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Foire nationale: Il était une fois le Comptoir

Un monde de plaisir : c’était l’appât. Une promesse
de glamour sadomasochiste avec fée et fouet. Le Moyen âge s’est
transformé en cliché. Une image et un lieu commun : d’un côté la
campagne publicitaire, de l’autre le raccourci d’une époque où règnent
la sensualité et le trouble. Le Comptoir est devenu érotique. La
séduction l’emporte. On vend des marchandises comme on se prostitue.
Les uns racolent, les autres se promènent.
Moi aussi. Je traverse
l’esplanade du Palais de Beaulieu. Un bassin entouré de halles. Les
exposants ont quadrillé l’espace et ont dressé leur campement: c’est
une force d’occupation. Ils ont parqué leur production, tracé des
chemins, balisé des territoires. Partout, il y a les professionnels à
l’affût des clients. Il y a les clients à l’affût des professionnels.
Le Comptoir est un prétexte aux rencontres. L’occasion d’un échange,
d’une affaire. Toujours concrets, jamais virtuels. Et puis il y a tous
les autres qui flânent au bonheur de la kermesse. Ils n’ont rien à
vendre, rien à acheter. Ils entassent hommages, cadeaux, brochures. Et
quand ils ont soif, ils traînent vers les terrasses et les caves.
Semblable à un peuple en exode promis au bonheur des raclettes et des
fondues qui recouvrent ciel et terre.
Les vendeurs s’épuisent. Ils
rougissent à l’air des pavillons. Le verre de blanc à la main, ils
débitent la réclame. Les mêmes mots pour la même rengaine qu’ils
chantent mal. Le marché est réduit à sa caricature. Une farce pour
ethnologues et classes en course d’école. Ni ouvert ni fermé, il se
meurt exhibé comme une relique. Ou un ex-voto. Le public vient, défile,
salue. A la barbe des chiffres d’affaire bons pour le PIB et la météo
économique.
Les vaches ruminent dans les coulisses du palais. Elles
se laissent caresser, palper. A l’heure de la fin, l’une ou l’autre
aura triomphé. Reine des pâturages, fierté des éleveurs, destinée à la
parade sur le macadam. La mélancolie gagnera les cœurs. Les paysans
quitteront la ville, de retour à la campagne pour compter lait et
fromage, et entretenir le paysage.
Un monde de tourisme, le Maroc
déploie ses parfums et ses délices. Les tapis et les maroquineries
d’usage déguisent le béton en bazar. On fait semblant. Mais les
indigènes parlent vraiment arabe. Ils marchandent et sourient. Une
femme brade tatouages et tradition : ces maquillages d’argile dessinés
à fleur de peau. C’est beau. Mais le Maghreb est à nos portes, parfois
dans nos banlieues, il écume nos chantiers et obsède les services
d’immigration. Par ailleurs, pas de protestation. Les droits de l’homme
sont un souvenir. Certes, le Maroc n’est pas la Turquie.
Je quitte
le palais des merveilles. Dehors, la ville est un univers de routine.
L’assurance d’une existence quotidienne. Les bus circulent, les feux
clignotent, les gendarmes règlent le trafic. La réalité. Alors le
Comptoir est du côté du faux et le plaisir aussi.
Après
huitante-trois éditions, il peut se le permettre. Alibi des créatifs,
il se reproduit dans l’angoisse de sa disparition. Le simulacre vaut
mieux que le vide. A la fois symbolique – la grandeur radicale perdue –
et financier – le Comptoir représente 30 % des recettes de la société
qui exploite le Palais de Beaulieu. Et puis la mélancolie lui va si
bien. Comme le suggère Franz Steinnegger au sujet d’Expo.02, un pays
qui n’a ni guerre ni révolution à son origine, doit s’inventer d’autres
raisons pour son identité. Le Comptoir c’est encore ça. Malgré tout.
Malgré des entrées en baisse, des commerçants déçus et les dérives
promotionnelles.
Dans le train, je déchire le billet d’entrée. Et c’est bien un monde qui passe à la poubelle. Enfin, sa vanité. md

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