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L’armée suisse en campagne

Le chef de l’armée s’aventure en terrain miné pour offrir de nouveaux jouets à ses hommes

Photo Hellebardius
Photo aHellebardius (licence CC)

Pas moins de trois conseillers fédéraux sont montés en première ligne pour sauver le soldat Gripen dans une publication «tous ménages». Les nouvelles du front ne sont en effet guère rassurantes. Les partisans de l’acquisition de l’avion de combat sont loin d’avoir gagné la bataille du 18 mai. Les trois mousquetaires du Conseil fédéral n’ont pas hésité à sortir l’épée du fourreau pour prêter main-forte à la maison UDC, qui s’occupe de l’intendance de cette campagne.

Tel d’Artagnan, le chef de l’armée en personne, André Blattmann, vient parfois en renfort pour participer à cette politique active d’information: il occupe aussi bien les ondes radio que les colonnes des principaux journaux pour convaincre les citoyens, pas tous soldats, d’acheter ces avions prétendument indispensables à la défense de la Confédération. Ses officiers semblent le relayer dans les casernes de l’armée suisse.

La distinction entre «l’information» autorisée par la loi et la «propagande» interdite est un peu byzantine. Faute d’une jurisprudence claire du Tribunal fédéral sur la pratique des autorités fédérales (DP 1981), difficile de placer le curseur entre le licite et l’illicite. La loi considère que l’information est licite si elle remplit les quatre critères de l’exhaustivité, de l’objectivité, de la transparence et de la proportionnalité, qui se réfèrent plutôt au contenu du message.

La loi prévoit également que l’information des électeurs est une tâche du Conseil fédéral: le gouvernement s’en acquitte traditionnellement par l’envoi de la brochure explicative ainsi qu’à une intervention télévisée et radiophonique à la forme désuète. Depuis des lustres, les membres du gouvernement sillonnent également le pays pour informer les citoyens jusque dans les arrière-salles de bistrots. Le constituant avait sèchement rejeté en 2008 une initiative populaire qui exigeait que le gouvernement s’abstienne totalement de faire campagne. Que trois membres du Conseil fédéral montent au front est donc dans l’ordre des choses.

Mais l’armée ne se confond pas avec le gouvernement. Jusqu’à l’entrée en vigueur d’Armée XXI en 2004, aucune tête ne dépassait des rangs de l’armée suisse, sauf pendant les périodes troublées. L’armée s’occupait de défendre le territoire contre l’ennemi extérieur et ne s’aventurait pas sur ce terrain politique qu’elle ne connaît et ne maîtrise pas.

L’état-major ne s’était guère préoccupé de la grande bataille contre la première initiative pour une Suisse sans armée (1989): à la surprise générale, les adversaires avaient fait plus que se défendre en récoltant plus de 35% des voix. Christophe Keckeis, à l’époque chef des forces aériennes, s’était investi en 1993 contre l’initiative qui voulait interdire l’acquisition des FA/18: un engagement qui lui a valu une certaine notoriété médiatique et a sans doute contribué à sa désignation comme premier «chef de l’armée» par le Conseil fédéral.

Blattmann est le chef d’une armée de citoyens-soldats, comme se plaît à le répéter la mythologie. Entrer dans l’aréne politique, c’est risquer de perdre sa crédibilité de chef militaire. Qui sera réduite à zéro si une majorité de ses «hommes» n’a pas voulu du nouvel avion. La troupe est également tenue à une certaine neutralité politique. Le règlement de service de l’armée suisse interdit aux militaires de participer activement aux campagnes politiques pendant leur temps de service ou en portant l’uniforme.

La grande muette ne peut l’ouvrir toute grande sans risquer de miner sa spécificité. Seule nouvelle rassurante pour les partisans du Gripen: à l’Est se lève un vent mauvais. Les bruits de bottes dans les plaines ukrainiennes pourraient convaincre certains citoyens d’écouter les conseils du commandant de corps Blattmann. Rompez!

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