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UBS et Credit Suisse, des danseuses trop chères pour la Suisse

Pourquoi la nouvelle régulation bancaire proposée est encore insuffisante

A la suite de la crise financière, gouvernements et instances internationales (G8 et 20, Banque des règlements internationaux – BRI – notamment) ont juré qu’on ne les y reprendrait plus et annoncé des règles sévères propres à discipliner le monde de la finance. Trois ans plus tard, on attend toujours des mesures concrètes et efficaces. Mais déjà les banques font entendre menaces et récriminations contre une régulation qu’elles jugent paralysante et discriminatoire.

La Suisse, dotée d’un processus de décision complexe et donc généralement lente à réagir, fait paradoxalement figure de pionnière. Le paquet de mesures concocté par un groupe d’experts a été repris par le Conseil fédéral et transmis au Parlement qui doit en débattre prochainement. Pourtant le projet ne convainc pas (DP 1896).

Les deux mammouths bancaires que sont UBS et Credit Suisse continuent de faire courir un danger majeur au pays, même si le projet du gouvernement était adopté tel quel. Simon Johnson, ancien chef économiste du Fonds monétaire international, explique pourquoi.

Des fonds propres beaucoup plus élevés

La faillite de Lehman Brothers a contraint les gouvernements à se porter au secours de leurs banques, trop faiblement capitalisées, pour éviter un effondrement du système financier. La nouvelle règle édictée par la BRI (7% de fonds propres plus un matelas anticyclique de 2,5%) se révèle pourtant insuffisante: au moment de sa chute, Lehman Brothers disposait de fonds propres à hauteur de 11,5% de ses actifs. La Suisse envisage certes de faire mieux puisqu’elle veut imposer des fonds propres de 10% auxquels s’ajouterait des obligations convertibles (Cocos) représentant 9% des actifs à risque.

Pour Johnson, il faudrait exiger des fonds propres de 20 à 40%, non pas seulement sur les actifs à risque tels que déterminés par les banques elles-mêmes, mais sur l’ensemble de leurs actifs pour que les bilans bancaires résistent à une future crise. Laisser aux banques le soin de définir elles-mêmes les risques de leur portefeuille, comme le préconise la BRI et le modèle suisse, c’est négliger le principe de prudence.

Miser sur la sécurité

Les banques prétendent qu’une exigence élevée de fonds propres va augmenter leurs coûts de financement, ce qui diminuera leur capacité de fournir des crédits. En réalité, une banque disposant de fonds propres importants pourra présenter un bilan solide et emprunter à des conditions plus favorables.

Si les établissements bancaires ont pu se financer à bon compte jusqu’à présent sur le marché des capitaux, c’est parce qu’ils ont bénéficié d’une garantie implicite de l’Etat. Ils ont construit leur modèle d’affaire sur cette garantie en disposant de fonds propres beaucoup trop faibles eu égard à leurs bilans. Pour preuve, l’agence Standard & Poors publie deux notations pour les grandes banques: l’une portant sur la situation de la banque elle-même, l’autre prenant en compte la capacité financière de leur pays de siège.

Redimensionner les banques

Le cas de l’Irlande devrait nous ouvrir les yeux. Lorsque ses trois principales banques, dont les bilans cumulés représentaient 200% du PIB national, ont fait faillite, elles ont entraîné les finances publiques dans leur chute. L’alternative est donc simple: réduire la dimension des banques afin qu’elles puissent faire faillite sans mettre en péril l’économie du pays; ou leur imposer un taux de fonds propres tel qu’elles résistent à une crise majeure.

UBS a évoqué la possibilité de délocaliser sa banque d’investissement dans une place financière moins exigeante. La Suisse n’aurait rien à perdre à un tel départ; ce secteur, actif pour l’essentiel à Londres et à New York, n’apporte ni valeur ajoutée ni places de travail significatives pour l’économie helvétique.

Le prochain débat aux Chambres sur ce sujet permettra d’identifier les parlementaires vraiment soucieux de l’intérêt du pays. On se souvient de l’intervention commune de Nicolas Hayek, Christoph Blocher et Christian Levrat demandant que le pays soit protégé de l’aventurisme bancaire. L’UDC s’en souviendra-t-elle? Pour certains partis, la suissitude dont ils se parent soudainement (DP 1902) pourrait bien ne se révéler qu’un déguisement électoral.

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