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Conformisme politique et boulet bancaire

Les difficultés d’UBS révèlent une dépendance pour l’économie suisse que la classe politique dominante refuse de prendre en compte

La crise financière a, paradoxalement, redoré les banques. Certes pas leur image (attrait du gain facile, spéculation à court terme, bonus injustifiés, etc.), mais leur fonction. Si elles n’assument plus la circulation du crédit, l’économie entière est paralysée. L’activité bancaire est donc d’intérêt public. Telle fut la démonstration.

Ce rôle majeur a entraîné l’intervention de l’Etat sous des formes diverses: nationalisation, recapitalisation avec l’argent public, assainissement du bilan par transfert des actifs toxiques. Mais, en échange, quelle garantie est donnée que, désormais, l’activité bancaire est sous contrôle?
 
Glass-Steagall

A été longuement évoquée aux USA l’opportunité de revenir à la loi Glass-Steagall qui interdisait à une banque de détail de mener des opérations de banque d’affaires. Votée à l’unanimité du Sénat et par 262 voix contre 19 à la Chambre des représentants, elle avait été adoptée en 1933 comme réponse à la crise. Battue en brèche par le lobby bancaire, elle ne fut abrogée qu’en 1999.

Les partisans de la loi faisaient valoir que l’activité bancaire de base – à savoir le drainage de l’épargne et l’alimentation du crédit – essentielle à la stabilité économique, ne devait pas être compromise par des investissements et des affaires à risque.

Les partisans de la banque universelle répondaient que la diversification des activités peut être une force et que, dans la pratique, la distinction entre les diverses formes de crédit est souvent artificielle.
 
Ce débat concerne la Suisse plus particulièrement. Les deux grandes banques UBS et Credit Suisse sont des banques universelles de taille mondiale mais qui ont aussi une implantation forte dans l’économie nationale. Les risques qu’elles prennent à l’international peuvent mettre en danger, fondamentalement, l’activité indigène. Un tel déséquilibre est une situation unique au monde.
 
Face à ce risque majeur, quelles précautions prendre? La question a été posée au Parlement par l’UDC et le parti socialiste. Elle a été renouvelée spectaculairement par une conférence de presse, au casting insolite, réunissant MM. Blocher, Hayek, Levrat.
 
Pour quelle réponse? La Banque nationale a fait connaître avec prudence sa préoccupation et a laissé entendre que, sans déstructurer les deux grandes banques, on pourrait imaginer une configuration plus souple. La Finma a confirmé qu’elle imposerait des fonds propres exceptionnels à la hauteur des risques courus par les activités de banque d’affaires. Mais l’intervention directe de l’Etat se limitera au sauvetage coûteux d’UBS, dont on peut douter, au vu des derniers comptes, qu’il soit définitivement assuré. La vulnérabilité de l’économie suisse demeure.
 
Rupture

Limiter les dégâts, c’est la politique de la classe dominante et du Conseil fédéral. Aucun signe de rupture avec les pratiques antérieures, usuelles. Kaspar Villiger, ancien président de la Confédération et président en fonction du Conseil d’administration d’UBS symbolise cette continuité.
 
Des gestes significatifs de rupture sont pourtant possibles. Nous en avons proposé dans DP: plainte pénale contre les anciens dirigeants d’UBS, nouvelle interprétation du secret bancaire appliquée aux contribuables suisses, renouvellement et réorganisation du Conseil fédéral.
 
L’avantage de la présidence tournante du Conseil fédéral, c’est qu’une fois le tour accompli, le titulaire est éjecté sans douleur, constitutionnellement. Hans-Rudolf Merz va descendre du char présidentiel, qu’il en profite pour quitter aussi le Conseil fédéral. Certes, renouvellement ne signifie pas nouvelle politique. Mais c’est l’occasion propice de dépasser le statu quo. A saisir donc.

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