre d’art avec le ‘tout’ dont elle procède; chaque œuvre cristallise l’émergence d’une ‘île’ poétique et artistique» (extrait du flyer distribué aux visiteurs).

Que voilà une grande et noble ambition! On regrettera seulement – et à cet égard cette 12e édition nous paraît particulièrement symptomatique – que les réalisations ne soient pas toujours à la hauteur des intentions. Mais n’est-ce pas la critique majeure que l’on peut adresser à un art conceptuel qui, souvent, brille davantage par ses prétentions intellectuelles que par la maîtrise technique des concepteurs qui en sont les adeptes?

Au risque d’être taxé de conservatisme et même de paraître «ringard», nous ne nous départissons pas de la conviction que la sculpture est aussi un travail de longue haleine sur la matière (bois, pierre, métaux, matières synthétiques, etc.), comme l’illustrent si bien les Prisonniers de Michel-Ange, que l’on peut voir à l’Académie de Florence s’arracher à la pierre brute sous le ciseau du maître.

Le minimalisme de certaines œuvres présentes à Bex & Arts a d’ailleurs suscité le «coup de gueule» du fondateur de cette manifestation, le sculpteur de renom André Raboud: «[L’art] devrait aussi se souvenir de ses fondamentaux. Tout le monde veut étonner au risque d’oublier le vrai rôle de l’art: celui de trouver les énergies convergentes entre les choses, de créer de l’harmonie. Est-ce que ça veut dire poser un bidon en plastique dans une clairière en se sentant obligé de l’accompagner de cinq pages d’explications?» (24 Heures du 8 août).

Cela étant dit, nous ne voulons nullement dissuader le visiteur de se rendre à Bex! Il y découvrira un certain nombre d’œuvres qui méritent incontestablement son attention. En voici un choix, sans doute subjectif.

Yves Netzhammer présente une structure géométrique de métal blanc, qui est en même temps un mobile, les pièces s’entrechoquant entre elles et ajoutant un élément sonore: ce dernier est devenu presque une tradition à Bex & Arts. Entouré de jeunes arbres plantés pour la circonstance, le cercle formant un foyer, créé par les frères Chapuisat, pourrait évoquer le site de Stonehenge. Constitué de troncs d’arbres, le «HA HA HA», que l’on peut lire aussi «AH AH AH», de Claudia Comte est sans doute le clou de l’exposition et rencontre la faveur du public par ses dimensions à la fois monumentale et humoristique: une sorte d’énorme rire de bois posé face aux montagnes. Comme ces châteaux ou cathédrales que nous constituions, alors que nous étions enfants, sur la base de formes dessinées sur une feuille de carton, Katia Ritz et Florian Hauswirth présentent une structure carrée faite de triangles de terre solidifiée, et d’autres triangles creusés dans le sol.

Les arbres vénérables du parc servent aussi de supports à plusieurs travaux. Christian Waldvogel a, quant à lui, représenté une galaxie qui offre une belle harmonie. Dans un espace relativement clos et restreint, Rudy Decelière a imaginé une installation sonore qui joue avec la lumière et l’eau. Olivier Estoppey avait fait sensation, lors de la 10e édition, avec sa meute de loups stylisés courant et hurlant sur fond de vignes. Cette année, il a créé une sorte de vaste tente ou cage de fil de fer, entouré de paons de béton. Sans doute l’œuvre la plus convaincante. Faut-il y voir un clin d’œil au temple «hindouiste» d’Alexandre Joly, volontairement très kitsch, visible à proximité, puisque le paon est l’oiseau symbole du Rajasthan? Mais la rencontre semble être purement fortuite.

Bref, Bex & Arts offre cette année des choses intéressantes et des curiosités, sans qu’à nos yeux aucune œuvre ne mérite vraiment de faire date dans l’histoire des arts plastiques.

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