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Anglais : Une langue qui coûte cher

En Suisse, l’anglais est aussi rentable qu’un
placement financier sans risque, il peut rapporter entre 6 et 12%.
Malgré des différences en fonction des langues nationales dominantes,
il profite à la société. La tentation de lui offrir le pays gagne les
esprits et les responsables de l’instruction publique, surtout dans les
cantons alémaniques de Suisse orientale, menés par Zurich, là où les
taux de rendement sont les plus flatteurs. En Suisse romande en
revanche, l’allemand l’emporte en raison des rapports de force
économiques asymétriques entre les deux régions linguistiques.
François
Grin, professeur d’économie à l’Ecole de traduction et d’interprétation
(ETI) de l’Université de Genève et directeur adjoint du Service de la
recherche en éducation du canton de Genève (SRED), déplore la primauté
du point de vue économique dans les choix de politique linguistique.
Sans parler des effets non marchands laissés pour compte. Trop souvent
on oublie de chiffrer les pertes et les dommages entraînés par la place
de plus en plus importante accordée à l’anglais dans tous les domaines
de la vie.

Les profits des pays
anglophones
L’apprentissage
mondialisé de l’anglais ouvre un marché alléchant aux pays anglophones.
Il suffit d’additionner les matériaux pédagogiques, les fournitures de
cours, de traduction et d’interprétation pour avoir une idée du chiffre
d’affaire qui s’en dégage. Comme tout le monde se met à l’anglais, ceux
qui le parlent déjà économisent temps et argent dans la compréhension
et dans la traduction des messages qui leur sont adressés. Plus
question non plus d’apprendre d’autres langues. François Grin évoque la
décision du Ministère britannique de l’éducation d’abandonner
l’enseignement obligatoire d’une deuxième langue en Angleterre et au
Pays de Galles. Les ressources ainsi économisées se transforment en
investissements et en taux de croissance alimentés par les
non-anglophones. Enfin, à l’exception d’une élite restreinte qui a les
moyens de se payer le niveau nécessaire, alors que les autres se
contentent d’une approche scolaire insuffisante, la maîtrise de
l’anglais appris fait toujours pâle figure face aux anglophones de
naissance. L’inégalité est patente, dans la négociation ou la gestion
des conflits par exemple. Il faudrait en effet septante-cinq années de
cours, à raison de quatre heures hebdomadaires pendant quarante
semaines, pour espérer effacer ce handicap.

François Grin, «La
société plurilingue: coûts, bénéfices et équité», in La Suisse, un pays
où l’on parle quatre langues et plus, Académie suisse des sciences
humaines
et sociales, Bern, 2003.

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