Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963

Crèches: La rentabilité n’existe pas

Les crèches sont rentables. Elles enrichissent la collectivité. Un franc investi en rapporte trois. Mieux, leur rendement fiscal est exemplaire car les subventions publiques génèrent en retour des taxes et des impôts équivalents. Ce sont les résultats d’une étude réalisée en suisse romande commandée par la Conférence latine des déléguées à l’égalité.
C’est l’absence de structures d’accueil de la petite enfance qui coûte en pénalisant surtout les femmes. Car elle entraîne la dévalorisation de leurs revenus – 50% en moins – et de leurs compétences humaines et professionnelles. En revanche, avec les crèches, les femmes travaillent plus, les ménages gagnent et consomment davantage nourrissant la croissance économique. Sans oublier un partage plus équilibré et satisfaisant des rôles et des tâches au sein des familles. Par ailleurs, l’encadrement précoce des enfants – grâce à la prévention et au dépistage des cas à risque – limite les dépenses de santé publique et leur assure une meilleure intégration sociale. De son côté, le marché de l’emploi en profite également. Le réservoir de travailleurs s’élargit, leurs qualifications s’améliorent et des nouveaux postes voient le jour pour répondre aux besoins en personnel des structures de garde.
L’étude tombe à point nommé. Le débat aux Chambres fédérales est animé au sujet du montant à débloquer pour les crèches en 2003 déjà : entre 20 et 50 sur les 200 millions de francs prévus par le Parlement. Les choses semblent ainsi se précipiter et c’est réjouissant.
Par contre, la rentabilité n’est pas le seul critère légitime (on imagine à peine l’embarras provoqué par des conclusions moins favorables). Même si c’est le lot, impératif désormais, des secteurs non lucratifs de devoir s’y soumettre. A l’image de la culture qui exhibe fièrement ses retombées économiques pour justifier les subventions publiques. Comme si les gains externes devaient répondre aux déficits internes suivant une réciprocité tyrannique qui demande satisfaction.
Mais qu’est-ce que cette rentabilité ? Elle se compose d’un éventail d’avantages financiers qui profitent un peu à tout le monde. Elle concerne la fiscalité, l’épargne, le pouvoir d’achat, les cotisations aux assurances sociales et d’autres éléments chiffrables sur le modèle du PIB : l’évaluation exclusivement monétaire des biens et des services produits. Bref, il s’agit d’un ensemble de bénéfices diffus engendrés par la présence des crèches ; sans lien avec la rentabilité proprement dite de leur gestion.
Définie de cette manière, la rentabilité est incontestable: toujours vraie. Toute activité humaine, même destructrice, stimule fatalement les marchés et les échanges, en générant de la richesse, qu’elle soit de courte durée, inégalitaire ou le fruit de l’exploitation. Evaluer la rentabilité des crèches, – aussi bien que de la culture – est inutile.
Et fourvoyant. Car elle réduit à une simple expression comptable ce qui ne l’est pas. Le bon rendement n’est pas l’objectif primordial des crèches. Il ne justifie pas leur existence1. Elles méritent autre chose : des valeurs plutôt que la plus-value. Et un débat sur le sens et la place dans nos sociétés de la famille, des enfants, du travail, des hommes et des femmes. En un mot, pourquoi ouvre-t-on des crèches ? Voilà pourquoi la rentabilité est une lubie qui fait l’économie – au sens littéral du terme – de confrontations et de changements plus radicaux, peut-être plus douloureux et moins conventionnels.
1Cf. Fabienne Malbois, «Les paradigmes de l’égalité/différence et du sexe/genre ou Les deux réponses du féminisme occidental à l’énigme de la différence des sexes». Nouvelles Questions Féministes, Antipodes, Vol. 21, n°1, 2002.

Lynn Mackenzie Oth, La crèche est rentable, c’est son absence qui coûte. Conférence latine des déléguées à l’égalité, Bureau de l’égalité entre les femmes et les hommes, Etat de Vaud et Service pour la promotion de l’égalité entre homme et femme, Canton de Genève, 2002.

Une réaction? Une correction? Un complément d’information? Ecrivez-nous!

Et si l’envie vous prend de passer de l’autre côté de l’écran, DP est ouvert aux nouvelles collaborations: prenez contact!

logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, https://www.domainepublic.ch/articles/1076 - Merci
DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur https://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: https://www.domainepublic.ch/articles/1076

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Articles par courriel

Flux RSS

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.
Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).
Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook. Je m'abonne

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus). Je m'abonne

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site. Je m'abonne

Accueil

Les auteur-e-s

Les articles

Les publications

Le Kiosque

A propos de DP