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Balance commerciale: les réalités sont plus complexes que la théorie ne le suggère

La Suisse ou l’Allemagne devraient-elles viser activement à réduire leur excédent commercial? Deux articles pour comprendre (2/2)

Photo Colin Harris
Photo Colin Harris (licence CC)

Difficile de contester qu’un excédent de la balance commerciale à un endroit correspond à des déficits de balances commerciales à d’autres endroits (voir l’article de Lucien Erard).

Les livres de macroéconomie, ceux de Paul A. Samuelson en particulier, indiquent que l’excédent dans un pays se traduit par une hausse du cours de sa monnaie de sorte que le coût de ses exportations augmente, ce qui devrait inciter les importateurs à réduire leurs achats. La situation est inverse pour les pays qui ont une balance commerciale déficitaire. Les livres d’économie internationale (par exemple Paul Krugman) nous disent que le cours de leur monnaie devrait baisser de sorte que leurs exportations deviennent plus avantageuses, ce qui devrait conduire leurs importateurs à en augmenter leurs acquisitions. Ainsi, en théorie, tout est bien qui finit bien: les variations des taux de change permettent, dans la durée, de rétablir l’équilibre des balances commerciales.

Mais la réalité est manifestement plus complexe que ce que les livres racontent. Des pays peuvent avoir des balances commerciales excédentaires durant des décennies (par exemple, le Japon au cours de la période 1960-2000) ou au contraire durablement déficitaires (par exemple, les Etats-Unis durant la plus grande partie du 19e siècle) sans que le cours de leur monnaie ne change significativement.

Ou bien, depuis que prévalent les taux de change flottants au plan mondial, la valeur de la monnaie d’un pays peut se déprécier fortement sans que pour autant le déséquilibre de sa balance commerciale ne se corrige: en franc suisse, le dollar américain a perdu en gros 50% de sa valeur depuis le début du 21e siècle et la balance commerciale des Etats-Unis reste tout autant déficitaire.

Une partie de l’explication est comptable: lorsque le cours d’une monnaie diminue de X%, il faut parvenir à augmenter les exportations dans une proportion supérieure à X pour obtenir une valeur plus élevée. Mais elle est aussi commerciale: peut-être est-il trivial de souligner que, pour exporter un produit, il ne suffit pas que son prix ait baissé, mais il faut encore des importateurs qui aient des raisons de l’acquérir.

Inconcevable?

Le cas de la Suisse est instructif. La balance commerciale a quasi toujours été déficitaire jusque dans les années 1980. Mais depuis une trentaine d’années, elle est devenue excédentaire. Or, presque simultanément, le cours du franc n’a cessé de renchérir par paliers. Evolution au total inconcevable si l’on en croit les traités d’économie.

L’explication que nous suggérons est la suivante. En dépit de la hausse du cours du franc, les importateurs (étrangers) ont maintenu leurs achats parce que la demande des produits que les entreprises helvétiques proposent n’a pas faibli. Et s’agissant des produits importés en Suisse, la hausse du cours du franc permet d’en honorer les factures en déboursant moins de francs.

Il y a probablement aussi une autre raison. La hausse régulière du franc suisse depuis une quarantaine d’années (avec l’instauration des taux de change flottants) exerce une pression régulière sur les entreprises qui veulent exporter tout ou partie de leur production en les obligeant à améliorer en permanence leur productivité pour soutenir la concurrence. En simplifiant: la hausse du cours de la monnaie conduit les entreprises à devenir plus fortes. Mais inversement, la baisse du cours d’une monnaie peut agir comme un oreiller de paresse. Les entreprises attendent de la diminution de la valeur de leur monnaie un avantage comparatif suffisant pour maintenir, voire augmenter leurs exportations. Ne serait-ce pas, dans la période récente, le cas des Etats-Unis?

Dans ce débat, les situations de l’Allemagne et de la Suisse sont analogues. Leurs produits sont bien exportés parce qu’ils bénéficient d’une bonne demande dans le monde. Et l’on ne voit pas quelles mesures pourraient être prises dans l’un et l’autre pays pour réduire la demande étrangère. L’augmentation des dépenses publiques n’y changerait probablement pas grand-chose. La hausse du pouvoir d’achat de la population pourrait éventuellement contribuer à rééquilibrer leur balance commerciale à condition que les consommateurs se mettent à acheter davantage de produits importés plutôt que d’épargner.

Sans même aborder la résistance des entreprises à cette mesure qui pourrait dégrader leur situation financière, ce n’est pas gagné d’avance!

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