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Démocratie directe : A trop tirer sur la corde ?.

Les radicaux, créateurs de la Suisse moderne, comprennent assez vite le tarif : alors même qu’ils occupent les sept sièges du Conseil fédéral et détiennent la majorité au parlement dès 1848, ils ne peuvent imposer sans autre leur politique.
Le référendum obligatoire d’abord, puis le référendum facultatif dès 1874 freinent sérieusement leurs ambitions réformatrices et centralisatrices. Dans le dernier quart du xixe siècle, les conservateurs font désavouer par le peuple plusieurs projets législatifs importants. La votation, obligatoire ou facultative, plane comme une menace. Pour éviter l’échec populaire, les décideurs perdent progressivement de leur arrogance pour s’ouvrir aux solutions de compromis, qui n’est pas vertu helvétique mais tout simplement nécessité. Se développe alors la pratique de la consultation préparlementaire qui va prendre toute son ampleur après 1945. Parallèlement le radicalisme dominant fait une petite place au gouvernement à l’ennemi conservateur (1891), puis deux places (1919), jusqu’à la célèbre formule magique (1959) qui permet d’associer les principales forces politiques à l’exercice du pouvoir.
Le référendum, parce qu’il ramène au statu quo en cas de verdict populaire négatif, est une arme plus propice aux conservateurs qu’à la gauche. Il faut des projets clairement réactionnaires pour que cette dernière y recourt ; ou alors la crainte qu’une réforme minimale bloque pour longtemps un progrès plus substantiel.
Or depuis le milieu des années huitante, le nombre des référendums de gauche a augmenté. Ce phénomène indique que la droite, majoritaire au parlement, tend à négliger la recherche de compromis, remettant même en cause les solutions proposées par le Conseil fédéral. Mais jusqu’à récemment, la gauche a peiné à convaincre une majorité populaire de la suivre dans son refus. La situation est probablement en train de changer. Pour avoir ficelé des projets trop peu équilibrés, la droite parlementaire a essuyé des échecs populaires cinglants : en février de cette année, le contre-projet Avanti et le nouveau bail à loyer, ce dimanche le paquet fiscal et la 11e révision de l’AVS.
Les partis du centre droit, sensibles aux sirènes de l’UDC, comprendront-ils que la politique franchement bourgeoise revendiquée par les populistes n’est pas compatible, dans certains domaines, avec la logique du système politique suisse ?

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