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Genève: la nouvelle Constitution mettra-t-elle fin aux mauvaises habitudes?

Une campagne ahurissante pour clôturer un processus décevant

Genève s’est dotée d’une nouvelle Constitution. Un choix qui n’allait pas de soi pour un sujet complexe et relativement abstrait. De plus les opposants sectoriels ont unis leurs forces pour faire capoter le projet, alors que les partisans se sont montrés fort discrets.

Reste que le processus qui a conduit à ce nouveau texte illustre de manière emblématique le climat politique régnant au bout du lac.

L’immobilisme tout d’abord. Il a fallu qu’une association se crée pour porter l’idée d’une nouvelle Constitution. Car le Grand Conseil tergiversait depuis des années, incapable de faire démarrer ce processus. Cette association a donc rédigé un projet de loi constitutionnelle décrétant la révision totale et l’élection d’une Assemblée constituante. Elle s’est déclarée prête, si nécessaire, à lancer une initiative populaire. Le parlement a finalement adopté ce projet, approuvé par le peuple à une forte majorité en février 2008.

La bipolarisation ensuite. C’est un jeu habituel dans la vie politique genevoise: le camp majoritaire – qu’il soit de droite ou de gauche – veut imposer son point de vue, à la française. Pour les bagarreurs invétérés que sont les Genevois, la recherche d’un compromis est considérée comme une conduite honteuse et donc pratiquée dans la discrétion. La Constituante n’a pas failli à la tradition. Dans une première phase, la droite majoritaire n’a reculé devant aucune provocation, renonçant par exemple à mentionner le principe d’égalité entre hommes et femmes et la position antinucléaire du canton. Satisfaite d’avoir fait la démonstration de sa force et consciente que seul un projet équilibré pouvait trouver le soutien d’une majorité populaire, elle a adhéré à des solutions de compromis. Au final, le projet a été adopté à une majorité de quatre contre un. Seules l’AVIVO et l’extrême-gauche ont maintenu une opposition adoptée dès le départ.

La foire d’empoigne enfin. La campagne référendaire a vu se manifester une multitude d’organisations et de comités – dont certains n’auront qu’une existence aussi éphémère que leurs effectifs sont restreints – décidés à faire couler le projet. A en croire leur argumentaire, cette nouvelle Constitution transformera Genève en un enfer: pour huit (8) comités, il faut craindre le retour de la chasse, pour deux comités une centrale nucléaire à Verbois est probable, pour plusieurs groupes féministes, c’est la fin de l’égalité hommes-femmes, pour d’autres l’abandon de la laïcité, le démantèlement des services publics. Un groupement préconisera le Non pour sauver les arbres! Dans le fascicule adressé au corps électoral, plus de 60 associations et groupements annoncent leur mot d’ordre, dont 42 en faveur du Non. Une lecture même rapide du texte constitutionnel suffit à dégonfler ces affirmations qui relèvent du pur fantasme. Qu’importe, il s’agit de largement diffuser des craintes sur le plus grand nombre possible de sujets. Le projet introduit une législature de cinq ans, c’est pour mieux tenir le peuple à l’écart. Il élague le foutoir que représente le texte actuel pour régler l’essentiel, c’est afin de revenir sur des acquis inaliénables. Si les Services industriels, dont les moindres détails d’organisation figurent dans le texte actuel, ne sont plus nommément mentionnés, c’est pour préparer leur privatisation, affirme l’Intersyndicale de l’entreprise.

Point donc de débat sur l’avenir du canton, son organisation territoriale et régionales, mais une brassée de doléances ponctuelles susceptibles de rassembler le plus grand nombre d’opposants. Derrière cette collection d’oppositions, on devine sans peine la main de l’extrême-gauche. Incapables de s’unir pour décrocher une représentation parlementaire, ses composantes se rabattent sur des actions dites de «résistance». Avec l’UDC et le MCG, également opposés à la nouvelle Constitution, elles forment ce fond de commerce populiste prêt à valoriser à son profit les insatisfactions justifiées – logement, transport, sécurité – générées par le développement mal maîtrisé de la métropole franco-genevoise. Sans jamais fournir la moindre solution.

Genève, ville internationale certes, mais aussi cité provinciale engoncée dans ses médiocres conflits.

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