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Etrangers : L’intégration au nom de l’égalité des chances

Etre citoyen du monde, enraciné et globalisé. De
plus en plus de gens vivent ainsi. Suisses ou étrangers, peu importe !
On occupe des espaces différents, voire divergents. Le
«transnationalisme» fait son apparition. On enjambe les frontières, les
nationalités. Quelqu’un peut être Suisse, relié à un réseau d’entraide
turque à l’échelle européenne, marié à une ressortissante italienne et
employé dans un pays voisin. Une autre est retraitée, domiciliée en
Suisse et passe six mois par année en Espagne alors que le reste de sa
famille habite en Allemagne. L’appartenance exclusive vire à
l’ubiquité. On se sent chez soi dans plusieurs endroits à la fois.
L’individu tire les ficelles de son identité et lui donne la cohérence
nécessaire. Les contraintes sociales, voire administratives lâchent
prise. Un tiers de rentiers italiens reste en Suisse, un autre tiers
fait la navette entre les deux pays, tandis que le dernier tiers
préfère s’établir en Italie.
Rosita Fibbi, du Forum suisse pour
l’étude des migrations est l’une des responsables de la publication Les
migrations et la Suisse. Elle parle de «diaspora». Si l’emprunt modifie
son sens premier, car le présent prime sur le passé, l’image sonne
juste. Hommes et femmes quittent un espace commun pour en investir
d’autres, pour façonner de nouvelles communautés. Les ancrages nouveaux
comptent autant que les liens d’origine. L’identité colle à une toile
d’araignée, toujours en construction, ouverte, susceptible de se
défaire et de se tisser ailleurs.

La migration sans nom
L’immigration
et l’émigration restent cependant la règle. On part d’un pays pour
emménager dans un autre. Ou alors on circule pour des raisons à la fois
économiques et politiques. La migration dessine le mouvement continu
des flux et reflux des personnes, voire des groupes ethniques. On part
sans vraiment arriver, quitte à revenir – de force ou de gré – pour
s’expatrier à nouveau. C’est le cas des requérants d’asile. Mais aussi
des travailleurs engagés le temps d’une vendange ou d’une récolte
d’abricots, parfois sans permis ni assurances sociales. La confusion et
le morcellement se font menaçants. Le va et vient brouille
l’expérience. Il aboutit au néant des clandestins, des sans papiers.
Anonymes, sans nom, car ils ne peuvent afficher leur identité. C’est la
face sombre de la mobilité, si séduisante pour un chercheur bardé de
diplômes ou pour un manager multinational. Elle accable les plus
démunis, écartés par les dispositifs de sélection qui font barrage aux
confins. Voilà le deuxième cercle de la politique d’immigration suisse.
Iintégration
rime alors avec égalité des chances. Pour tout le monde, Européens ou
Africains, diplômés ou sous qualifiés. La lutte contre la
discrimination devient primordiale. Le temps de l’assimilation est
révolu. L’acculturation semble définitivement oubliée. Un étranger
n’est plus un Suisse à faire, avec un déficit à combler. Le
multiculturalisme est passé par là. On coexiste au risque de la
ségrégation, voire d’une complaisance un rien folklorique à l’égard de
l’autre. L’étranger a des ressources. Ce sont des bras et des
compétences bon marché. Alors on les utilise. Quitte à en faire un
citoyen de série B. On ne peut pas tout avoir. Il reste la
naturalisation. Bientôt simplifiée, facilitée mais qui rappelle encore
la bienveillance du souverain gratifiant le bon élève enfin à la
hauteur des siens.

De l’assimilation à l’égalité
Les
étrangers sont pris en tenaille entre les impératifs de l’économie et
les discours sur l’altérité culturelle. Si le marché du travail les
réduit à des contingents exploitables au fil des conjonctures,
l’origine ethnique les condamne à la différence qui alimente tous les
fantasmes et toutes les angoisses, ainsi que la démagogie électorale –
le cas du foulard islamique est exemplaire. Elle entretient l’illusion
de deux mondes homogènes qui se font face. Alors que la diversité les
déborde de tous côtés et que le profil social des Suisses et des
étrangers est bien plus déterminant que leur faciès. Historiquement, la
politique suisse d’immigration a circonscrit – sans vraiment le
combattre, ni le réglementer – le laisser-faire souhaité par les
milieux économiques. On a poussé les étrangers vers un purgatoire
administratif, à mi-chemin entre l’enfer du rejet et le paradis de la
naturalisation, en comptant sur leur départ pour résoudre le problème.
Voilà
pourquoi Rosita Fibbi insiste sur la dimension civique, voire politique
de l’intégration. Un étranger est une personne avec des droits et des
devoirs. Une fois muni d’un permis de séjour valable, il doit devenir
un citoyen à part entière. La nationalité perd de sa valeur. L’étude et
la suppression des discriminations deviennent centrales, notamment au
travail. Et surtout, l’intégration dépend autant de l’immigré que du
«degré d’ouverture» des sociétés d’accueil. «Ce sont elles en effet qui
définissent les opportunités et les limites encadrant les efforts des
migrants ( ?) et qui contribuent à ÒproduireÓ l’intégration ou la
marginalisation de ces populations.» md

Les migrations et la Suisse, sous la direction de Hans-Rudolf Wicker, Rosita Fibbi, Werner Haug, Seismo, Zürich, 2003.

«Travailler», Terra cognita, revue de l’intégration et de la migration, 3/2003, éditée par la Commission fédérale des étrangers.

A lire sur le «transnationalisme» : Ulrich Beck, Macht und Gegenmacht im globalen Zeitalter.
Neue weltpolitische …konome. Suhrkamp Verlag, Frankfurt
am Main, 2002.

La Commission fédérale des étrangers (CFE) organise une journée d’étude consacrée à «L’intégration par le travail»
le 7 novembre 2003 à Berne.
Informations : www.eka-cfe.ch

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