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Conseil fédéral: Malsain désir de durer

Le retrait simultané d’Arnold Koller et de Flavio Cotti a tout à la fois surpris et réjoui. Surpris parce que les conseillers fédéraux ont pris la mauvaise habitude de décider en solitaires, du moment de leur départ, sans se préoccuper du nécessaire renouvellement régulier du collège gouvernemental et des conditions de leur succession. Une habitude illustrée récemment par un Jean-Pascal Delamuraz s’accrochant à son poste malgré la maladie.
Réjoui car une double vacance élargit quelque peu la liberté de choix des députés, limitée par des règles, écrites et non écrites, fort contraignantes : clause cantonaleÊÐÊqui, espérons-le, disparaîtra prochainementÊÐÊparti politique, voire telle tendance au sein du même parti, régions et langues, sexe. Dans ces conditions, le choix se réduit à peu de chose et la probabilité d’élire la personne la plus qualifiée tend vers zéro. Ce scénario d’une vacance multiple est rare puisqu’il faut remonter à 1986, puis 1973 Ð triple vacance Ð pour retrouver pareille occasion.

Fin des règnes interminables

Laissons là le bilan des deux magistrats sortants, largement brossé par les médias. Si le professeur appenzellois nous a paru souvent timoré, parfois jusqu’à la paralysie, et l’ego démesuré de l’avocat tessinois nous a plus d’une fois irrité, les deux hommes ont mené à bien plusieurs dossiers importants. Une chose est sûre, tous deux sont restés en place trop longtemps. La lassitude se lisait d’ailleurs sur leurs traits.
Certes les conseillers fédéraux de l’après-guerre ont quelque peu modéré leur dur désir de durer. On ne retrouve plus, dans la Suisse contemporaine, des règnes interminables tels ceux de Karl Schenk (32 ans), Adolf Deucher (29 ans), Giuseppe Motta (28 ans) ou Emil Welti (25 ans), des magistrats qui souvent mouraient en fonction. Mais plus récemment Max Petitpierre (17 ans), Kurt Furgler (15 ans), Hans-Peter Tschudi et Jean-Pascal Delamuraz (14 ans) n’ont pas mesuré leur peine.
Aujourd’hui, de telles durées ne sont plus tolérables. Le travail de chaque conseiller fédéral a augmenté de manière significative, de par les compétences nouvelles dévolues à la Confédération et de par la nature des tâches, dont les solutions exigent souvent des contacts internationaux. Dans aucun pays démocratique les ministres ne restent en place plus de deux, trois ou cinq ans. Les premiers ministres qui se sont accrochés, tels Margaret Thatcher et Helmut Kohl, ont mal fini. Or nos magistrats, on l’oublie souvent, sont, collectivement, des premiers ministres.
Le pouvoir use, nous pouvons le lire au fil des ans sur le visage des conseillers fédéraux. Ë cette fonction, une année compte double, admettent les plus conscients d’entre eux. Par ailleurs, l’évolution économique et sociale, celle des valeurs aussi ont pris un tel rythme que l’action gouvernementale, pour rester en prise avec la réalité, exige des compétences et des regards renouvelés.
Dans ces conditions, deux mandats, dix ans exceptionnellement, devraient devenir la règle. Une règle non écrite mais respectée par les magistrats et, s’il le faut, appliquée par les partis gouvernementaux. Rien n’empêche ces derniers de signaler à leurs conseillers fédéraux qu’ils présenteront de nouveaux candidats à l’échéance d’une législature et de rompre ainsi avec le rituel du renouvellement automatique et quadriennal du gouvernement. La conduite politique du pays y gagnerait en dynamisme et profiterait mieux des qualités exécutives qui aujourd’hui ne peuvent s’exprimer pour cause d’occupation prolongée des sièges. Et qu’on ne vienne pas nous dire que la continuité de la politique en pâtirait : le système suisse, au-delà des personnes, est structurellement conçu pour la continuité.
On attend l’annonce de la démission de Kaspar Villiger et d’Adolf Ogi. jd

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