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Système bancaire: vivre dangereusement

Les banques systémiques restent effectivement trop grandes pour faire faillite

Photo anonphtography.com

La conjoncture économique dans la plupart des pays, en particulier dans les pays développés, est plombée depuis 2008, début de la plus grave crise depuis celle des années 1930. L’une et l’autre ont leur origine aux Etats-Unis et résultent d’excès dans le secteur financier.

Depuis maintenant six ans, les gouvernements et les autorités de surveillance bancaire (en Suisse la Finma) ont promis, juré, craché par terre de prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter qu’une telle situation ne se reproduise, en contraignant les banques à augmenter leurs fonds propres, pour qu’elles soient à même d’assumer seules – donc sans soutien étatique – d’éventuels futurs retournements des marchés.

Sont visées tout particulièrement les grandes banques considérées comme d’importance systémique (too big to fail, TBTF), c’est-à-dire dont les difficultés pourraient avoir un effet dévastateur sur l’ensemble du système bancaire de leur pays – voire au-delà. L’instance internationale qui coordonne la mise en place de ces nouvelles dispositions est le Comité de Bâle sur le contrôle bancaire (il porte le nom de Bâle parce qu’il est localisé dans le bâtiment de la Banque des règlements internationaux qui a son siège dans ladite ville).

Récemment, la Finma a rendu publique sa décision relative à la part minimale de fonds propres dont les deux grandes banques suisses (UBS et Credit Suisse) devront disposer pour se conformer aux dispositions arrêtées par le Comité de Bâle et les Chambres fédérales. Relevons que la terminologie utilisée par la Finma est à peu près incompréhensible et que la plupart des gens sont vraisemblablement dans l’incapacité de savoir si les mesures annoncées sont en adéquation avec la problématique.

Risque réel indéterminable

L’un des problèmes majeurs que la crise de 2008 a mis en évidence est que les banques d’ici et d’ailleurs, quoi qu’elles aient prétendu et qu’elles continuent de prétendre, sont dans l’incapacité de déterminer le risque réel que comportent les instruments financiers qu’elles conçoivent.

Or, la part de fonds propres dont les banques devront disposer, selon les nouvelles règles élaborées par le Comité de Bâle, doit être calculée sur la base de leurs actifs «pondérés en fonction du risque». Avant 2008, les produits financiers élaborés sur la base de prêts hypothécaires étaient considérés comme ne comportant pas ou presque pas de risques. Et l’on a (malheureusement) vu ce qu’il en est advenu avec les subprimes qui sont devenus des puits pratiquement sans fond…

La NZZ du 13 mai aborde cette thématique telle qu’elle continue de se présenter aux Etats-Unis. Le journal fait référence à des considérations émises par des surveillants bancaires qui considèrent que la problématique TBTF s’est plutôt aggravée que réduite ces dernières années.

Les actifs détenus par les huit plus grandes banques américaines avant 2008 représentaient 59% du produit national des Etats-Unis, aujourd’hui 65%. Ces mêmes banques détenaient pour 47’000 milliards de produits dérivés avant la crise, et maintenant pour 60’000 milliards, dont la complexité a plutôt augmenté que diminué. Avec la conclusion que si une nouvelle crise se produisait l’Etat fédéral ne pourrait pas ne pas les secourir.

Les recommandations du Comité de Bâle comportent aussi un autre critère concernant le seuil minimum de fonds propres non pondérés (leverage ratio) dont chaque banque doit disposer.

Aux Etats-Unis, le chiffre de 5%, par rapport au total des actifs, a été retenu. En Europe, le pourcentage fixé est celui recommandé par le Comité de Bâle, à savoir 3%. En Suisse, la Finma a fixé un taux de 4,6% pour UBS et de 4% pour Credit Suisse – taux différenciés pour tenir compter de leur part de marché respective en Suisse. Les Etats-Unis ne sont qu’en apparence plus «sévère» que l’Europe, du fait que les crédits hypothécaires figurent dans les bilans des banques européennes alors qu’aux Etats-Unis ces mêmes crédits sont revendus à des instituts spécialisés (Fannie Mae et Freddie Mac).

Widmer-Schlumpf n’a pas été entendue

Par ailleurs, en Suisse, la presse s’est fait l’écho des intentions des deux grandes banques de modifier leur organisation et leur structure avec l’objectif de parvenir à réduire la part de fonds propres qu’elles doivent détenir. Autant d’observations qui conduisent à se poser des questions de fond, comme le fait la professeure américaine d’économie Anat Admati à laquelle l’Université de Zurich vient d’accorder le titre de docteure honoris causa.

Elle porte une appréciation très critique sur les mesures prises pour que ne se reproduise plus une crise comme celle de 2008. Le secteur bancaire est peut-être, dit-elle, devenu tout simplement trop grand. Les banques, ajoute-t-elle, sont autorisées à avoir une part de fonds propres très inférieure à ce qu’elles exigent de n’importe quelle autre entreprise à laquelle elles consentent des crédits; dit autrement, elles n’accorderaient jamais de crédits à des sociétés qui auraient une part si faible de fonds propres par rapport à l’ensemble de leurs activités. Réflexions qui conduisent Admati à considérer que les banques devraient disposer d’une part de fonds propres représentant au moins 20% de leurs actifs – pourcentage, notons-le, qui était habituel au début du 20e siècle!

Quand la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf, en novembre 2013, avait suggéré que le taux de fonds propres non pondéré devrait se situer entre 6% et 10% des actifs, elle avait provoqué les hauts cris des milieux de la finance. Le président de Credit Suisse avait répondu que cette proposition n’avait «aucun fondement» et le directeur général d’UBS avait parlé d’une «exigence irréaliste».

La ministre des finances n’a manifestement pas été entendue par la Finma. Les risques de nouvelles crises financières ne sont pas écartés. N’est-ce pas l’indication que nos sociétés continuent de préférer vivre dangereusement, à l’image de James Dean dans La fureur de vivre?

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