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Formation et recherche: Un vent frais et revigorant nous arrive de Berne

Le Conseil fédéral a dessiné les plans de la future maison commune de la recherche et de la formation supérieure : création d’une Conférence universitaire, subventionnement selon le nombre d’étudiants ?
Les nouvelles technologies de communication auront également un rôle-clé à y jouer, avec la création d’un campus virtuel.

Dans son message « relatif à l’encouragement de la formation, de la recherche et de la technologie pendant les années 2000 à 2003 », le Conseil fédéral procède pour la première fois à un état des lieux exhaustif et se profile comme un acteur à part entière de la politique de la science et de la formation supérieure.
Ce qui frappe au premier abord ? La multiplicité des lieux de recherche et de formation supérieure, tout comme des instances de subventionnement. On connaît bien sûr les universités cantonales et les deux Écoles polytechniques (EPF), le Fonds national de la recherche scientifique. Mais derrière ces figures de proue, combien d’instituts et d’académies, de commissions et de programmes, sans parler des recherches internes à l’administration et des Hautes écoles spécialisées (HES). Ce foisonnement reflète la richesse et assure le renom de la formation et de la recherche helvétiques.
Mais attention, les lauriers risquent de se faner rapidement. L’effort financier des collectivités publiques a considérablement ralenti depuis le début des années 90. Il ne suffit pas de répéter inlassablement que la seule richesse de la Suisse réside dans sa matière grise, encore faut-il investir pour que se renouvelle cette richesse. Et là, les lacunes sont criantes : au cours des quinze dernières années, le nombre des étudiants a crû de 22 %, celui des enseignants de 9 % seulement. Alors même que notre capital humain reste sous-exploité, puisque les femmes ne représentent que 6 % du corps professoral. Et l’on prévoit une augmentation des effectifs étudiants de 20 % d’ici 2003.

Un toit commun

Cette relative austérité financière fait apparaître d’autant plus crûment la dispersion des efforts, le cloisonnement des activités et des filières : le joyeux désordre né de l’abondance d’antan risque aujourd’hui de conduire tout droit à l’asphyxie et à la médiocrité. C’est ce que redoute le Conseil fédéral. D’où son projet de construire une véritable « maison commune » de l’enseignement supérieur et de la recherche. Les premiers travaux ont déjà commencé, notamment avec la réforme de la maturité, la création des Hautes écoles spécialisées, de nouvelles étapes dans la collaboration entre certaines universités.
Il n’est pourtant pas question d’uniformiser et de centraliser. Les pièces de la maison subsistent, d’autres viendront s’y ajouter et l’aménagement intérieur subira quelques modifications, de manière à améliorer la communication et la collaboration entre les habitants. Car la Confédération n’a pas qualité juridique pour agir partout à son gré. Maître d’œuvre pour les EPF, les HES, la formation professionnelle notamment, l’État central reste à la porte des universités.

Persuader plutôt que contraindre

Pour tourner la difficulté et faire de la Confédération un véritable partenaire des cantons Ð Berne fournit tout de même 26 % du budget des universités ! Ð, le Conseil fédéral propose une procédure originale. La Confédération va signer une convention de coopération avec les cantons universitaires. Sur la base de cette convention une Conférence universitaire sera créée, compétente dans une série de domaines définis par la loi fédérale, notamment la durée des études et la reconnaissance des qualifications, l’attribution de subventions à des projets d’envergure nationale, la répartition de pôles de recherche entre les universités.
Par ailleurs, le montant des subventions de base aux Hautes écoles ne dépendra plus du niveau des dépenses mais du nombre d’étudiants et des prestations en matière de recherche. Voilà l’élément de concurrence dont la Confédération attend qu’il stimule l’innovation et les réformes. Innovation et réformes qui passent également par une collaboration plus étroite entre les universités, puisqu’est prévu un soutien spécifique aux projets de coopération visant à créer des pôles d’excellence en matière de recherche et de formation de pointe.

Réformer d’abord, investir ensuite

La somme globale demandée au Parlement pour la période 2000-2003 (13,8 milliards) paraît impressionnante. La somme est considérable parce qu’elle résulte de l’addition de toutes les dépenses de formation et de recherche, auparavant présentées séparément. En réalité, les crédits alloués pour les deux premières années restent stables ; les réformes seront financées par réallocation des ressources : ainsi l’aide aux investissements diminue au profit de projets d’innovation et de coopération Ð encouragement de la relève, promotion des femmes, création d’un campus virtuel (voir encadré), développement d’un réseau informatique universitaire, ? Pour les deux années suivantes par contre, le Conseil fédéral prévoit un accroissement de l’aide fédérale de 5 % par an. Réformer d’abord, investir ensuite.
Dans cette analyse globale de la science et de la formation supérieure, la formation professionnelle acquiert enfin une reconnaissance pleine et entière. Avec la création des HES et une véritable perméabilité entre les filières, elle ne devrait plus rester le parent pauvre de la formation mais devenir une voie aussi attractive que la filière universitaire classique.
Si dans son message le Conseil fédéral fixe les objectifs et indique les éléments principaux de sa stratégie, beaucoup d’options restent encore ouvertes. Un paquebot tel que celui de la recherche et de la formation supérieure ne vire pas de bord d’un jour à l’autre. Dans la définition du cap, il y a donc place pour le débat et l’intervention de tous les acteurs concernés. Pour autant que ces derniers manifestent plus d’ambition que la délégation d’étudiants neuchâtelois qui, à l’issue de sa récente rencontre avec Charles Kleiber, le secrétaire d’État à la science et à la recherche, résumait son cahier de revendications par un non aussi sonore que creux. jd

L’Université virtuelle
Les nouvelles technologies d’information et de communication (NTIC) vont provoquer une véritable secousse sismique dans le monde universitaire. La possibilité de transmettre des connaissances sans contrainte de temps et d’espace, les forums de discussion ignorant les frontières, la possibilité de simuler la réalité, entre autres, bouleverseront les plans d’études et la pédagogie traditionnels.
Ë l’avenir, on peut envisager des formations empruntant des cours à plusieurs universités en Suisse et à l’étranger, ce qui impliquera la reconnaissance mutuelle de ces cours et l’instauration d’un système de crédits capitalisables.
Ces développements, qui toucheront tant la formation de base que la formation continue, ouvrent des perspectives passionnantes aussi bien pour les étudiants Ð ils disposeront d’un choix plus étoffé Ð que pour la place universitaire helvétique, susceptible de fournir du matériel didactique de qualité.
Le Conseil fédéral prévoit d’affecter trente millions de francs à ces projets pour la période 2000-2003.

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