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Homosexualité :Une santé si fragile

Au premier abord, les homosexuels genevois disent jouir d’une bonne santé. Sommés de répondre à plus de 500 questions, ils finissent par trahir la précarité de leur état. Tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes. Partenariat enregistré ou pas, il est toujours difficile, sinon douloureux, d’être homosexuel aujourd’hui, à Genève et en Suisse. L’enquête de Dialogai (voir encadré) met à jour des souffrances souvent occultées par l’exubérance spectaculaire des Gay Prides.
Mal au dos, migraines, insomnies, fatigue, bref les maladies chroniques, empoisonnent davantage les homosexuels interrogés que le reste des hommes ; un tiers de plus. Les infections sexuellement transmissibles affectent une large partie de la population gaie ; 20 à 30% auraient été atteints par l’herpès ou par la gonorrhée, 10% par le sida et par les différentes formes d’hépatite (vingt fois plus que dans l’ensemble de la population). La peur semble s’estomper et l’utilisation du préservatif devient moins pressante.

Le vague à l’âme
La moitié des homosexuels se débat avec des troubles psychiques. Tristesse, dépression ou anxiété sont du lot, avec l’ombre du suicide qui plane sur presque un quart des interrogés. Malgré une société de plus en plus ouverte et tolérante, l’intégration des homosexuels souffre toujours de préjugés bien ancrés. L’homophobie n’est pas un vain mot. Subie ou intériorisée, elle met à mal l’identité sexuelle des homosexuels. Un sur cinq préférerait n’est pas être gai. Seul un tiers accepte pleinement sa condition. Le soutien des amis est primordial, alors que la famille joue un rôle secondaire. La solitude est toutefois de mise. Elle les touche plus fortement que le reste des Suisses (63% contre 37%). La violence est à son tour omniprésente. Le risque d’agression passe du simple au triple comparé à celui des hommes hétérosexuels.

L’amour et le sexe
Les relations stables avec un partenaire concernent 40% des homosexuels participant à l’enquête. La majorité multiplie les relations sans aboutir à une véritable satisfaction. Plus de la moitié avoue sa frustration. Le sexe, et une variété de pratiques inventives, ne soulage pas le désarroi, ou si peu. Le sentiment d’exclusion, la peur du regard public, le poids du modèle hétérosexuel, le style de vie de la scène gaie urbaine tiraillent les homosexuels entre le désir de liens durables, voire normalisés, et une forte volonté de différence, minoritaire et militante.

Des soins sans confiance
Population jeune vouée aux extrêmes – on y rencontre de gros consommateurs d’alcool, de tabac et de drogues, ainsi que des abstinents convaincus – elle fait abondamment appel aux consultations et aux soins médicaux, bien au-dessus de la moyenne suisse. En revanche, l’insatisfaction est diffuse. La confiance est quelque peu ébranlée. La communication entre patients gais et médecins est déficiente, notamment au sujet du sida. On préfère consulter un professionnel homosexuel. La crainte de soins insuffisants préoccupe les responsables de l’enquête. Michael HŠusermann, coordinateur du projet, insiste sur la spécificité homosexuelle. Comme c’est le cas déjà pour d’autres minorités sociales – les migrants ou les femmes – il est désormais indispensable de mettre en place des projets de promotion de la santé pour les gais.

La brochure avec les premiers résultats de l’enquête est disponible sur le site de
Dialogai (www.dialogai.org)

L’enquête
Tout commence en 2000. Il s’agit d’entreprendre une réflexion sur la santé des gais dépassant le cadre de la lutte contre le sida. Dialogai, avec des chercheurs de l’Université de Zurich, s’assure le soutien du Fonds national de la recherche scientifique (FNRS), de l’Office fédéral de la santé publique et l’accord du Département de l’action sociale et de la santé du canton de Genève.
Une consultation interactive impliquant l’ensemble de la communauté est complétée par l’inventaire des études sur la santé des homosexuels en Suisse et à l’étranger. L’enquête proprement dite démarre en 2002. Près de 600 gais répondent à un formulaire de 550 questions sur le modèle de l’Enquête suisse sur la santé (ESS) qui a lieu tous les cinq ans.
La population est recrutée dans les lieux de rencontres des hommes gais, surtout à Genève, et via les «chats» d’Internet. La majorité des participants a entre 20 et 44 ans. Discriminés deux fois, par leur entourage et par la communauté homosexuelle elle-même, les gais âgés se cachent ou mènent une double vie, il est ainsi difficile de les interroger. Le plus souvent universitaires ou jouissant d’une formation supérieure, les hommes interrogés gagnent moins que la moyenne des hommes suisses de même niveau socioprofessionnel. Ils vivent majoritairement en milieu urbain et six sur dix habitent seuls.

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