Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963

Pour ne manquer aucun article

Recevez la newsletter gratuite de Domaine Public.

La régression prévisible de l’économie suisse

Le dynamisme du pays est étroitement lié à la libre circulation des personnes

Photo Beat Küng
Photo Beat Küng (licence CC)

A-t-on pris la mesure, toute la mesure, des conséquences de l’approbation, le 9 février dernier, de l’initiative «contre l’immigration de masse»?

Au cours des derniers mois et semaines, il a surtout été question de ce que l’on nomme les «rapports institutionnels». L’Union européenne acceptera-t-elle de renégocier l’accord sur la libre circulation des personnes (ALCP) que nous avons conclu avec elle le 21 juin 1999, avec une entrée en vigueur le 1er juin 2002? Si la réponse de Bruxelles devait être négative, notre pays devrait dénoncer ledit accord. Est-ce que cette dénonciation remettrait vraiment en cause les six autres accords conclus simultanément, qui sont liés les uns aux autres? L’application de la nouvelle disposition constitutionnelle conduira-t-elle notre pays à en revenir au système antérieur des contingents et de la préférence nationale?

Ce sont là autant de problèmes d’importance qui ne sont pas aisés à résoudre. Mais n’y a-t-il pas en réalité une question plus essentielle qui n’a au fond pas encore vraiment été abordée de front: l’économie suisse n’est-elle pas condamnée à régresser si elle se retirait de l’ALCP?

Evidemment, du côté de l’UDC, on minimise l’importance des accords bilatéraux. La NZZ am Sonntag du 13 juillet reprend les propos de Christoph Blocher selon lequel les accords conclus avec l’Union européenne «sind massiv überschätzt». Selon lui, on trouvera des solutions pour les six autres accords, et même si on n’y parvenait pas, l’économie helvétique est assez solide pour s’en passer.

Divergence fondamentale

C’est bien là que réside notre divergence fondamentale avec l’UDC, divergence fondée sur quelques données objectives.

La population résidente étrangère, qui provient désormais aux neuf dixièmes de l’Union européenne et des pays de l’AELE, a augmenté d’un peu moins d’un demi-million de personnes ces dernières années (de 1,495 million à fin 2002 à 1,949 million à fin 2013). Durant cette période, le taux de chômage s’est établi en moyenne à 3,0%, alors qu’il était de 3,4% au cours des dix années précédentes (avec le système des contingents et de la préférence nationale) – ces informations et de nombreuses autres sont disponibles dans le Dixième rapport de l’Observatoire sur la libre circulation des personnes entre la Suisse et l’UE.

L’ALCP n’a ainsi pas détérioré le marché du travail, et l’augmentation de la main-d’œuvre étrangère ne s’est pas faite au détriment des Helvètes puisque leur taux de chômage reste inférieur à celui des migrants. Ces salariés étrangers cotisent au surplus aux assurances sociales, en particulier à l’AVS, qui continue de dégager un excédent annuel, alors que sans ces personnes migrantes, elle serait largement déficitaire depuis plusieurs années (de 1,7 milliard de francs en 2012).

Quelle autre conclusion tirer de l’arrivée de plus de 400’000 personnes migrantes depuis 2002 sinon que leur engagement répondait aux demandes des entreprises installées en Suisse?

Diplôme tertiaire

Ce constat conduit forcément à se demander ce qui aurait pu se passer depuis 2002 si les entreprises n’avaient pas pu recruter la main-d’œuvre qu’elles recherchaient?

Pour tenter une réponse, il faut apporter une précision d’importance. Depuis l’entrée en vigueur de l’ALCP, la part de personnes migrantes disposant d’un diplôme tertiaire (école technique supérieure, université, école polytechnique) a constamment augmenté pour en représenter largement plus de la moitié (56%), soit une proportion supérieure à celle de la main-d’œuvre indigène. Ainsi, non seulement les entreprises installées en Suisse recrutent du personnel, mais en plus elles souhaitent engager majoritairement du personnel hautement qualifié – ce qui ne doit pas être sans rapport avec le dynamisme et la compétitivité des produits et des services fournis par l’économie suisse.

Moindre dynamisme

Constat qui permet, a contrario, de se demander ce qui se serait passé si les entreprises n’avaient pas pu recruter le personnel qu’elles souhaitaient – et ce qui pourrait se passer demain si l’ALCP devait être dénoncé.

La réponse est évidente. Comme toujours, les entreprises s’adapteront aux nouvelles réalités. Mais il est plus que vraisemblable qu’elles développeront moins leurs activités en Suisse et mettront davantage l’accent sur des développements dans d’autres pays. Et, point central, il se pourrait bien que les activités ayant la plus forte plus-value se développent à l’étranger puisque les entreprises recherchent des personnes hautement qualifiées que le marché suisse du travail ne pourra pas leur fournir.

Au bout du compte, c’est évidemment toute la dynamique économique helvétique qui en pâtira, donc aussi, inévitablement, les salariés vivant dans le pays. Par exemple, partant de l’observation que le dynamisme de l’économie suisse lui a permis de plutôt bien résister à la récente crise financière (subprimes, 2008), comment ne pas faire l’hypothèse qu’il pourrait en aller différemment lors d’une prochaine crise avec une économie ayant perdu certains de ses éléments les plus dynamiques?

Fiers de «notre» réussite

Comme nous l’avions relevé il y a quelques semaines (DP 2040), le vote des 50-59 ans en faveur de l’initiative contre l’immigration de masse avait été suffisant à lui seul pour lui procurer la petite majorité qu’elle a réunie. Les craintes qu’exprime cette attitude, aussi compréhensibles soient-elles, ne sont pas pour autant fondées. L’ALCP a permis à l’économie suisse de se renforcer ces dix dernières années. De ce fait, la position de l’ensemble de la main-d’œuvre (sous réserve des branches typiquement saisonnières comme l’hôtellerie-restauration, l’agriculture et la construction) s’en est trouvée renforcée. La disparition de l’ALCP aura vraisemblablement l’effet inverse.

Jusque dans les années 90, sous le régime des contingents (et de la préférence nationale), la part de la main-d’œuvre migrante très qualifiée était pratiquement inférieure de moitié à ce qu’elle a été ces dernières années, avec l’ALCP. Or l’économie helvétique a été plus dynamique et plus innovante ces dernières années que dans la dernière décennie du 20e siècle. Or ce sont les économies innovantes qui résistent le mieux aux aléas de la conjoncture, comme nous pouvons le constater dans les pays voisins depuis la crise de 2008.

Mais, évidemment, fiers comme nous le sommes de «notre» réussite, il est difficile d’admettre que des travailleurs migrants en provenance de l’Union européenne y ont (largement) contribué. C’est pourtant le cas!

Une réaction? Une correction? Un complément d’information? Ecrivez-nous!

Et si l’envie vous prend de passer de l’autre côté de l’écran, DP est ouvert aux nouvelles collaborations: prenez contact!

logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, https://www.domainepublic.ch/articles/26053 - Merci
DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: https://www.domainepublic.ch/articles/26053
Faire un don

Tous les auteur-e-s des articles sont bénévoles, tout est gratuit pour les lectrices et lecteurs... Mais il y a tout de même des coûts de production et de développement, financés par vos dons. Merci de votre générosité!

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Articles par courriel

Flux RSS

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.
Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).
Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook. Je m'abonne

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus). Je m'abonne

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site. Je m'abonne

Accueil

Les auteur-e-s

Les articles

Les publications

Le Kiosque

A propos de DP