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Traite des Noirs: Gorée, c’était de l’artisanat

Pèlerinage au Ghana pour mesurer l’horreur industrielle du commerce d’esclaves

Photo Hiroo Yamagata
Photo Hiroo Yamagata (licence CC)

On a vu à la télévision la Maison des esclaves grâce au voyage de Barack Obama au Sénégal. Le président américain a fait une rapide apparition à la porte d’embarquement qui a vu tant de vies brisées.

Dans cette maison bourgeoise du 18e siècle, toute rose, qui a servi de décor au film de Truffaut sur Adèle Hugo, les pièces du rez-de-chaussée autour de la cour intérieure ont servi de geôles à ceux qui allaient être embarqués pour le Nouveau Monde. Quelques douzaines d’hommes et de femmes pouvaient y être parqués. Mais, tout en étant saisi comme devant un mémorial de l’Holocauste, il faut reconnaître que Gorée c’était de l’artisanat.

C’est au Ghana qu’il faut aller pour voir l’industrie de la traite des esclaves. Le long de ses 300 kilomètres de côtes, 32 forts parsèment le rivage. Une grande partie des pays européens y sont représentés et affichent leur architecture particulière: les Portugais ont été les premiers, suivis des Espagnols, des Hollandais, des Danois, des Suédois, des Français et enfin des Anglais. Le château d’Elmina a été le premier construit par les Portugais en 1482. Celui de Cape Coast a été encore agrandi par les Anglais en 1876. Surprise: en arrivant à Accra, la capitale, c’est le gouvernement qui occupe Christiansborg, un des châteaux forts construits par les Danois. Construit dans la mer, on y entre par un pont-levis. Entre la frontière avec la Côte d’Ivoire et la frontière togolaise s’égrènent ces édifices, la plupart encore debout et parfois utilisés comme école, guest house, ou caserne. Et ils portent le nom des villages: Axim, Beyin, Tema, Prampram, Apam, Wineba, Anomabu, etc.

Le pèlerinage est saisissant et secoue à plus d’un titre. D’abord, plusieurs de ces prisons sont de beaux bâtiments, construits sans beaucoup d’ornements mais avec de belles proportions, et témoignent de leur époque. Evidemment on s’en veut de les admirer. On est aussi choqué de voir les Ghanéens les utiliser alors que les plus vieux grands-pères se souviennent encore des histoires que leur ont racontées leurs aïeux.

Beaucoup de Ghanéens portent des noms européens, témoins de la paternité héritée d’une esclave mise enceinte par un occupant: Richter, Smith, Brown, etc. Par contre, je n’ai pas rencontré de descendant du Suisse Guggisberg, qui a été gouverneur du Ghana au début du 20e siècle, envoyé par Sa Majesté britannique après avoir fait ses galons au Canada. Il n’a pas dû laisser de bons souvenirs puisque sa statue a été déboulonnée à l’indépendance.

La côte c’était la shopping street comme disent les Ghanéens. L’approvisionnement venait du Nord et était en grande partie organisé par les Ashanti. Dans la région sahélienne, à 600 kilomètres de la mer, les villageois vous font visiter les cavernes où les hommes se cachaient à l’arrivée des rabatteurs ou les gigantesques baobabs centenaires qui pouvaient abriter une dizaine d’hommes dans leur tronc creux.

Le plus impressionnant est la taille des caves ou des soutes et le nombre de personnes qui pouvaient y être stockées; on ne peut pas dire résider parce qu’ils n’étaient pas nourris, avaient tout juste la place de s’accroupir et évidemment aucune latrine pour se soulager. Les plus grandes soutes sont celles de Cape Coast, elles ont abrité jusqu’à 2’000 personnes. Le peu d’air qui entrait par un soupirail n’était certainement pas suffisant. Ce n’est qu’en 1975 que les Ghanéens ont eu le courage de les ouvrir et de les nettoyer: l’épaisseur des déjections atteignait 70 centimètres. Maintenant on peut y descendre et essayer de s’imaginer comment était traitée cette «marchandise». Tout animal destiné à l’abattoir est probablement mieux traité.

On souhaiterait qu’à l’égal des Juifs, les Afro-Américains s’organisent pour rappeler les violences et les morts qu’ils ont subies. Les historiens estiment à 42 millions le nombre de victimes de la traite des Noirs, atlantique, orientale et intra-africaine.

A la différence des Afro-Américains, Obama n’est pas descendant d’esclave mais fils d’un immigrant. Il a pourtant souffert le pire dilemme au sujet de sa couleur de peau. Bien que de mère blanche et élevé par ses grands-parents américains, il a réalisé qu’il n’avait aucune chance d’être un jour considéré comme Blanc. Et malgré les critiques violentes et vulgaires de ses copains Noirs à l’égard des Blancs, qu’il avait de la peine à supporter en pensant à sa famille, il a choisi d’être Noir.

Ce voyage d’Obama en Afrique, alors que Mandela est mourant, est plein de symboles.

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