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Mouvements alternatifs: La rue nous appartient

Critical Mass existe depuis dix ans. Reconquérir la rue est son objectif. Spontanéiste,
comme d’autres mouvements, il revendique une nouvelle convivialité urbaine libérée du trafic.

Ils ne sont pas dans la circulation. «Nous sommes la circulation». C’est Critical Mass. Ses rassemblements contestent la rue aux voitures. Une fois par mois, les participants occupent routes et carrefours. Les automobilistes sont obligés de leur céder la voie. Né à San Francisco en Californie, il y a dix ans, il a gagné les métropoles du monde occidental, Suisse comprise. Genève, Zurich et Winterthur sont ainsi les cibles de groupes locaux. Le mouvement se dit non organisé ; ou plutôt une coïncidence organisée. Il profite de l’aubaine informatique pour entretenir son réseau dans l’anonymat le plus strict. Il est impossible d’identifier les responsables. Souple et imprévisible, il fait l’économie des structures associatives traditionnelles. C’est une appellation libre de droits d’auteurs (copyleft). Elle se moque de la commercialisation de la marque déposée qui réclame des royalties (copyright). Semblable à une borne électronique il oriente ses sympathisants qui, à leur tour, multiplient son rayon d’action.
Critical Mass s’inspire des manifestations théâtrales des années soixante, familières du happening et de la spontanéité, prêtes à quitter la scène pour descendre dans la rue. Friandes de transgression et de convivialité, entre art et politique. Il investit l’espace urbain, détourne son exploitation, l’affranchit et le rend aux usagers non motorisés. Quelques minutes ou quelques heures, peu importe ! L’opération à la fois drôle et subversive, répétée méthodiquement, suspend le flux infini du trafic. Elle l’accule à sa folie : la promesse d’une mobilité infinie.
Le mouvement parasite les initiatives officielles. Il redoute le «Dimanche en ville sans ma voiture»: un rendez-vous désormais institutionnalisé, devenu l’alibi des administrations et de l’automobiliste moyen. La sensibilisation est à bout de souffle. Les comportements ne changent pas. Il faut autre chose ; par exemple des véritables «Dimanches sans voitures». C’est la mission de Critical Mass.
Reclaim the Streets (RTS) a surgi des «collisions culturelles entre D.J., militants anti-mondialisation, artistes engagés ou proches du New Age et écolos radicaux» selon le raccourci de Naomi Klein. Depuis 1995, bravant l’hostilité de la société anglaise à l’égard de la musique et de l’imagerie rave, RTS part à la reconquête des rues et même des autoroutes qu’il arrache aux voitures avant de les livrer aux personnes rassemblées. Ensuite, c’est la fête, musique et performances. Les expropriations se transforment en parades, jeux du cirque, kermesses populaires jusqu’à l’arrivée de la police. L’internationalisation du mouvement déboucha, le 16 mai 1998 – le G8 se rencontrait à Birmingham ce jour-là – sur le Global Steet Party. Des dizaines de manifestations RTS se déroulèrent dans plus de vingt pays. A Genève, on dansa jusqu’aux émeutes de la nuit. Le message était clair : reconquérir l’espace public au nom de la collectivité. Un «nous» hétéroclite et nébuleux, à peine pressenti, minoritaire et en marge des institutions.
Intégrés à l’ensemble bigarré résistant à la globalisation néolibérale – pour faire court -, Critical Mass et Reclaim the Street refusent la politique et ses méthodes. Ils sont l’expression d’un engagement indéchiffrable. Difficile à canaliser tant il est versatile. A Lausanne, pendant un hiver entier, les habitants d’un quartier ont entravé la circulation, devenue insupportable, en traversant la route au moyen des feux pour les piétons déclenchés systématiquement et sans interruption. L’action s’est développée et s’est épuisée sans aboutir à une solution. Sa valeur sociale, la solidarité d’une courte saison font face à l’échec pratique : les voitures roulent toujours en masse.
Volontairement à l’écart, ces mouvements rejettent les relais conventionnels : associations et partis politiques. Incapables, de leur côté, d’entendre et de représenter cette envie pressante d’une autre rue et d’un autre monde. md

Naomi Klein, No Logo. La tyrannie des marques, Leméac / Actes sud, 2001.

www.criticalmass.ch
www.critical-mass.org
www.rts.gn.apc.org

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