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Journées cinématographiques : L’illusion du cinéma suisse

Le cinéma suisse se prête au débat, à la polémique. Tout le monde lui veut du bien, quitte à s’étriper sur la méthode. Les associations foisonnent d’une rive à l’autre de la Sarine. Dernière en date l’Alliance cinématographique romande – réunissant Fonction cinéma et l’Association romande du cinéma (ARC) – lancée à Soleure cette année, qui exige une augmentation des crédits pour le cinéma. Ce n’est pas nouveau. Et c’est très romand. Cette façon d’insister sur l’identité nationale, de revendiquer les subventions de l’Etat, d’organiser une contestation permanente excite les cinéastes francophones. Les Alémaniques penchent vers la production. Ils profitent largement des opportunités offertes par le marché audiovisuel suisse et européen. Déçus par l’aide publique, ils cherchent leur salut ailleurs. Ils occupent les salles et attirent les spectateurs. La fiction, au risque de la comédie, cartonne au box office. Achtung, fertig, Charlie ! de Mike Eschmann fait un malheur sans se prendre la tête (bientôt 600 000 spectateurs).
Le cinéma suisse se partage ainsi au moins en deux mondes. L’un plutôt tourné vers l’art et l’essai avec l’assistance décisive de l’Etat. L’autre, un rien plus commercial, se laisse séduire par les avantages de l’industrie. Le succès public l’attire autant que le soutien critique. On rencontre davantage le premier entre Lausanne et Genève. Le deuxième sévit souvent du côté de Zurich. La caricature a son lot d’exceptions. Interrogés par 24 heures, quelques cinéastes romands insistent sur la nécessité de présenter leurs films dans les salles des grands exploitants, genre Europlex. La trajectoire de Samir, réalisateur et producteur zurichois, à la tête de la société Dschoint Ventschr, l’une des plus originales du pays, plaide a contrario pour un cinéma d’auteur, engagé et revendicateur bien vivant également en Suisse alémanique.
Ce partage, au lieu de le galvaniser, menace le cinéma suisse, faute de communication entre ces deux univers. Les films quittent rarement leur bassin d’origine. Ils tournent en rond chez eux avant de disparaître, après un dernier adieu à Soleure. Voilà pourquoi il est illusoire de parler au nom du cinéma suisse. Il y a des films suisses, résultats d’un montage financier et artistique chaque fois singulier, voire précaire. En dépit des efforts pour maîtriser l’élan centripète des créateurs du pays ainsi que la frilosité des structures et des institutions.

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