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Luxe, golf et fiscalité

Actualité politique et concurrence fiscale obligent: les plus riches habitants de Suisse et leurs comportements suscitent un intérêt tout particulier ces temps

Photo de Tord Sollie
Photo de Tord Sollie (licence CC)

Entre valeur-travail, vieille démocratie et discrétion de bon aloi, les familles et personnalités les mieux dotées de Suisse n’affichent traditionnellement pas trop leur différence. Certains se passeraient même volontiers de figurer au classement annuel des plus riches dans ce pays, publié depuis 1989 par la revue alémanique Bilanz – à commencer par le N° 1, Ingvar Kamprad, inventeur et patron du système IKEA.

D’autres, managers et sportifs à succès ou détenteurs de fortunes récentes, se montrent moins réservés. Ils se présentent volontiers dans les médias, font rêver dans les chaumières et constituent une bonne clientèle pour les industries et le commerce de luxe, dont les ventes ne cessent de progresser, au point de provoquer des ruptures de stock dans les boutiques.

Qu’ils le veuillent ou non, les «superriches» font beaucoup parler d’eux en ce moment; en Suisse aussi, à la faveur d’une étude sur leur mode de pensée et leur influence due à un professeur de sociologie de l’Université de Bâle. Travaillant sur dossiers et après de nombreux entretiens, Ueli Mäder analyse les comportements de ceux qui sont au moins cent fois millionnaires (en francs suisses). Ils se retrouvent dans les clubs de golf, les jets d’affaires et les soirées de gala et forment une société parallèle, regroupant les amateurs d’offres exclusives: écoles, cliniques et banques privées, résidences primaire et secondaire dans les beaux quartiers et les stations huppées.

Certes, dans notre pays, la discrimination géosociale ne prend pas la forme de ces «communautés fermées», bien connues dans les inquiètes mégapoles du monde où les plus riches se déplacent en voitures blindées et par hélicoptère d’un lieu sécurisé à l’autre. Il n’empêche: dans la Suisse relativement égalitaire, une infime proportion de la population dispose de moyens et de réseaux qui lui assurent pouvoir et influence.

La capacité contributive des superriches les rend précieux. Les cantons et communes se disputent plus ou moins ouvertement pour attirer ces trois pour-cent de contribuables qui déclarent autant d’argent que les 97% restants. A l’inverse, les socialistes luttent contre la concurrence fiscale, avec l’habile initiative«pour des impôts équitables» (DP 1886). Cette proposition, promptement qualifiée de populiste par la droite, pourrait être acceptée par la majorité des citoyens qui se prononceront le 28 novembre – mais peinera à obtenir l’assentiment d’au moins douze cantons.

Jouant la situation d’urgence et jugeant insuffisant l’engagement des partis bourgeois, les chefs d’entreprise entrent en lice pour combattre l’initiative socialiste au nom de la place économique suisse. Ils laissent à d’autres le soin de développer l’argumentation fédéraliste, ce dont se charge avec insistance laWeltwoche, l’hebdomadaire qui se dit «l’accompagnant critique de l’UDC». Son invité de cette semaine, le professeur Silvio Borner s’en prend férocement au«cartel des cantons fiscalement voraces» qui connaissent déjà les taux d’imposition prévus par l’initiative et voudraient que les autres s’alignent, par l’effet d’une harmonisation matérielle totalement contraire à l’esprit du fédéralisme helvétique.

Et les très riches dans tout ça? Vont-ils quitter les cantons à bas tarifs, comme le craignent notamment les responsables des finances publiques de la Suisse centrale? Réponse donnée par une minutieuse enquête menée en juillet dernier auprès des quelque 200 contribuables imposés au forfait dans le canton de Zurich, dont 60 dans la capitale. Depuis l’abolition de ce statut en votation populaire en février 2009, les communes concernées n’ont enregistré qu’une poignée de défections, dont aucune à Zurich-Ville sauf celle de Viktor Vechselberg, parti récemment rejoindre des amis domiciliés dans le canton de Zoug.

Cet apparent immobilisme s’explique évidemment par d’autres raisons, manifestement plus fortes que le barême fiscal, telle la proximité d’un lac et d’établissements de formation réputés, pour ne rien dire de la stabilité des institutions et des prix. Car le pouvoir d’achat des riches a crû en dépit de la crise…grâce à la cherté du franc.

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