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Les balances commerciales ne penchent pas impunément d’un côté ou de l’autre

La Suisse ou l’Allemagne devraient-elles viser activement à réduire leur excédent commercial? Deux articles pour comprendre (1/2)

Photo winnifredxoxo
Photo winnifredxoxo (licence CC)

Bon réflexe de l’ancien président du Directoire de la Banque nationale: Jean-Pierre Roth fait remarquer que les reproches adressés à l’Allemagne par la Commission européenne, qui la tance pour ses excédents commerciaux, pourraient aussi être faits à la Suisse (voir aussi l’article de Jean-Pierre Ghelfi).

Mais réflexe cependant teinté d’égocentrisme: il se limite à dire que cet excédent – 12% du PIB en Suisse en 2013 – «ne nuit pas à la santé» du pays. Or, ce disant, notre auteur se réfère uniquement à la situation du pays excédentaire.

Il est vrai que nous sommes plus riches. Il est vrai aussi que ces excédents sont en bonne partie investis à l’étranger. Mais c’est faire l’impasse sur les reproches faits à l’Allemagne, que Roth comme aussi Guy Verhofstadt qualifient d’insensés.

Car un excédent commercial ici correspond à un déficit ailleurs, lequel entraîne une baisse du cours de la monnaie nationale, donc des prix à l’exportation ainsi qu’une augmentation des prix à l’importation. Ces variations de cours touchent aussi bien les pays excédentaires que les pays déficitaires s’ils renoncent à intervenir sur le marché monétaire. En bonne théorie économique, l’équilibre des échanges devrait donc progressivement se rétablir grâce à l’évolution des taux de change.

Déficitaire, un pays qui veut éviter une hausse des prix à l’importation ne peut qu’emprunter pour soutenir sa monnaie. Inversement, un pays excédentaire qui veut éviter de ruiner son économie par une hausse des prix à l’exportation peut intervenir sans limites en vendant de sa monnaie nationale – comme le fait la Suisse depuis quelques années.

La situation se présente différemment au sein de la zone euro de l’Union européenne. Dans ce cas, un pays excédentaire, l’Allemagne par exemple, concurrence l’industrie et les services des autres pays membres qui, faute de pouvoir dévaluer, doivent faire pression sur les coûts de leur production pour devenir plus compétitifs et réduire le pouvoir d’achat de leur population pour freiner leurs importations. Ils se trouvent dans l’obligation de pratiquer une politique déflationniste douloureuse, à l’exemple des pays du sud de l’Europe ou de la France voisine qui se voit de surcroît contrainte de ramener son déficit budgétaire à moins de 3%.

Si donc l’Union européenne s’adresse à l’Allemagne, c’est parce qu’il s’avère moins douloureux pour un pays excédentaire de rétablir l’équilibre de sa balance commerciale en augmentant ses coûts de production par des hausses de salaire – ce que le gouvernement allemand vient au demeurant de faire en introduisant le salaire minimum – et en augmentant la demande de biens d’importation par des baisses d’impôt, des investissements publics et des déficits budgétaires.

En termes macroéconomiques, un excédent de la balance commerciale correspond à une réduction de la demande intérieure du pays qui ne peut être compensée que par un accroissement des dépenses publiques et par une diminution de l’épargne.

Le rapport de la Commission européenne, qui traite de la prévention et de la correction des déséquilibres macroéconomiques, ne parle pas évidemment de la Suisse. Il n’en demeure pas moins que nos excédents pèsent sur les pays déficitaires.

Si dans l’ensemble nous avons raison d’empêcher une hausse du franc, qui aurait des effets destructeurs pour notre industrie d’exportation et nos services, nous devrions, sans attendre d’y être contraints, augmenter nos investissements publics, nos déficits budgétaires et le pouvoir d’achat de notre population, le tout pour contribuer à la relance chez nos partenaires commerciaux européens déficitaires.

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