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Pour en finir avec la guerre contre la drogue

Pragmatisme suisse, Commission globale et expérimentation américaine

Photo Steve
Photo Steve (licence CC)

Quarante ans après la déclaration de guerre du président Nixon contre la drogue, le crime organisé et les groupes terroristes contrôlent un marché annuel de 400 milliards de dollars, selon une estimation du Fonds monétaire international.

Aux Etats-Unis, en 20 ans d’une guerre intensive, la teneur du cannabis en THC a triplé et son prix presque baissé de moitié, chiffres de la police. L’offre mondiale d’héroïne est passée de 1’000 tonnes en 1980 à 4’800 tonnes en 2010 et le prix a chuté de 80%, chiffres officiels encore.

L’expression War on Drugs fait référence à une application répressive des lois sur les stupéfiants, prônant la «tolérance zéro» et visant un monde sans drogues. Signe particulier, les guerriers de la drogue ne se préoccupent pas de la santé des usagers. Or la stigmatisation et la peur dissuadent les usagers de faire appel aux services sanitaires; et les systèmes de santé limitent l’accès par l’exigence de l’abstinence, la restriction de la mise à disposition d’aiguilles et de seringues stériles et l’interdiction des traitements de substitution. Les incarcérations massives favorisent la contamination et la peur d’être arrêté décourage les usagers de recourir aux traitements proposés.

La Suisse a reconnu très tôt les liens de causalité entre la guerre contre la drogue et la propagation du VIH/Sida. Quand la dépendance a été traitée comme un problème de santé (seringues, substitution, distribution), les nouvelles infections dues aux drogues injectables sont passées en Suisse de 68% en 1985 à près de 5% en 2009. Lire ici l’évaluation scientifique du pragmatisme suisse.

Commission globale en matière de drogues

Ces succès et d’autres (en Ecosse par exemple)  ont convaincu une palette de personnalités (dont sept anciens présidents, y compris la Suissesse Ruth Dreifuss) de créer la Commission globale de politique en matière de drogues (Global Commission on Drug Policy, GCDP). Cette instance examine les fondements idéologiques, l’efficacité et les conséquences de l’approche de la guerre contre la drogue, évalue les différentes stratégies nationales et fait des recommandations pour reformuler les lois afin de protéger la santé et la sécurité des populations.

Dans trois excellents rapports, la GCDP démontre les effets désastreux de cette guerre et la possibilité d’une politique de la drogue positive si l’angle d’attaque est la santé: La guerre aux drogues (2011), La guerre aux drogues face au VIH/Sida – Comment la criminalisation de l’usage des drogues aggrave la pandémie mondiale (2012) et L’impact négatif de la guerre contre la drogue sur la santé publique: l’épidémie cachée d’hépatite C (2013).

Ce dernier rapport souligne comment l’application stricte de la prohibition favorise la diffusion de l’hépatite C et du VIH/Sida par la marginalisation sociale et la mise en péril de l’accès aux services de santé. Sur les seize millions de personnes qui dans le monde s’injectent des drogues, dix millions sont porteuses du virus de l’hépatite C (et trois millions du VIH/Sida).

Dans nos pays, l’injection des drogues est responsable de 80% des infections à l’hépatite C, «une bombe virale à retardement». Elle provoque d’abord une infection chronique, puis dans 5 à 20% des cas une cirrhose, et entre 1 et 5% la mort par cancer du foie.

La GCDP plaide pour une politique réaliste: la décriminalisation plutôt que la légalisation des drogues.

Changement d’opinion?

Pour la première fois depuis que ce sondage existe (1969), une majorité d’Américains (58%) se prononce en faveur de la légalisation du cannabis. L’usage médical de la marijuana a préparé le terrain: le 7 juillet 2014, New York devint le 23e Etat américain à le légaliser.

Mais plus encore, c’est le rôle pionnier des petits Etats ou nations, l’Uruguay (3,4 millions d’habitants), le Colorado (5 millions), Washington (7 millionss) qui font évoluer l’opinion publique en légalisant le cannabis, médical et récréatif. Plusieurs pays européens – Pays-Bas (coffee shops), Espagne (cannabis social clubs) avaient initié des expériences similaires.

L’expérience du Colorado est la plus médiatisée. Son gouverneur – opposé à la libéralisation qu’il doit maintenant mettre en œuvre – vient de faire le bilan des six premiers mois: le marché noir est affaibli, le pire ne s’est pas réalisé.

En particulier, on n’observe apparemment pas de pic de consommation chez les adolescents. Il y a un problème avec le cannabis «pâtissier» (incorporé dans les gâteaux) qui est tentant pour les enfants, d’autant plus qu’il n’y a guère de données scientifiques relatives aux effets du THC sur des cerveaux en développement. D’autres données importantes (alcool et cannabis au volant) ne sont pas encore disponibles. Le gouverneur fait état des retombées financières et du recul du marché noir: les usagers sont prêts à payer 65 $ pour 3,5g, dont 20 $ de taxes. Les premiers 40 millions iront à la construction d’écoles.

Le cannabis – jugé généralement moins dangereux que l’alcool, le tabac ou les somnifères – ne génère pas les problèmes de santé imputables aux drogues injectables à large consommation. Mais avec ce changement d’opinion et de pratique relatif au cannabis, les USA ne peuvent plus être le faucon de la guerre mondiale contre la drogue.

Un temps de sérénité s’annonce peut-être. Un quatrième rapport de la GCDP – sur la régulation – est attendu pour l’automne 2014.

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