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Numerus clausus: Une occasion d’améliorer les études de médecine

Dans les facultés de médecine de Suisse alémanique et de Fribourg, le numerus clausus a été introduit pour la première fois cette année.
Sélectionner, mais comment ? C’est en premier lieu vers une réforme de la formation médicale que les cantons doivent s’acheminer. Et à terme, redéfinir les compétences entre cantons et Confédération en matière de politique hospitalo-universitaire.
Pour la première fois en Suisse, les porteurs d’un certificat de maturité ne verront pas s’ouvrir automatiquement les portes de l’université, plus précisément celles des facultés de médecine alémaniques et de Fribourg. Cette sélection préalable Ð qui est d’ailleurs la règle en Europe Ð n’est introduite qu’à titre provisoire. Elle devrait stimuler la réflexion sur la nécessaire réforme des études de médecine et sur les limites du fédéralisme universitaire.

Pourquoi le numerus clausus

Au début de l’année, 1020 candidates et candidats ont manifesté le désir d’entreprendre des études de médecine aux universités de Bâle, Berne, Fribourg et Zurich. Ils ne furent plus que 797 à s’inscrire au test d’aptitude imaginé pour les départager, 750 à subir effectivement ce test et 620 à décrocher leur ticket pour la prochaine rentrée universitaire. Ë noter que la proportion des femmes admises est sensiblement égale à celle des inscrites.
Comment en est-on arrivé à ce qu’on a toujours considéré en Suisse comme la dernière extrémité ? Dès lors que Zurich s’était donné les moyens légaux de limiter le nombre des nouveaux étudiants à sa faculté de médecine, les autres cantons universitaires ne pouvaient que suivre, sous peine de voir affluer les candidats éconduits dans la métropole de la Limmat. Si Lausanne et Genève n’ont pas emboîté le pas, c’est qu’ils comptent sur la protection de la frontière linguistique.
Le débat qui a précédé et accompagné cette décision a porté aussi bien sur le principe que sur les modalités d’une sélection préalable. Cette dernière, ont affirmé les organisations estudiantines, contredirait le droit au libre choix d’une formation. Quant au test d’aptitude, il n’indiquerait en rien les qualités qu’on attend d’un médecin.
Ë l’évidence, la pratique de l’admission conditionnelle aux études de médecine renvoie à la question de la nature de cette formation. L’examen d’entrée aux écoles techniques, généralisé, n’a par exemple jamais suscité l’indignation. Et il est courant qu’un jeune doive modifier son choix professionnel dès lors qu’il n’a pas trouvé une place d’apprentissage dans sa branche de prédilection. Or les études de médecine, parce qu’elles débouchent sur un droit à exercer, relèvent au premier chef d’une formation professionnelle. Peut-on raisonnablement exiger de la collectivité un droit illimité à accomplir des études coûteuses Ð plus d’un million de francs pour la formation d’un étudiant Ð quand on connaît la corrélation entre le nombre de praticiens et le coût de la santé ? Ë cet égard, la solution suggérée par l’initiative socialiste « La santé à un prix abordable » Ð soumettre à autorisation l’ouverture d’un cabinet médical Ð apparaît plus injuste encore et source de frustrations autrement plus graves.

Une démarche juste ?

Mais alors pourquoi les universités lémaniques n’introduisent-elles pas elles aussi, le numerus clausus ? Détrompez-vous, elles ne sont plus accueillantes qu’en apparence puisqu’elles sélectionnent sans état d’âme à l’issue de la première année d’études. 65 % d’échecs à Genève, 60 % à Lausanne. Cette démarche est-elle plus juste ? Nombre d’étudiants ont ainsi perdu une année dans des conditions d’études peu favorables et ont été éliminés sur des critères qui ont peu à voir avec l’art médical.
Le numerus clausus a été accordé aux universités pour garantir la qualité des études ; aux universités maintenant d’en faire la preuve. Le numerus clausus doit être l’occasion d’accélérer la réforme des études de médecine.
Genève a expérimenté avec succès, semble-t-il, une démarche centrée sur l’apprentissage par problèmes (APP) Ð c’est la résolution d’un cas pratique qui détermine les connaissances à acquérir, et Lausanne a institué un curriculum mixte APP et cours traditionnels. Dans cette perspective, on pourrait imaginer que les études de médecine se transforment pour devenir, dans un premier cycle, des études médicales ouvertes au futur personnel soignant.
Le coût croissant de la formation médicale et des hôpitaux universitaires, la difficile et pourtant urgente coordination entre des institutions relevant de la compétence cantonale, le récent échec du projet de réseau hospitalo-universitaire de Suisse occidentale imposeront à brève échéance un débat sur un rôle accru de la Confédération dans ce secteur. Sa compétence actuelle de planification, la maîtrise indispensable des coûts de la santé pourront-elles se conjuguer encore longtemps avec le fédéralisme hospitalo-universitaire? jd

La sélection préalable, une pratique généralisée en Europe
Seules l’Autriche, la Belgique et la France connaissent encore le libre accès aux études de médecine pour les porteurs de maturité. Mais la sélection après un an est impitoyable. Partout ailleurs les candidats doivent remplir des conditions diverses et combinées.
La Slovénie a choisi la moyenne des notes obtenues à l’examen de maturité.
Les autres pays combinent plusieurs critères. Aux Pays-Bas, le tirage au sort désigne les heureux élus parmi les collégiens ayant obtenu une certaine moyenne. Le critère des résultats de la maturité est utilisé dans de nombreux pays, complété par un examen portant soit sur les sciences naturelles, soit sur les mathématiques ou encore la langue maternelle.
Au Danemark, en Suède et en Grande-Bretagne notamment, les candidats doivent se soumettre à un entretien. Aucun pays n’exige une expérience hospitalière mais au Danemark et en Allemagne, une pratique professionnelle préalable constitue un atout supplémentaire.

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