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Les avantages du franc fort

La Suisse a fait tout juste… malgré elle?

Photo ECB
Photo ECB (licence CC)

L’économie suisse se porte comme un charme. Du moins si on la compare à celle de ses voisins européens. L’emploi a augmenté de 0,7%, les salaires ont progressé de 0,8% et le chômage se situe à 2,9% de la population active (fin deuxième trimestre 2014 par rapport à la même période de 2003).

Quant aux prévisions conjoncturelles pour 2014 et 2015, sans être enthousiastes, elles sont plutôt positives – même si la Banque nationale prévoit un certain affaiblissement.

Un scénario inverse est évoqué de plus en plus fréquemment pour l’Union européenne, avec notamment un tassement des pronostics pour l’économie allemande. Au point d’ailleurs que de plus en plus de commentateurs évoquent un risque de déflation, c’est-à-dire un scénario «à la japonaise» dans lequel la troisième économie mondiale est engluée depuis plus de dix ans.

La comparaison ne laisse guère planer de doute. A quelques jours d’intervalle, le service statistique européen a annoncé une stagnation économique des dix-sept pays de la zone euro et un chômage en hausse, alors que celui des Etats-Unis a fait valoir un vigoureux 4,2% de croissance et un chômage en recul.

Comment de tels écarts sont-ils possibles? Pour l’essentiel, il faut aller regarder du côté des finances publiques et de la politique monétaire. Le déclenchement de la crise des subprimes de 2008 n’a pas conduit le gouvernement des Etats-Unis à réduire ses dépenses et la Banque centrale américaine (Fed) s’est engagée dans une politique de rachat systématique de la dette publique américaine qui a «inondé» les marchés financiers. L’économie des Etats-Unis a ainsi disposé en tout temps de toutes les liquidités dont elle pouvait avoir besoin pour assurer son développement. Le chômage avait bondi dès 2008, jusqu’à atteindre 10% de la population active en 2010. Depuis lors, il est en recul régulier et constant et a retrouvé son niveau d’avant la crise.

Tout a dérapé

La situation se présente très différemment au sein de l’Union européenne. D’abord, il n’y a pas une politique des finances publiques, mais 28, autant qu’il y a de membres. Ensuite, il n’y a pas vraiment non plus de politique monétaire commune, puisque tous les membres de l’Union n’utilisent pas l’euro et que les compétences de la Banque centrale européenne (BCE) sont restreintes par rapport à celles dont disposent par exemple la Fed américaine, la Banque d’Angleterre ou la Banque nationale suisse.

De plus, la situation de l’Union européenne a été aggravée par l’effondrement des économies irlandaise, grecque, portugaise et espagnole, qui ont nécessité des plans de sauvetage d’urgence représentant des centaines de milliards d’euros.

Tous ces événements se sont «collisionnés» et ont fait froid dans le dos des pays européens qui, emmenés par l’Allemagne, première économie de l’Union européenne, ont alors opté pour des politiques sinon d’austérité du moins de strict contrôle des dépenses publiques et de réduction des dettes publiques. C’est là que tout a dérapé.

Depuis la crise des années 1930, on sait qu’on ne lutte pas contre la dépression en réduisant les dépenses publiques. Les entreprises et les ménages manquent déjà suffisamment de moyens financiers pour que les pouvoirs publics n’en rajoutent pas une couche. C’est bien évidemment le contraire qu’ils doivent faire: sinon jeter l’argent par les fenêtres, du moins dépenser sans trop compter jusqu’à ce que l’économie se reprenne et reparte sur de meilleurs pieds.

Aux dernières nouvelles, même Mario Draghi, le président de la BCE, se serait (enfin) aperçu que le compte n’y est pas: les gouvernements doivent augmenter leurs dépenses et la BCE doit s’organiser pour parvenir à fournir davantage de liquidités aux marchés.

Marchés abondamment approvisionnés

Dans ce débat, qui n’oppose pas seulement des analyses économiques mais aussi des options politiques très divergentes, la surprise est que la Suisse a fait juste. Elle ne le doit pas aux options en matière de finances publiques, où le credo reste l’équilibre budgétaire. Sa réussite est en fait entièrement imputable à la politique monétaire de la BNS.

La curiosité, dans cette histoire, est que la politique adoptée par notre banque centrale n’est pas le résultat d’une réflexion soupesant les avantages et les inconvénients d’une politique calquée sur celle des Etats-Unis ou sur celle de la zone euro. Elle résulte du choix opéré en automne 2011* de bloquer la revalorisation du franc suisse à 1,20 euro, de manière à sauvegarder autant que possible les ventes des industries d’exportation helvétiques dans les pays de l’Union européenne, qui représentent près des trois cinquièmes de tous leurs échanges commerciaux.

A partir du moment où cette option est prise, elle a nécessairement et inévitablement pour conséquence d’obliger la BNS à acquérir tous les euros qui sont offerts à la vente sur les marchés de manière à préserver ce cours de 1,20 franc. Pour parvenir à ce résultat, la BNS a acheté quelques centaines de milliards de devises étrangères et émis, en contrepartie, autant de francs. C’est donc peu dire que les marchés ont été abondamment approvisionnés en liquidités. Ce qui a eu des effets favorables sur le fonctionnement général de l’économie, comme nous l’avons initialement mentionné.

Cette situation en quelque sorte contrainte a donc évité que l’on débatte pour savoir quelle politique budgétaire est préférable: expansive ou restrictive. On peut craindre que si ce débat s’était engagé, la position allemande ait joué un rôle important, sinon déterminant, avec les conséquences néfastes que l’on peut constater au sein de l’Union européenne.

Mais le franc fort nous a épargné ce débat. Pour notre plus grand bien…
_____
* Correction (02.09 à 22h20): La décision de la BNS de plafonner le franc à 1.20 euro remonte à l’automne 2011, et non 2012 comme écrit précédemment.

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